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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200387

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200387

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2022, M. B A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de la Somme a rejeté sa demande reçue le 19 mai 2021 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 22 juin 2017 du préfet de la Somme prononçant son expulsion du territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme de procéder à l'abrogation de cet arrêté dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il justifie d'un changement de circonstances de fait entre l'arrêté du 22 juin 2017 et la décision attaquée qui nécessitait de réexaminer sa situation au regard des dispositions de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte excessive et disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet 2022 et 8 septembre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 janvier 2023.

Par décision du 9 février 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, première conseillère,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 juin 2017, pris sur avis favorable de la commission d'expulsion du 18 avril 2017, le préfet de la Somme a prononcé l'expulsion du territoire français de M. A, ressortissant guinéen né le 2 mai 1988. Par un courrier du 12 mai 2021, reçu le 19 mai suivant, l'intéressé a demandé à la préfète de la Somme d'abroger cet arrêté. M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa demande d'abrogation.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il découle de ces dispositions qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision expresse aurait dû être motivée n'est pas entachée d'illégalité du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Une telle décision ne peut être regardée comme illégale qu'en l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois par l'autorité saisie. En l'espèce, si M. A produit un courrier du 15 décembre 2021 aux termes duquel il a sollicité la communication des motifs de la décision par laquelle la préfète de la Somme a implicitement rejeté sa demande reçue le 19 mai 2021, il n'établit par aucune pièce versée au dossier la date à laquelle ce courrier a été reçu par les services de la préfecture de la Somme ainsi que le relève le préfet de la Somme en défense. M. A n'est par suite pas fondé à soutenir que cette décision implicite serait illégale du seul fait de son absence de motivation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 632-1 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; / 2° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; /3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ;/ 4° L'étranger titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle servie par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 %./Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 s'il a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans./Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion s'il vit en France en état de polygamie ". Aux termes de l'article L. 632-3du même code : " La décision d'expulsion peut à tout moment être abrogée ".

5. M. A soutient qu'il justifie d'un changement de circonstances de fait entre l'arrêté du 22 juin 2017 et la décision attaquée qui nécessite de réexaminer sa situation au regard des dispositions de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé fait ainsi valoir qu'il vit avec sa compagne de nationalité française et qu'ils ont eu deux enfants. Toutefois, en se bornant à verser une attestation de sa compagne et une attestation du médecin de la PMI de la Somme du 27 février 2019, le requérant n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant né le 7 novembre 2017. En outre, s'il ressort des pièces du dossier qu'en mars 2021, sa compagne attendait un enfant, le requérant n'apporte aucune précision sur ses liens avec cet enfant, ni même sur sa date de naissance. Enfin, il ne conteste pas sérieusement n'avoir jamais résidé avec sa compagne ainsi que cela ressort du jugement du juge l'application des peines du 4 mai 2021 statuant sur une demande d'aménagement de peine présentée par l'intéressé et résider, à la date de la décision attaquée, chez sa mère. Ainsi, le requérant n'établit pas l'effectivité d'un changement de circonstances de fait qui aurait nécessité que le préfet de la Somme procède à un réexamen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui liste les situations dans lesquelles une mesure d'expulsion est subordonnée à l'existence d'une nécessité impérieuse. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A fait valoir que sa famille réside en France et qu'il sera isolé en cas d'expulsion vers la Guinée. Toutefois, l'intéressé n'établit pas la réalité de ses attaches avec son enfant et sa compagne ainsi qu'il a été dit au point 5. Par ailleurs, si la mère de l'intéressé ainsi que son frère résident en France et à supposer établi l'isolement du requérant en cas de retour en Guinée, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de treize condamnations prononcées par plusieurs tribunaux correctionnels, entre les 11 juin 2008 et 14 avril 2015, portant principalement sur des faits constitutifs de délits routiers, de vols avec violences, de ports d'armes et d'infractions à la législation sur les stupéfiants et d'agression sexuelle commise en réunion, le requérant a persisté à commettre des infractions. Ainsi, postérieurement à l'arrêté préfectoral du 22 juin 2017 prononçant son expulsion du territoire français, M. A a fait l'objet de quatre nouvelles condamnations prononcées par le tribunal de grande d'instance d'Amiens, le tribunal correctionnel d'Amiens, et le tribunal correctionnel de Laon, entre le 13 juillet 2017 et le 14 juin 2021 pour des faits constitutifs de délits routiers, de vols en réunion, de ports d'armes, et de vol avec violence commis entre le 6 avril 2017 et le 15 mai 2021. Enfin, le jugement du juge de l'application des peines du 4 mai 2021 statuant sur une demande d'aménagement de peine présentée par M. A a relevé l'inefficacité des nombreux placements de l'intéressé sous surveillance électronique en raison de sa persistance à commettre des infractions. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits précités, la préfète de la Somme, en rejetant la demande M. A tendant à l'abrogation de l'arrêté du 22 juin 2017 prononçant son expulsion du territoire français, ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doit, pour les mêmes motifs, être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. Galle

Le greffier,

signé

J.F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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