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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200151

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200151

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 janvier et 17 mai 2022 sous le n° 2200151, M. et Mme C A, se déclarant également représentants d'un collectif d'habitants opposés au projet, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 9 septembre 2021 du conseil municipal de Dompierre-sur-Authie en tant qu'elle autorise la vente à la société TDF, pour un prix de 15 000 euros, d'une partie de la parcelle cadastrée section AC n° 63 d'une superficie de 169 mètres carrés en vue de l'implantation d'une antenne-relais de téléphonie mobile ;

2°) d'enjoindre à la commune de Dompierre-sur-Authie de faire diligenter une nouvelle étude par la société TDF en partenariat avec les responsables municipaux et le collectif d'opposants afin de définir un nouveau lieu d'implantation et à ce qu'une ou plusieurs réunions publiques soient tenues.

Ils soutiennent que :

- aucune réunion publique d'information de la population ne s'est tenue ;

- les caractéristiques techniques du projet n'ont pas été communiquées ;

- l'implantation de l'antenne-relais va conduire à une décote d'au moins 30% de la valeur immobilière des propriétés se situant dans un périmètre de 500 mètres autour des monuments historiques classés ;

- le lieu d'implantation est situé dans une zone humide, inondable, inconstructible et classée Natura 2000 dans le plan local d'urbanisme ;

- le lieu d'implantation est situé dans un rayon de 500 mètres autour d'un site historique classé ;

- l'implantation de l'antenne-relais ne respecte pas la distance minimale de 300 mètres autour des habitations car la dernière est située à moins de 100 mètres.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, la commune de Dompierre-sur-Authie, représentée par Me Chartrelle, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que les requérants ne justifient pas de la capacité pour agir du collectif qu'ils représentent ;

- la requête est également irrecevable en ce que les requérants ne justifient pas de leur qualité pour agir au nom du collectif qu'ils représentent ;

- elle est encore irrecevable en ce que les requérants ne justifient pas de l'intérêt pour agir du collectif qu'ils représentent en l'absence de production des statuts,

- la requête est enfin irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 janvier 2024 à 12h00.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 mars 2022 et 4 octobre 2023 sous le n° 2200813, M. et Mme D B, représentés par Me de Lagarde, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 9 septembre 2021 du conseil municipal de Dompierre-sur-Authie en tant qu'elle autorise la vente à la société TDF, pour un prix de 15 000 euros, d'une partie de la parcelle cadastrée section AC n° 63 d'une superficie de 169 mètres carrés en vue de l'implantation d'une antenne-relais de téléphonie mobile ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Dompierre-sur-Authie la somme d'un euro au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les conseillers municipaux n'ont pas été convoqués trois jours francs avant la réunion du conseil municipal, en méconnaissance de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales ;

- le conseil municipal n'a pas pu délibérer en toute connaissance de cause, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales, d'une part, en l'absence d'informations sur l'emplacement précis et la consistance de la fraction de la parcelle vendue et, en conséquence, sur son prix de vente et, d'autre part, alors qu'il n'a pas été correctement informé, avant le vote de la délibération, des sites d'implantation de l'antenne-relais potentiels;

- la vente de la fraction de la parcelle litigieuse pour y implanter une antenne relais constitue la création d'un terrain à bâtir soumis à permis d'aménager en application de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet se situe dans le périmètres des 500 mètres aux abords de monuments historiques, de sorte qu'en l'absence de permis d'aménager préalable à la vente la délibération attaquée est nulle en vertu de l'article L. 480-15 du code de l'urbanisme ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle indique que le seul endroit correspondant à tous les critères se trouve à l'entrée du marais communal de Dompierre-sur-Authie, alors que six autres sites étaient possibles ;

- le conseil municipal a commis une erreur manifeste d'appréciation s'agissant du choix du terrain d'implantation, qui a d'ailleurs été modifié ultérieurement, eu égard à l'atteinte esthétique du paysage qu'elle occasionne.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2022, la commune de Dompierre-sur-Authie, représentée par Me Chartrelle, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Wavelet, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Rondepierre, rapporteure publique ;

- les observations de Me Moussian, représentant M. et Mme B ;

- les observations de Me Abiven, représentant la commune de Dompierre-sur-Authie.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 9 septembre 2021, le conseil municipal de la commune de Dompierre-sur-Authie (80150) a décidé de vendre à la société TDF, mandatée par la société SFR, une partie de la parcelle cadastrée section AC n° 63 d'une superficie de 169 m2 pour un montant de 15 000 euros en vue de l'implantation d'une antenne-relais de téléphonie mobile. Par deux requêtes qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, M. et Mme C A, se déclarant par ailleurs représentants d'un collectif d'habitants opposés au projet, ainsi que M. et Mme B, demandent l'annulation de cette délibération en tant qu'elle autorise cette vente.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir opposée dans le cadre de l'instance n° 2200151 :

2. M. et Mme A, qui indiquent exercer leur recours contentieux en leur qualité de représentants d'un collectif d'habitants opposés au projet litigieux, n'établissent cependant pas, par la production des statuts de ce collectif, qu'ils disposeraient de la qualité pour le représenter ni, par voie de conséquence, l'intérêt pour agir de celui-ci à l'encontre de la délibération attaquée. Les requérants ne justifient pas davantage, en leur qualité de personnes physiques et nonobstant la circonstance qu'ils résident sur le territoire de la commune de Dompierre-sur-Authie, de leur intérêt pour agir pour contester la délibération litigieuse. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir des auteurs de la requête doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans le cadre de l'instance n° 2200813 :

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion ".

4. Il ressort des onze courriers de convocation à la réunion du conseil municipal de Dompierre-sur-Authie du 9 septembre 2021 adressés à ses membres, lesquels mentionnaient l'ordre du jour de la séance notamment le point relatif à la vente du terrain litigieux, que ceux-ci sont datés du 3 septembre 2021, soit plus de trois jours francs avant la tenue de la réunion, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal délibère sur la gestion des biens et les opérations immobilières effectuées par la commune (). / Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat () ". Par ailleurs aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

6. Pour soutenir que les conseillers municipaux n'étaient pas suffisamment informés avant d'adopter la délibération attaquée, faute d'informations sur l'emplacement précis et la consistance de la fraction de la parcelle vendue et, en conséquence, sur son prix de vente, les requérants ne peuvent utilement invoquer les dispositions de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales, dont au demeurant le troisième alinéa n'est en l'espèce pas applicable dès lors que la commune de Dompierre-sur-Authie compte moins de 2 000 habitants. En tout état de cause, la délibération attaquée indique l'identité de l'acquéreur du terrain communal vendu, à savoir la société TDF mandatée par la société SFR, l'objet de la vente à savoir l'implantation d'une antenne relais de radiotéléphonie, et identifie la parcelle objet de la vente, en l'occurrence la parcelle cadastrée section AC n° 63, dont il est par ailleurs précisé que la superficie vendue est de 169 mètres carrés, pour un prix de 15 000 euros. En outre, il ressort du compte-rendu de la séance de ce conseil municipal que le terrain se situe à l'entrée du marais communal et que la structure sera implantée derrière l'oseraie présente à cet endroit. S'il ressort certes du même compte-rendu que plusieurs terrains communaux ont pu être proposés par le maire de la commune à la société TDF, il n'est en tout état de cause pas établi, ni même allégué, que des membres du conseil municipal auraient souhaité, avant ou pendant la séance, être davantage informés sur les circonstances objet de la délibération attaquée, en particulier sur la possibilité de choisir un autre lieu d'implantation, et qu'il n'aurait pas été satisfait à leur demande. Enfin, si les requérants soutiennent que la valeur d'un terrain communal varie selon sa situation géographique, ils n'établissent pas que les conseillers municipaux auraient été insuffisamment informés sur ce point. Dans ces conditions, alors qu'il ressort en particulier de la délibération attaquée qu'ils ont pu prendre connaissance des conditions et caractéristiques essentielles de la vente, les membres du conseil municipal doivent être regardés, contrairement à ce que soutiennent les requérants, comme ayant été suffisamment informés avant de prendre part au vote de la délibération attaquée.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article L. 442-1-2 de ce code : " Le périmètre du lotissement comprend le ou les lots destinés à l'implantation de bâtiments ainsi que, s'ils sont prévus, les voies de desserte, les équipements et les espaces communs à ces lots. () ". Par ailleurs, l'article R. 421-19 du même code dispose : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : / a) Les lotissements : / - qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; / - ou qui sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques, dans un site classé ou en instance de classement ; / () ".

8. La délibération par laquelle un conseil municipal décide de la vente d'une partie d'un terrain communal pour l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile ne relève pas de la législation en matière d'urbanisme de sorte les requérants ne peuvent utilement soutenir, pour contester la délibération attaquée, que celle-ci devait être précédée de l'obtention d'un permis d'aménager. Au demeurant, le projet objet de la délibération attaquée n'a pas pour effet d'opérer une division de la parcelle d'assiette du projet en vue de la création de lots destinés à être bâtis, dès lors que le pylône supportant l'antenne relais et les équipements techniques au pied de celui-ci ne constituent pas un bâtiment au sens des dispositions précitées de l'article L. 442-1-2 du code de l'urbanisme. Dès lors, le projet, qui ne porte pas sur la création d'un lotissement, n'avait en tout état de cause pas à faire l'objet d'un permis d'aménager au titre des dispositions de l'article R. 421-9 du code précité. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, celui tiré de la méconnaissance de l'article L. 480-15 du même code.

9. En quatrième lieu si les requérants soutiennent, en indiquant que six autres sites étaient possibles, que la délibération attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle indique que le seul endroit qui correspond à tous les critères se trouve à l'entrée du marais communal, ils n'établissent toutefois pas le bien-fondé du moyen qu'ils invoquent.

10. En dernier lieu, si les époux B soutiennent que le choix du site retenu pour le projet d'implantation de l'antenne porte atteinte à l'esthétique du paysage, en raison de l'abattage des arbres derrière lesquels doit être érigée l'antenne, et préjudicie aux habitants de la commune, dont les propriétés vont subir une dévalorisation, en tout état de cause ils ne l'établissent pas.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Dompierre-sur-Authie, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance n° 2200813, la somme demandée par les époux B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la commune de Dompierre-sur-Authie présentée sur le fondement des mêmes dispositions dans les instances n° 2200151 et 2200813.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2200151 et 2200813 présentées respectivement par M. et Mme A et par M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Dompierre-sur-Authie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans les instances n° 2200151 et 2200813 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C A, à M. et Mme D B et à la commune de Dompierre-sur-Authie.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thérain, président,

M. Wavelet, premier conseiller,

et M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. Wavelet

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2200151 et 2200813

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