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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2104321

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2104321

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2104321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 29 décembre 2021 et le 10 août 2022, Mme C B, représentée par Me Quennehen, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 septembre 2021 et des 1er et 23 octobre 2021 par lesquelles le chef d'établissement du lycée (ANO)Louis Thuillier d'Amiens(ANO) a refusé de lui attribuer des heures d'enseignement oral aux classes préparatoires aux grandes écoles ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui réattribuer ses heures d'interrogation orale, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- c'est à tort que le chef d'établissement lui a retiré ses heures d'interrogation orale, lesquelles font partie intégrante de son obligation de service ; son éviction porte atteinte au fonctionnement normal du service dès lors que les élèves sont désormais interrogés par des professeurs inexpérimentés et non préparés pour ce faire ;

- les décisions attaquées sont révélatrices de faits de harcèlement moral et de discrimination commis à son encontre par sa hiérarchie ;

- elles sont entachées de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le recteur de l'académie d'Amiens conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la requête sont dirigées contre des mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours pour excès de pouvoir et que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 50-581 du 25 mai 1950 ;

- le décret n° 50-1253 du 6 octobre 1950 ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public ;

- et les observations de Me Delort, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, professeure agrégée d'anglais hors classe, est affectée au (ANO)lycée Louis Thuillier(ANO) d'Amiens sur un poste de professeur de classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE). Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions du 5 septembre 2021 et des 1er et 23 octobre 2021 par lesquelles son chef d'établissement a refusé de lui attribuer, pour l'année scolaire 2021-2022, des heures de " colles ", consistant en des interrogations orales auxquelles doivent se soumettre régulièrement les élèves de classe préparatoire

2. L'article 7 du décret du 25 mai 1950 portant règlement d'administration publique pour la fixation des maximums de service hebdomadaire du personnel enseignant des établissements d'enseignement du second degré dispose que : " 1° Le maximum de service des professeurs de philosophie, lettres, histoire et géographie ou langues vivantes qui donnent tout leur enseignement dans la classe de première supérieure, dans celle de lettres supérieures, dans les classes préparatoires aux Ecoles normales supérieures (section des lettres), à l'Ecole nationale de la France d'outre-mer, à l'Ecole nationale des chartes, est fixé ainsi qu'il suit : / Classes de Première supérieure : Classes ayant un effectif de plus de 35 élèves : 8 heures ; / Classes ayant un effectif de 20 à 35 élèves : 9 heures ; / Classes ayant un effectif de moins de

20 élèves : 10 heures ; () / Les professeurs de philosophie, lettres, histoire et géographie ou langues vivantes dont le service est partagé entre la classe de première supérieure et celle de lettres supérieures ont le même maximum de service que s'ils donnaient tout leur enseignement en première supérieure. () 3° Les dispositions du 3° de l'article 6 ci-dessus sont applicables aux professeurs et aux classes considérées dans le présent article ". Le 3° de l'article 6 du même décret précise que : " () Lorsqu'un professeur fait tout son service dans deux des classes considérées dans le présent article : / Si l'une seulement compte plus de trente-cinq élèves, le maximum de service du professeur sera le même que si les deux classes comptent plus de trente-cinq élèves. / Si l'une compte entre vingt et trente-cinq élèves et l'autre moins de vingt élèves, le maximum de service du professeur sera le même que si les deux classes comptaient entre vingt et trente-cinq élèves ". En outre, l'article 3 du décret du 6 octobre 1950 fixant les taux de rémunération des heures supplémentaires d'enseignement effectuées par des personnels enseignants des établissements d'enseignement du second degré : " Les heures d'interrogation effectuées dans les classes préparatoires aux grandes écoles sont toujours décomptées à l'unité. Elles sont rétribuées à raison du trente-sixième du tarif annuel de l'heure supplémentaire, tel qu'il résulte des dispositions du présent décret, ce tarif étant réduit de 25 % ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

4. Il ressort de l'état des services de Mme B établi le 25 mai 2022 que l'obligation de service de l'intéressée, laquelle enseigne en classes de première et de seconde année de classe préparatoire dont deux comptent un effectif supérieur à trente-cinq élèves, est fixé à huit heures conformément aux dispositions précitées de l'article 7 du décret du 25 mai 1950. Ce même état des services mentionne, en outre, que Mme B ne sera pas autorisée à faire d'heures supplémentaires. Par suite, les décisions attaquées refusant à Mme B l'attribution d'heures d'enseignement oral aux classes préparatoires aux grandes écoles, qui présentent un caractère accessoire à l'obligation de service des professeurs agrégés dès lors qu'elles ne font pas partie, à proprement dit, du service d'enseignement, ne sont pas au nombre de celles qui, au sens des dispositions précitées au point précédent, refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, si Mme B soutient que les heures de " colles " font partie intégrante de son obligation réglementaire de service, il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent que son état des services est conforme à l'obligation de service imposée aux professeurs de langue vivante enseignant en classe préparatoire aux grandes écoles. En outre, la circonstance selon laquelle le chef d'établissement du (ANO)lycée Louis Thuillier(ANO) a tardé à pourvoir au remplacement sur les heures d'interrogation orale précédemment dispensées par Mme B ainsi que celle selon laquelle les enseignants recrutés pour ce faire sont inexpérimentés et non habilités, sont sans influence sur la légalité des décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'alinéa 2 de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race () ". Par ailleurs, l'alinéa premier de l'article 6 quinquies de cette même loi, désormais codifié à l'article L. 133-2 dudit code dispose que : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

7. Il appartient au requérant qui soutient qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination ou qu'il a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer du sérieux de ses allégations. Il incombe alors à l'administration de produire, en sens contraire, tous les éléments permettant d'établir que la mesure contestée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination ou tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination ou si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Par ailleurs, l'article 26 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique dispose que : " Le médecin du travail est seul habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. () / Lorsque ces propositions ne sont pas agréées par l'administration, celle-ci doit motiver par écrit son refus et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail doit en être tenu informé ".

9. D'une part, si Mme B soutient que le fait que d'autres professeurs de classes préparatoires aux grandes écoles continuent d'effectuer des heures de " colles " témoigne de la volonté de sa hiérarchie de la discriminer, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'en prenant les décisions attaquées, le chef d'établissement a entendu se conformer aux propositions d'aménagement des conditions d'exercice des fonctions de Mme B formulées par le médecin de prévention les 2 septembre 2020 et 21 mai 2021 et, notamment à celle selon laquelle " compte tenu de la situation médicale de Mme B, il y a lieu de ne pas lui octroyer des heures supplémentaires lors de la prochaine rentrée scolaire ".

10. D'autre part, si Mme B soutient que son nom a été supprimé de diverses façons des tableaux d'organisation des colles, lesquels ont été transmis à l'ensemble de ses collègues et que le retrait de telles heures de son emploi du temps a eu un impact sur son état de santé ainsi qu'une incidence immédiate et non négligeable sur ses finances, de telles circonstances ne suffisent pas à laisser présumer une situation constitutive de harcèlement moral à son égard. Enfin et surtout, pour regrettable que soit le climat tel que décrit par Mme B au sein de son établissement scolaire d'affectation, l'ayant par ailleurs conduit à présenter une demande de protection fonctionnelle auprès des services du rectorat de l'académie d'Amiens, cette seule circonstance ne saurait faire présumer l'existence d'agissements de harcèlement moral dont elle aurait été personnellement victime.

11. Par suite, les décisions contestées ne sont pas empreintes de discrimination, ni davantage constitutives de faits de harcèlement moral. Il s'ensuit que de tels moyens doivent être écartés.

12. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué par Mme B, qui indique que les décisions litigieuses consistent en des représailles de sa hiérarchie résultant de ce qu'elle aurait dénoncé divers faits de malveillance et de souffrance au travail tant à son égard qu'à celui de plusieurs autres collègues, n'est pas établi par les pièces du dossier.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie d'Amiens, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au recteur de l'académie d'Amiens.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme A et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

P. DLe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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