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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2104224

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2104224

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2104224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBAZIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2021 et 16 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Alibert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel la directrice générale du H de I de direction de J (CNG) a décidé de sa mutation d'office dans l'intérêt du service en qualité de directrice adjointe à l'établissement public de santé mentale de l'Aisne à Prémontré à compter du 1er novembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge du CNG la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions présentées par le E constituent une intervention et sont irrecevables en ce qu'elles sont présentées au soutien de la défense du H de gestion qui n'a pas produit de mémoire en défense ;

- l'arrêté attaqué est un acte lui faisant grief et ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur ;

- l'arrêté attaqué constitue une sanction disciplinaire déguisée, prise alors qu'elle a été privée des garanties liées à la procédure disciplinaire ;

- cette sanction disciplinaire déguisée constitue un détournement de procédure ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le principe non bis in idem dès lors qu'il se fonde sur les mêmes faits que ceux qui ont fondé l'arrêté du 30 juin 2021 par laquelle la directrice générale du CNG a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois dont trois mois avec sursis ;

- l'arrêté attaqué n'est pas justifié par l'intérêt du service ;

- l'avis de vacance du poste n'a pas été publié en méconnaissance de l'article 36 de la loi du 9 janvier 1986 et elle n'a pas bénéficié d'une proposition de plusieurs postes ;

- la procédure menée devant la commission administrative paritaire nationale est entachée d'impartialité ;

- le rapport de saisine de la commission administrative paritaire nationale était incomplet ;

- elle n'a pas été informée en temps utile de l'intention du CNG de procéder à sa mutation et n'a pas été en mesure de consulter son dossier ;

- la mesure de mutation d'office porte une atteinte disproportionnée à son droit au bon déroulement de carrière et à celui de mener une vie familiale normale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une protection en tant que lanceuse d'alerte au titre de l'article 6 de la loi n°2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il vise à la sanctionner en raison de ses alertes éthiques, et qu'il présente le caractère d'un agissement constitutif de harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022 et un mémoire complémentaire, enregistré le 4 octobre 2022 et non communiqué, le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, représenté par Me Delentaigne-Leroy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car elle est dépourvue d'objet dès son introduction, puisque Mme B n'a pas exécuté l'arrêté attaqué entre sa date de prise d'effet fixée au 1er novembre 2021 et le 8 novembre suivant, date de prise d'effet de l'arrêté plaçant l'intéressée en disponibilité d'office pour convenances personnelles d'une part, et qu'elle ne sera pas obligatoirement réintégrée sur l'emploi d'affectation de l'arrêté attaqué conformément aux dispositions combinées de l'article L. 514-1 du code général de la fonction publique et de l'article 37 du décret n°88-976 du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition d'autre part ;

- la requête est irrecevable dès lors que l'arrêté attaqué constitue une mesure d'ordre intérieur en ce qu'il porte sur l'organisation du service et ne produit pas d'effet sur le niveau de responsabilité et de rémunération de Mme B ni sur ses droits et prérogatives statutaires ni sur l'exercice de ses droits fondamentaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le H de I de direction de J, représenté par Me Bazin, conclut au non-lieu à statuer, au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête a perdu son objet dès lors que Mme B n'a pas exécuté l'arrêté attaqué entre sa date de prise d'effet fixée au 1er novembre 2021 et le 8 novembre suivant, date de prise d'effet de l'arrêté plaçant l'intéressée en disponibilité d'office pour convenances personnelles d'une part, et qu'elle ne sera pas obligatoirement réintégrée sur l'emploi d'affectation de l'arrêté attaqué conformément aux dispositions combinées de l'article L. 514-1 du code général de la fonction publique et de l'article 37 du décret n°88-976 du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition, d'autre part ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 210-1691 du 9 décembre 2016 ;

- le décret n° 91-790 du 14 août 1991 ;

- le décret n° 2005-921 du 2 août 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- les observations de Me Alibert, représentant Mme B,

- les observations de Me Nogaret substituant Me Bazin, représentant le CNG,

- et les observations de Me Delentaigne-Leroy, représentant le C.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 7 décembre 2017, la directrice générale du H de I de direction de J (CNG) a nommé Mme B, titulaire du grade de directeur d'hôpital de classe normale, en qualité de directrice adjointe du E, chargée de la fonction (ANO)achat(/ANO) au sein du F, à compter du 1er décembre 2017. A la suite de son congé de maternité du 29 décembre 2019 au 23 août 2020 et de ses congés annuels du 24 août au 5 octobre 2020, la directrice générale du C, par une décision du 22 octobre 2020, a réintégré Mme B sur un emploi de directrice adjointe chargé de au sein du D à compter du 8 octobre 2020. Cette décision a été annulée par un jugement n° 2004087 du 20 octobre 2022 du tribunal administratif d'Amiens. Estimant que Mme B a commis des manquements graves à ses obligations professionnelles, le C a engagé, le 13 avril 2021, une procédure disciplinaire à l'encontre de l'intéressée. Par un arrêté du 27 avril suivant, dont la légalité a été confirmée par jugement n° 2102239 du tribunal administratif d'Amiens en date du 8 décembre 2022, la directrice générale du CNG a suspendu l'intéressée de ses fonctions. Par un arrêté du 30 juin 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement n°2102817 du tribunal administratif d'Amiens en date du 8 décembre 2022, la directrice générale du CNG a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions du troisième groupe d'une durée de six mois dont trois mois avec sursis à compter de la notification de l'arrêté. Par lettre du 23 septembre 2021, notifiée le 29 septembre suivant, le CNG a informé Mme B de l'engagement d'une procédure de mutation d'office dans l'intérêt du service et de ce qu'il était envisagé de l'affecter dans l'Aisne. Par un arrêté du 21 octobre 2021, dont Mme B demande l'annulation, la directrice générale du H de I de direction de J a décidé de sa mutation d'office dans l'intérêt du service en qualité de directrice adjointe à l'établissement public de santé mentale de l'Aisne à Prémontré à compter du 1er novembre 2021.

Sur la recevabilité de l'intervention du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie :

2. Le C a été mis en cause par le tribunal en qualité de défendeur. Il a donc la qualité de partie et non d'intervenant. Dans ces conditions, son mémoire n'était pas soumis aux règles de recevabilité applicables à une intervention. En tout état de cause, le CNG a produit un mémoire en défense. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'intervention du C est irrecevable faute de venir en soutien à des conclusions présentées en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer opposée par le CNG et la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'objet de la requête dès son origine opposée par le CHU d'Amiens :

3. Le CNG soutient que la requête a perdu son objet car Mme B a été placée en disponibilité pour convenances personnelles à compter du 8 novembre 2021. Toutefois, d'une part, le placement de Mme B en disponibilité pour convenances personnelles n'est pas intervenu en cours d'instance mais avant l'introduction de la requête. D'autre part, la seule circonstance que Mme B a été placée en disponibilité à sa demande pour convenances personnelles à compter du 8 novembre 2021, soit avant l'introduction de sa requête et qu'elle n'a ainsi pas effectivement rejoint le poste sur lequel elle a été mutée d'office dans l'intérêt du service ne suffit pas à considérer que la requête de Mme B était privée d'objet dès son introduction. Par suite, l'exception de non-lieu et la fin de non-recevoir soulevées en défense doivent être écartées.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 36 de la loi du 9 janvier 1986 : " L'autorité investie du pouvoir de nomination est tenue d'assurer la publicité des emplois vacants ou dont la vacance a été prévue et d'en informer l'autorité administrative compétente de l'Etat. () ". Aux termes de l'article 20 du décret du 2 août 2005 portant statut particulier des grades et emplois des personnels de direction des établissements mentionnés à l'article 2 (1° et 2°) de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à J : " Toute mutation dans l'intérêt du service est prononcée après avis de la commission administrative paritaire nationale par le directeur général du H de gestion. /L'emploi sur lequel est affecté un personnel de direction à la suite d'une mutation dans l'intérêt du service ne fait pas l'objet d'une publication de vacance préalable ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article 20 du décret du 2 août 2005 que les dispositions de l'article 36 de la loi du 9 janvier 1986 ne s'appliquent pas à l'administration dans le cas où elle prononce une mutation dans l'intérêt du service. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas été précédée d'une publication de vacance préalable doit être écarté comme inopérant.

6. En deuxième lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué n'a pas été précédé de plusieurs propositions de postes. Toutefois, aucune disposition législative ou règlementaire ne met à la charge de l'administration une telle obligation. Le moyen doit, par suite, être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils ou militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, faits signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause.

8. Par un courrier du 23 septembre 2021, dont Mme B a eu connaissance le 27 septembre suivant les termes de la requête, la directrice générale du CNG a informé l'intéressée de l'engagement d'une procédure de mutation dans l'intérêt du service à son encontre, la prise d'effet de cette mesure au 1er novembre 2021 et l'a invitée à consulter son dossier administratif. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée des garanties procédurales préalable à l'édiction de l'arrêté attaqué.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 27 du décret du 14 août 1991 relatif aux commissions administratives paritaires nationales de J alors en vigueur : " Les commissions administratives paritaires nationales siègent en formation restreinte lorsqu'elles sont saisies de questions résultant de l'application des articles 33, 35, 37, 50-1, 51 à 59, 65-2, 67 à 69, 81 à 84 et 88 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à J ainsi que des décisions refusant le bénéfice du congé prévu au 7° de l'article 41 de cette même loi. Elles siègent également en formation restreinte lorsqu'elles sont saisies de questions relatives à la mutation dans l'intérêt du service. () ".

10. Mme B ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué a été édicté à l'issue d'une procédure entachée d'impartialité en raison de la composition identique de la commission administrative paritaire nationale qui a siégé le 21 juin 2021 dans le cadre de la procédure disciplinaire et celle qui a siégé le 14 octobre 2021, dès lors que le CNG était tenu de réunir la commission administrative paritaire nationale (CAPN) conformément aux textes régissant sa composition, qu'aucun texte législatif ou règlementaire ne l'interdit et qu'il n'est pas allégué qu'un des membres de la commission a manifesté une animosité contre Mme B lors de la première réunion. Par ailleurs, si la requérante soutient que le rapport de saisine de la CAPN était incomplet en ce qu'il ne faisait pas état des alertes éthiques effectués par ses soins et d'autres agents, rien ne faisait obstacle à ce que Mme B formule ses observations auprès de la CAPN sur ce point. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure quant à la composition de la CAPN et à la procédure suivie devant cette instance doit être écarté.

11. En cinquième lieu, une mutation d'office revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

12. Mme B soutient que la mesure de mutation prise dans l'intérêt du service dont elle fait l'objet constitue une sanction disciplinaire déguisée. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a intégré le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie en 2017, a rencontré des difficultés relationnelles avec des agents de la direction des achats du groupement dont elle avait alors la responsabilité qui ont été mises en évidence par la réalisation d'une enquête interne en 2020 sur la prévention des risques psychosociaux alors qu'elle était en congé maternité. Le procès-verbal de la séance extraordinaire du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail du 30 septembre 2020, qui a restitué les résultats de cette enquête, fait état d'une situation de conflit interne qui a cessé lors du départ en congé de maternité de la requérante. Cette situation a amené l'établissement à affecter Mme B sur un emploi de directrice adjointe chargé de au sein du D à compter du 8 octobre 2020. D'autre part, par un arrêté du 27 avril 2021, dont la légalité a été confirmée par jugement n° 2102239 du tribunal administratif d'Amiens du 8 décembre 2022, l'intéressée a fait l'objet d'une mesure de suspension de fonctions en raison du caractère de vraisemblance et de gravité des faits résultant d'un comportement inapproprié de Mme B à l'encontre des membres de la direction générale de l'établissement ainsi que de son accès au serveur partagé de la direction des achats du D pour extraire des données appartenant à l'établissement en fraude au règlement général européen sur la protection des données et des règlements internes de l'établissement. En outre, par un arrêté du 30 juin 2021, dont la légalité a été confirmée par jugement n° 2102817 du tribunal administratif d'Amiens du 8 décembre 2022, l'intéressée a fait l'objet d'une mesure d'exclusion temporaire de fonctions en raison de son comportement inapproprié dans l'exercice de ses fonctions d'encadrement des agents du service achat dont elle avait la responsabilité, de l'entretien d'une confusion entre la sphère privée et la sphère professionnelle des agents placés sous son autorité, le non-respect de leur vie privée et l'obtention d'un certificat médical d'un agent et sa diffusion. Enfin, l'arrêté attaqué se fonde sur le rapport établi par la directrice générale du CNG du 6 octobre 2021 et l'avis de la CAPN du 14 octobre 2021. Le rapport précité fait état de plusieurs alertes reçues par la directrice générale du C émises lors de la réintégration de Mme B à la suite de la suspension par l'ordonnance du juge des référés du 27 août 2021 de l'arrêté du 30 juin 2021 relatif à son exclusion temporaire de fonctions. Ces alertes ont été émises par plusieurs agents qui, dans un courrier commun du 1er septembre 2021, ont exprimé au CNG leur refus de travailler avec Mme B en raison de son comportement, par la cheffe du service de santé au travail et la psychologue du travail qui, par courrier du 6 septembre 2021, ont souligné le risque important de désorganisation du travail au sein de l'établissement ainsi que par plusieurs membres de l'équipe de direction de l'établissement, dont le directeur général adjoint, qui ont exercé leur droit de retrait le 8 septembre 2021. Compte tenu du climat de défiance de l'équipe de direction à l'égard de Mme B et de ses effets concrets sur le fonctionnement du service, la mesure de mutation en litige répond à l'intérêt du service. En outre, Mme B n'établit pas l'intention de l'administration d'édicter une sanction à son égard. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une sanction déguisée doit être écarté.

13. En sixième lieu, l'arrêté attaqué ne constitue pas une sanction disciplinaire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Ainsi, la requérante ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière résultant de la privation des garanties liées à la procédure disciplinaire.

14. En septième lieu, pour le même motif que celui exposé au point précédent, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît le principe non bis in idem.

15. En huitième lieu, pour le même motif que celui exposé aux points 12 et 13, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de procédure.

16. En neuvième lieu, la mesure de mutation en litige répond à un objectif de préservation et de fonctionnement du service ainsi qu'il a été dit au point 12. Mme B fait valoir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au bon déroulement de sa carrière. L'arrêté attaqué a affecté Mme B à l'établissement public de santé mentale de l'Aisne à Prémontré en qualité de directrice adjointe. Il ressort des pièces du dossier que cet établissement lui a attribué un emploi de " chargé des affaires financières, du contrôle de gestion, de la coordination administrative des pôles, de l'accueil familial thérapeutique et de l'unité technique de travail social " qui constitue un emploi de direction destiné aux directeurs ou directrices ajointes. Si la requérante fait valoir que cet emploi de classe normale était réservé aux élèves directeurs et élèves directrices ainsi que cela ressort de l'avis de vacance d'emplois du poste en litige qui a été publié au Journal Officiel du 2 septembre 2020, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause le niveau de responsabilité attaché aux missions de cet emploi. Mme B, qui ne décrit ni ne produit la fiche de poste de l'emploi précité alors qu'elle en dispose, ne justifie pas davantage de la réalité d'une diminution de ses responsabilités. La circonstance que le poste sur lequel est mutée l'intéressée dispose d'une cotation inférieure à celle attachée au poste qu'elle occupait à la date de l'arrêté attaqué ne caractérise pas la diminution du niveau de responsabilité, dès lors cette cotation détermine la prime de fonction qui ne prend pas seulement en compte le niveau de responsabilités mais également les contraintes de service. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué l'affecte sur un poste dégradé et qu'il diminue son niveau de responsabilité. En outre l'arrêté attaqué maintient Mme B au grade de directeur d'hôpital hors classe et au deuxième échelon sur lequel elle était placée ainsi que son ancienneté dans cet échelon. Si Mme B percevra une prime de fonction annuelle moindre que celle qu'elle perçoit sur le poste qu'elle occupe à la date de l'arrêté attaqué, cette diminution, de l'ordre de 1000 euros par an, ne caractérise pas, à elle seule, une atteinte au bon déroulement de sa carrière en ce qu'elle est liée aux conditions d'exercice du poste. Enfin, si l'intéressée fait valoir qu'elle perd le bénéfice d'un logement de fonction, il ressort d'un échange de courriels du 4 octobre 2021, que le directeur de l'établissement public de santé mentale de l'Aisne lui a proposé, à titre de compensation, une indemnité de logement. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la mesure de mutation en litige porte une atteinte disproportionnée à sa situation professionnelle et ne répond pas à l'intérêt du service.

17. En dixième lieu, pour soutenir qu'une atteinte disproportionnée est portée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme B se prévaut de l'éloignement important de son lieu de travail par rapport à son domicile, de l'impossibilité d'organiser un déménagement et un nouveau mode de garde de ses enfants dans le délai de cinq jours entre le 25 octobre 2021, date de notification de l'arrêté attaqué et la date de prise d'effet de cet arrêté fixé au 1er novembre suivant. Le poste sur lequel Mme B a été mutée implique des trajets d'une durée quotidienne totale de 2 heures 30 ainsi que cela ressort des estimations de temps de trajets du site Google Maps produites en défense. Il n'est pas établi, compte tenu de la circonstance que la requérante devait être affectée sur un emploi offert aux membres du corps des directeurs d'hôpitaux, que le CNG n'aurait pas pris en considération les contraintes géographiques de la requérante au regard de son lieu de domicile en décidant son affectation. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que par un courrier de la directrice générale du CNG en date du 23 septembre 2021, reçu le 29 septembre 2021 selon les termes de la requête, Mme B a été informée de la date et de son lieu de mutation et a ainsi été mise en mesure de réaliser les démarches nécessaires afin de trouver un mode de garde pour ses enfants. Enfin, elle n'établit pas l'impossibilité d'effectuer les trajets précités entre son domicile et sa nouvelle affectation. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui a été pris dans l'intérêt du service ainsi qu'il a été dit au point 12, ne porte au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée au droit aux buts en vue desquels il a été pris. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

18. En onzième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique alors en vigueur : " Un lanceur d'alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d'un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d'un acte unilatéral d'une organisation internationale pris sur le fondement d'un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance () ". Aux termes de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi, aux autorités judiciaires ou administratives de faits constitutifs d'un délit, d'un crime ou susceptibles d'être qualifiés de conflit d'intérêts au sens du I de l'article 25 bis dont il aurait eu connaissance dans l'exercice de ses fonctions./ Aucun fonctionnaire ne peut être sanctionné ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, pour avoir signalé une alerte dans le respect des articles 6 à 8 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique. () ".

19. Pour soutenir que la décision litigieuse a porté atteinte à son droit d'être protégée en qualité de lanceuse d'alerte prévu par les dispositions de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983, Mme B fait valoir que la brièveté de la prise d'effet de la mesure de mutation d'office révèle une volonté de représailles à son égard par l'administration en raison des alertes éthiques qu'elle a effectuées entre les mois de février et septembre 2019 puis en février 2021 et qui portaient sur de graves irrégularités commises dans des procédures de passation des marchés publics. Toutefois, la mesure de mutation en litige répond à l'intérêt du service ainsi qu'il a été dit au point 12 et le délai dont se prévaut la requérante n'est pas de nature à révéler une intention de porter atteinte à son droit d'être protégée en qualité de lanceuse d'alerte. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

20. En dernier lieu, Mme B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il poursuit les objectifs de la sanctionner en raison de ses alertes éthiques, et qu'il présente le caractère d'un agissement constitutif de harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.

21. Toutefois, d'une part, l'arrêté attaqué a été pris dans l'intérêt du service ainsi qu'il a été dit au point 12.

22. D'autre part, si la circonstance qu'un agent a subi ou refusé de subir des agissements de harcèlement moral ne saurait légalement justifier que lui soit imposée une mesure relative à son affectation, à sa mutation ou à son détachement, elles ne font pas obstacle à ce que l'administration prenne, à l'égard de cet agent, dans son intérêt ou dans l'intérêt du service, une telle mesure si aucune autre mesure relevant de sa compétence, prise notamment à l'égard des auteurs des agissements en cause, n'est de nature à atteindre le même but. Lorsqu'une telle mesure est contestée devant lui par un agent public au motif qu'elle méconnaît l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, il incombe d'abord au juge administratif d'apprécier si l'agent a subi ou refusé de subir des agissements de harcèlement moral. S'il estime que tel est le cas, il lui appartient, dans un second temps, d'apprécier si l'administration justifie n'avoir pu prendre, pour préserver l'intérêt du service ou celui de l'agent, aucune autre mesure, notamment à l'égard des auteurs du harcèlement moral.

23. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

24. Pour soutenir qu'elle a été victime d'une situation de harcèlement moral dans le cadre de son service, Mme B se prévaut des difficultés rencontrées lors de sa réintégration au sein de l'établissement en exécution de l'ordonnance du juge des référés en date du 27 août 2021. L'intéressée fait ainsi état de la tentative de l'établissement de la placer en autorisation spéciale d'absence, de son placement en télétravail, de l'obligation de se soumettre à une expertise psychiatrique, de l'absence de missions concrètes, de l'interdiction d'interagir avec des agents de l'hôpital, des humiliations subies en comité de direction telles que l'interruption d'une réunion de travail réalisée par visioconférence.

25. Toutefois, la réintégration de Mme B au sein de l'établissement à la suite de l'ordonnance du juge des référés du 27 août 2021 a créé un risque important de désorganisation du travail qui s'est traduit par l'exercice du droit de retrait par plusieurs membres de la direction le 8 septembre 2021 ainsi qu'il a été dit au point 12. Il ressort des pièces du dossier que la demande de la directrice générale de l'établissement d'une visite médicale préalable de l'intéressée avant la reprise de ses fonctions a été formulée par un courrier du 7 septembre 2021 et était justifiée par la réception d'un courrier du 6 septembre 2021 par lequel la cheffe du service santé au travail et la psychologue du travail l'ont alertée de la situation de stress et de souffrance psychologique de plusieurs membres de l'équipe de direction à l'idée de devoir reprendre leur collaboration avec Mme B. De plus, le placement temporaire de la requérante en télétravail à temps complet résulte de l'avis d'aptitude du 8 septembre 2021 qui mentionnait " apte avec restrictions : en télétravail 5 jours par semaine dans l'attente d'un avis spécialisé ", et non d'une décision de sa hiérarchie ainsi que cela résulte du courrier du 24 septembre 2021 que la directrice générale de l'établissement a adressé à la requérante. En outre, il ressort du courriel du 8 octobre 2021 que l'intéressée a adressé à sa hiérarchie et au CNG que le comité de direction au terme duquel elle estime avoir été évincée a pris fin en raison du départ des membres de l'équipe de direction de la salle de réunion. Par ailleurs, l'interdiction d'interagir avec les agents de l'hôpital dont se prévaut Mme B est contredite par un courriel du 22 septembre 2021 qui lui a été adressé par directrice générale de l'établissement lui demandant de présenter son travail en comité de direction et lui indiquant que les personnes à consulter dans le cadre de ses travaux ainsi que la trame des questionnaires à utiliser seraient déterminés lors de cette réunion. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 12, la réintégration de Mme B le 8 septembre 2021 fait suite à une mesure d'exclusion temporaire de fonctions prise notamment au motif d'un comportement inapproprié de Mme B avec ses agents, pour lesquels les faits ont été jugés établis selon le jugement n° 2102817 du tribunal administratif d'Amiens en date du 8 décembre 2022 et le changement d'affectation de Mme B, intervenu le 8 octobre 2020 au sein de l'établissement, résultait d'une situation de souffrance d'une partie des agents placés sous sa responsabilité qui a été révélée par la réalisation d'une enquête interne en 2020 sur la prévention des risques psychosociaux au sein de la direction placée sous la responsabilité de Mme B. Dans ce contexte, ni les mesures prises antérieurement à la sanction d'exclusion temporaire de fonctions à l'encontre de la requérante, ni les modalités de sa réintégration après l'ordonnance du juge des référés du 27 août 2021 et avant sa mutation dans l'intérêt du service, ne traduisent une situation de harcèlement moral. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6 quinquies et de l'existence d'un détournement de pouvoir doivent être écartés.

26. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du CNG, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à Mme B de la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme B la somme de 750 euros au titre des frais exposés par le C et non compris dans les dépens ainsi que la somme de 750 euros au titre des frais exposés par le CNG et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera au centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie la somme de 750 euros et au G la somme de 750 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au H de I de direction de J et au centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Pellerin

La présidente,

Signé

C. Galle Le greffier,

Signé

J. F. Langlois

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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