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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200179

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200179

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2022, M. B A, représenté par

Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021, par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé sa réadmission en Italie ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale" ou "salarié" dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit et méconnait les dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a formulé une demande de titre de séjour dans les trois mois de son arrivée en France, où se situe le centre de ses intérêts et où il dispose de ressources stables ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, dès lors que le centre de ses intérêts professionnels, privés et familiaux se situe en France ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, la préfète de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 9 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A le 9 décembre 2021.

Par ordonnance du 8 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 décembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant indien, né le 1er juillet 1981, est détenteur d'un titre de résident de longue durée délivré par les autorités italiennes. Le 22 juillet 2021, il a présenté une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 3 décembre 2021, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et a prononcé sa réadmission en Italie.

2. En premier lieu, la décision litigieuse vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. A sur le territoire français, ainsi que les éléments professionnels et personnels de M. A. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est insuffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 () ".

4. Il est constant que M. A est titulaire d'un titre de résident de longue durée - UE, délivré par les autorités italiennes. S'il soutient être entré pour la dernière fois en France le

15 février 2021, il ressort néanmoins des pièces du dossier, d'une part, qu'il y est employé en qualité d'électricien depuis le 25 février 2020, en vertu d'un contrat de travail à durée indéterminée et, d'autre part, qu'au mois de juillet 2020, il a adressé une demande d'informations en vue de convertir son titre de séjour en application des dispositions citées au point précédent, en indiquant résider en France depuis le mois de janvier 2020, à laquelle la préfecture a répondu en l'invitant à présenter une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que sa demande, qu'il a formulée au plus tôt le 24 mars 2021, est intervenue dans le délai des trois mois suivant son arrivée sur le territoire français, alors qu'au surplus, il ne démontre ni détenir une assurance maladie, ni bénéficier de l'autorisation de travail prévue à l'article L. 421-1 du même code.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. Il ressort de ce qui a été exposé ci-dessus que M. A exerce les fonctions d'électricien en vertu d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 25 février 2020. Si son épouse, dont l'adresse est au demeurant différente de celle de l'intéressé, et leurs enfants résident en France, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A est également titulaire d'un titre de résident délivré par les autorités italiennes. Par suite, et alors que l'intéressé ne fait état d'aucune autre attache en France et que la cellule familiale a vocation à se reconstituer en Italie ou dans son pays d'origine, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels elle est prise, ni qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité.

7. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 6 du présent jugement, M. A, dont les enfants ont vocation à accompagner leurs parents, sans qu'il ne soit établi ni même soutenu qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Italie ou dans leur pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la décision dont il demande l'annulation méconnait les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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