jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103884 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CBC AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre 2021 et le 11 avril 2024, Mme et M. C B, représentés par Me Couette, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à titre principal, d'enjoindre à la commune de Fleurines de procéder aux travaux nécessaires pour remettre en état le mur situé à la limite de leur propriété le long de la ruelle Maillard ou, à défaut, de la condamner à leur verser la somme de 35 251,70 euros correspondant au coût de ces travaux, assortie des intérêts moratoires à compter du 21 juillet 2021 et de leur capitalisation au 21 juillet 2020 et à chaque échéance annuelle ;
2°) à titre subsidiaire, de désigner avant-dire-droit un expert pour déterminer les causes et origine de l'effondrement de ce mur et les responsabilités en découlant ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Fleurines la somme de 3 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- le mur situé à la limite de leur propriété le long de la ruelle Maillard est affecté de désordres ;
- ils sont tiers à l'ouvrage public que constitue la ruelle Maillard, qui est une voie publique et dont le défaut d'entretien par la commune est directement à l'origine de ces désordres ;
- ils sont également tiers à l'ouvrage public que constitue ce mur dès lors qu'il constitue un mur de soutènement de la ruelle Maillard ;
- la commune est responsable des dommages causés par le défaut d'entretien d'un tel ouvrage ;
- la commune doit procéder à la réparation du mur, ou, à défaut, leur verser la somme de 35 251,70 euros correspondant au coût des travaux de remise en état du mur.
Par deux mémoire en défense, enregistrés le 3 août 2023 et le 25 avril 2024, la commune de Fleurines conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, à défaut pour les requérants de justifier de leur qualité à agir ;
- la requête est irrecevable à défaut de liaison du contentieux, dès lors, d'une part, que la demande indemnitaire préalable a été réalisée par l'assureur des requérants sans justifier d'un mandat à cet effet, et, d'autre part, que le courrier du 14 juin 2021 du conseil des requérants qui se ne contient ni une indemnisation ni une demande de réalisation de travaux ne suffit pas à lui seul à lier le contentieux ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juin 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Parisi, conseillère,
- et les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B sont propriétaires d'un terrain, situé 8 rue des Frièges sur le territoire de la commune de Fleurines, bordé d'un mur le long de la ruelle Maillard. Par un courrier du 14 juin 2021, ils ont demandé à la commune, par l'intermédiaire de leur conseil, de " prendre les dispositions nécessaires pour réparer le mur et que cessent les conditions de sa dégradation ". Par un courrier du 21 juillet 2021, la société MAIF, assureur des requérants, a demandé à la commune de prendre en charge les frais de remise en état de ce mur. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'enjoindre à la commune de Fleurines de procéder aux travaux nécessaires pour remettre en état le mur ou, à défaut, de la condamner à leur verser la somme de 35 251,70 euros correspondant au coût de ces travaux.
Sur la responsabilité :
2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une telle action en responsabilité de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires.
3. En premier lieu, M. et Mme B soutiennent que la ruelle Maillard qui longe leur propriété est une voie publique et que le défaut de son entretien a causé des dommages au mur implanté en limite de leur propriété le long de cette ruelle. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté en défense, que la ruelle Maillard, goudronnée et ouverte à la circulation publique, est une voie publique et donc un ouvrage public dont l'entretien incombe à la commune de Fleurines. Il est constant que les époux B ont la qualité de tiers vis-à-vis de cet ouvrage public.
4. En deuxième lieu, en l'absence de titre en attribuant la propriété aux propriétaires des parcelles en bordure desquelles il est édifié ou à des tiers, un mur destiné à soutenir une voie publique, qui passe en surplomb d'un terrain privé, constitue l'accessoire de la voie publique et présente le caractère d'un ouvrage public, alors même qu'il serait implanté dans sa totalité sur un terrain privé. Est sans incidence sur cette qualification la circonstance que ce mur ait fait l'objet d'une surélévation.
5. Il résulte de l'instruction que le terrain situé 8 rue des Frièges, dont sont propriétaires M. et Mme B, est bordé par un mur implanté le long de la ruelle Maillard. Contrairement à ce que fait valoir la commune en défense, le titre de propriété, produit par les requérants, qui ne fait pas référence à ce mur, ne leur en attribue pas la propriété. En outre, la commune ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations qui permettrait d'établir que le mur en cause aurait été exclu du domaine public communal. Par ailleurs, il résulte des photographies produites à l'instance que ce mur est implanté en limite de la ruelle Maillard qui surplombe le terrain des requérants et que, eu égard à la forte déclivité dont est affectée cette voie publique, il permet le soutènement de cette dernière ce que corrobore d'ailleurs le rapport du 25 mai 2021 d'expertise non contradictoire réalisée par la société MAIF, assureur des requérants, qui qualifie ce mur, pour sa partie basse, de mur de soutènement de la ruelle Maillard. Par suite, ce mur doit être regardé comme un accessoire de la voie publique et, en l'absence de titre en attribuant la propriété à M. et Mme B ou à un tiers, comme un ouvrage public appartenant à la commune de Fleurines, qui a, en conséquence, la charge de son entretien. Enfin, il est constant que les époux B ont la qualité de tiers vis-à-vis de cet ouvrage public.
6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que ce mur est affecté de plusieurs désordres, consistant en un effondrement partiel de sa partie haute. Si les requérants demandent au tribunal le versement d'une somme de 35 251,70 euros correspondant au coût, chiffré par une société de travaux dans un devis établi le 18 octobre 2021, des travaux de reprise des désordres affectant le mur, il résulte toutefois de ce qui précède que le mur est un ouvrage public dont seule la commune doit assurer la garde et l'entretien. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le coût de ces travaux a été supporté par les requérants, ces derniers ne sont pas fondés à demander le versement d'une telle somme. Par ailleurs, en l'état de l'instruction, les requérants ne se prévalent d'aucun préjudice, actuel ou futur, subi personnellement en raison de l'état dégradé de ce mur. Par suite, à défaut de tout préjudice indemnisable, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité sans faute de la commune à raison des ouvrages publics dont elle a la garde.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune, que les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction, sans qu'il ne soit besoin d'ordonner avant dire droit l'expertise sollicitée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Fleurines qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des époux B la somme demandée au titre des mêmes dispositions par la commune qui ne justifie pas d'avoir dépensé de tels frais dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme et M. C B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Fleurines présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B et à la commune de Fleurines.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. PARISI
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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