vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CLAEYS |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2022 sous le n°2200346, Mme C D, représentée par Me Claeys, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien portant la mention " conjoint de retraité ", ensemble la décision du 24 novembre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocate, Me Claeys, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été enregistrée dans le délai de recours contentieux, lequel a été interrompu par sa demande d'aide juridictionnelle présentée le 7 décembre 2021 et ayant donné lieu à une décision du 9 décembre suivant ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature de la préfète régulièrement publiée ;
- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des graves pathologies affectant son époux.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir à titre principal, que la requête de Mme D est irrecevable en raison de sa tardiveté, à titre subsidiaire que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 décembre 2021.
Par ordonnance du 22 juillet 2022, la clôture de l'instruction de cette affaire a été fixée au 15 septembre 2022 à 12h00.
II) Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2022 sous le n°2200347, M. E D, représenté par Me Claeys, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien portant la mention " retraité " ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocate, Me Claeys, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été enregistrée dans le délai de recours contentieux, lequel a été interrompu par sa demande d'aide juridictionnelle présentée le 7 décembre 2021 et ayant donné lieu à une décision du 9 décembre suivant ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature de la préfète régulièrement publiée ;
- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des graves pathologies l'affectant.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir à titre principal, que la requête de M. D est irrecevable en raison de sa tardiveté, à titre subsidiaire que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Mme et M. D ont été admis à l'aide juridictionnelle totale par décisions du 9 décembre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Binand, président.
Considérant ce qui suit :
1. Mme et M. D, ressortissants algériens respectivement nés le 13 août 1955 et le 31 décembre 1940, se sont vus délivrer le 2 août 2014 des certificats de résidence algériens d'une durée de dix ans portant, pour Mme D la mention " conjoint de retraité " et pour M. D, la mention " retraité ". Par deux décisions du 20 octobre 2021, la préfète de l'Oise a refusé de renouveler leurs titres de séjour, au motif qu'ils ne satisfaisaient pas à la condition de résidence hors de France prescrite par les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien. M. et Mme D doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler, chacun en ce qui le concerne, les décisions du 20 octobre 2021 ainsi que celles du 24 novembre 2021 portant rejet de leurs recours gracieux.
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2200346 et 2200347, formées par Mme et M. D, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. En premier lieu, par un arrêté du 21 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. F A, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture et signataire des décisions attaquées, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des 7° et 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui de leurs conclusions en annulation des décisions attaquées dès lors que le droit au séjour des ressortissants algériens en France est intégralement régi par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Les requérants soutiennent que les graves pathologies affectant M. D depuis 2017 requièrent une prise en charge médicale en France et qu'en raison du caractère onéreux des fréquents trajets entre l'Algérie et le territoire français, ils ont été dans l'obligation de séjourner de manière continue à Creil depuis 2019, à proximité de l'un de leurs enfants, ressortissant français. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, notamment des comptes-rendus d'examens médicaux pratiqués au centre hospitalier de Creil et notamment des plus récents datés des 29 avril et 14 octobre 2021 produits, qui font seulement état, après la réalisation d'une intervention chirurgicale en novembre 2019, d'une prise en charge médicamenteuse de long cours et d'examens de surveillance semestriels, que la fréquence des rendez-vous médicaux en France de M. D serait telle que les intéressés devraient y séjourner de manière continue alors qu'ils sont, à la date des décisions attaquées, titulaires de certificats de résidence algérien valables jusqu'en 2024 et leur permettant d'entrer à tout moment sur le territoire français pour y effectuer des séjours n'excédant pas un an. En outre, ils n'établissent pas, par ces mêmes documents, que le suivi médical de M. D ne pourrait être assuré, au besoin, dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les requérants ne sont, par suite, pas fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer les titres de séjour sollicités, la préfète de l'Oise a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme et M. D doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise. Par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et
L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Claeys la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
9. En outre, aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".
10. En l'espèce, l'arrêté attaqué par la requête n° 2200347 de M. D correspond à un litige similaire à celui enregistré sous le n° 2200346 introduit par Mme D contre l'arrêté qui la concerne. Pour contester ces arrêtés de la préfète de l'Oise, les requérants bénéficient de l'aide juridictionnelle totale et sont assistés par le même avocat. En conséquence, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 et d'appliquer un abattement de 30 % sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la requête enregistrée sous le n° 2200347.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme D et de M. D sont rejetées.
Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Claeys au titre de la requête de M. D enregistrée sous le n°2200347.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à M. E D, à la préfète de l'Oise et à Me Claeys.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi, conseillère,
- M. B magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
C. Binand
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
J. Parisi
Le greffier,
Signé
N. Verjot
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2200346-2200347
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026