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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200498

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200498

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP CARBONNIER - LAMAZE-RASLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt n° 21DA00536 du 3 février 2022, la cour administrative d'appel de Douai a, d'une part, annulé l'ordonnance n° 2003730 du 8 janvier 2021 par laquelle le président de la 3ème chambre du tribunal administratif d'Amiens a prononcé un non-lieu à statuer sur la demande d'exécution présentée par la SAS Spantech et enregistrée le 6 mars 2019 au greffe du tribunal sous le n°EXE1501294, tendant à obtenir l'exécution de l'ordonnance n° 1500639 du 29 juillet 2015 et du jugement n° 1501294 du 15 décembre 2017 et, d'autre part, renvoyé au tribunal le jugement de cette affaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, la communauté d'agglomération du Beauvaisis, représentée par Me Grand d'Esnon, conclut au rejet de la demande et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SAS Spantech.

Elle soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la demande, dès lors que les décisions nos 1501294 et 1500369 ont été exécutées ;

- les intérêts moratoires mis à sa charge doivent être réduits, compte tenu du délai avec lequel la société requérante a présenté ses demandes ;

- elle doit être exonérée du paiement de la majoration des intérêts moratoires, compte tenu du délai avec lequel la société requérante a présenté ses demandes ;

- elle doit être exonérée du paiement de la capitalisation des intérêts moratoires, compte tenu du délai avec lequel la société requérante a présenté ses demandes.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 17 novembre 2023, la SAS Spantech, représentée par Me Llorens demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la communauté d'agglomération du Beauvaisis à lui verser une somme de 23 369, 01 euros, assortie des intérêts moratoires et de leur capitalisation, au titre de l'exécution des jugements nos 1501294 et 1500639 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Beauvaisis une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération du Beauvaisis (CAB) ne s'est pas acquittée de l'ensemble des sommes mises à sa charge en exécution des décisions nos 1501294 et 1500639, de sorte que les conclusions à fin de non-lieu à statuer doivent être rejetées ;

- l'inexécution des jugements est imputable à la CAB, dès lors qu'il appartenait à l'ordonnateur et au comptable public de s'assurer de l'exactitude des sommes versées ;

- il ne peut lui être reproché d'avoir volontairement laissé courir de délai pour obtenir l'exécution des jugements du 15 décembre 2017, compte tenu, d'une part, des lettres et relances qu'elle a adressées à la CAB les 22 janvier 2018, 28 février 2018 et 9 mars 2018, d'autre part, du courrier adressé par la CAB, le 20 décembre 2019, lors de la phase administrative de l'exécution des jugements et enfin, de ce qu'elle a sollicité l'ouverture d'une procédure juridictionnelle le

7 octobre 2020, dès l'échéance de la phase administrative qui avait été prolongée par le tribunal ;

- la demande de modulation des intérêts moratoires n'est pas fondée, dès lors que les dispositions de l'article 67 de la loi n° 94-679 du 8 août 1994 ne le permettent pas et qu'en tout état de cause, aucun agissement de sa part ne le justifierait ;

- l'exonération de la majoration des intérêts légaux n'est pas fondée, dès lors qu'aucun agissement de sa part ne le justifierait ;

- la capitalisation des intérêts ne peut être écartée, dès lors qu'il s'agit de l'exécution d'une décision de justice et qu'aucun comportement ne peut lui être reproché.

La clôture de l'instruction a été fixée 11 décembre 2023, par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code monétaire et financier ;

- le code de la commande publique ;

- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lescanne, représentant la communauté d'agglomération du Beauvaisis.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté d'agglomération du Beauvaisis (CAB) a confié à la société par actions simplifiée (SAS) Spantech un marché ayant pour objet la fourniture de bâtiments préfabriqués et/ou modulaires pour le théâtre " Hors les murs " à Beauvais. Un litige est né entre les parties à propos du règlement financier du marché résultant de retards dans son exécution, de non-conformités dans sa réalisation et d'absence d'exécution de certaines prestations. Par une ordonnance n° 1500639 du 29 juillet 2015, le juge du référé provision a condamné la CAB à verser à la SAS Spantech la somme de 104 493,68 euros assortie des intérêts moratoires à valoir sur le règlement du marché, la somme de 40 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, et a mis à sa charge le versement de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par un jugement n° 1501294 du 15 décembre 2017, le tribunal administratif d'Amiens a condamné la CAB à verser à la SAS Spantech la somme totale de 199 229,40 euros toutes taxes comprises, sous déduction de la provision de

104 493,68 euros accordée par l'ordonnance du 29 juillet 2015 au titre du règlement du marché, la somme de 40 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement sous déduction de la provision d'un même montant accordée par l'ordonnance du 29 juillet 2015 et a mis à sa charge le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

2. Par un arrêt n° 21DA00536, la cour administrative d'appel de Douai a annulé l'ordonnance du 8 janvier 2021 par laquelle le tribunal administratif d'Amiens a prononcé un non-lieu à statuer sur la demande d'exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015 et du jugement du 15 décembre 2017 et a renvoyé le litige d'exécution de ces décisions devant le tribunal. La

SAS Spantech doit être regardée comme demandant au tribunal d'enjoindre à la CAB de lui verser la somme de 23 369, 01 euros à parfaire au titre de l'exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015 et du jugement du 15 décembre 2017.

Sur l'exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 1231-7 du code civil, en vigueur depuis le

1er octobre 2016, reprenant les dispositions figurant antérieurement à l'article L.1153-1 de ce code : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement () ". L'article 7 du cahier des clauses administratives particulières du marché litigieux stipule pour sa part que : " Le paiement interviendra au plus tard 30 jours après réception de la facture. Le taux des intérêts moratoires, éventuellement dus en application de l'article 98 du code des marchés publics, se réfère au taux d'intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque Centrale Européenne à son opération de refinancement principal la plus récente effectuée avant le premier jour de calendrier du semestre de l'année civile en cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 1342-10 du même code, reprenant, à compter du 1er octobre 2016, les dispositions dont la substance figurait antérieurement aux articles 1253 et suivants " Le débiteur de plusieurs dettes peut indiquer, lorsqu'il paie, celle qu'il entend acquitter. / A défaut d'indication par le débiteur, l'imputation a lieu comme suit : d'abord sur les dettes échues ; parmi celles-ci, sur les dettes que le débiteur avait le plus d'intérêt d'acquitter. A égalité d'intérêt, l'imputation se fait sur la plus ancienne ; toutes choses égales, elle se fait proportionnellement ".

5. Enfin, selon l'article L. 313-3 du code monétaire et financier : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire, fût-ce par provision. Cet effet est attaché de plein droit au jugement d'adjudication sur saisie immobilière, quatre mois après son prononcé. / Toutefois, le juge de l'exécution peut, à la demande du débiteur ou du créancier, et en considération de la situation du débiteur, exonérer celui-ci de cette majoration ou en réduire le montant ".

6. En exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015, la CAB était condamnée à verser à la SAS Spantech une provision de 104 493, 68 euros, assortie des intérêts moratoires, calculés en application des stipulations de l'article 7 du cahier des clauses administratives particulières du marché et à compter du 23 octobre 2014, ainsi qu'une somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, en application de l'article 40 de la loi du 28 janvier 2013 et, enfin, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SAS Spantech et non compris dans les dépens.

7. D'une part, il est constant que, le 9 septembre 2015, la CAB a versé à la SAS Spantech une somme de 112 444, 43 euros. A cette même date, compte tenu des règles de calcul des intérêts moratoires applicables, d'une part, au taux contractuel sur le montant de la provision et, d'autre part, au taux légal sur l'indemnité forfaitaire et sur les frais non compris dans les dépens, la créance de la CAB s'élevait à la somme totale, non contestée en défense, de 112 932, 59 euros, de sorte que l'ordonnance ne pouvait être regardée comme intégralement exécutée et que la différence de 488, 16 euros restait due à la SAS Spantech. Par ailleurs, conformément aux règles d'imputation des créances rappelées au point 5, ce reliquat doit être regardé comme concernant le montant des frais non compris dans les dépens.

8. D'autre part, et contrairement à ce qui est soutenu en défense, il ne résulte pas de l'instruction que la SAS Spantech, qui a saisi le tribunal administratif dans l'année suivant le paiement acquitté par la CAB, ait demandé tardivement l'exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015, de sorte qu'il n'y a pas lieu de minorer les intérêts dus à ce titre. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que la CAB, qui ne l'allègue d'ailleurs pas, présente des difficultés financières particulières, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'appliquer le second alinéa de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier et d'exonérer la CAB de la majoration des intérêts au taux légal.

9. Il résulte de ce qui précède que la SAS Spantech est fondée à demander, au titre de l'exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015 qui a été notifiée le 31 juillet suivant, une somme de 488, 16 euros, assortie des intérêts au taux légal entre le 10 septembre 2015 et le 31 septembre 2015, puis au taux légal majoré à compter du 1er octobre 2015 et jusqu'à la date de paiement.

Sur l'exécution du jugement du 15 décembre 2017 :

10. Par jugement du 15 décembre 2017, la CAB a été condamnée à verser à la

SAS Spantech, en premier lieu, la somme totale de 199 229, 40 euros, déduction faite de la provision de 104 493, 68 euros, sous réserve de son versement effectif, en deuxième lieu, les intérêts moratoires assortissant cette somme, au taux contractuel à compter du 23 octobre 2014, déduction faite des intérêts moratoires déjà versés en exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015, la SAS Spantech ayant également droit au paiement des intérêts au même taux sur la somme de

94 735, 72 euros à compter du 23 octobre 2014, la capitalisation des intérêts s'appliquant en outre à compter du 23 octobre 2015, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date, en troisième lieu, l'indemnité forfaitaire de 40 euros prévue à l'article 40 de la loi du 28 janvier 2013 précité, sous réserve de son versement à titre provisionnel et, en dernier lieu, la somme de

1 500 euros au titre des frais non exposés dans les dépens.

11. En premier lieu, il est constant que, le 6 avril 2018, la CAB a versé à la SAS Spantech une somme de 117 949, 24 euros. A cette même date, à raison du versement effectif de la provision, l'indemnité forfaitaire était acquittée et la somme restant due au titre de la condamnation principale s'élevait à 94 735, 72 euros. Compte tenu, d'une part, des règles de calcul des intérêts moratoires contractuels applicables à cette somme, ainsi que de l'application de leur capitalisation et, d'autre part, de l'application d'intérêts au taux légal sur les frais non compris dans les dépens, la créance de la CAB s'élevait à la somme totale, non contestée en défense, de 123 759, 74 euros, de sorte que le jugement ne pouvait être regardé comme intégralement exécuté et que la différence de 5 810, 50 euros restait due à la SAS Spantech, cette somme restant due, conformément aux règles d'imputation des créances prévues par l'article L. 1432-10 du code civil précité, au titre de la dette au principal.

12. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la SAS Spantech ait tardé à demander l'exécution du jugement du 15 décembre 2017, de sorte que la CAB n'est fondée à contester ni la capitalisation des intérêts contractuels, ni les sommes dues au titre des intérêts moratoires. Par ailleurs, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, il n'y a pas lieu de moduler la majoration des intérêts au taux légal en application du second alinéa de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier.

13. Il résulte de ce qui précède que la SAS Spantech est fondée à demander, au titre de l'exécution du jugement du 15 décembre 2017, qui a été notifié le 18 décembre suivant, d'une part, une somme de 5 810, 50 euros, assortie des intérêts moratoires au taux contractuel à compter du 7 avril 2018, avec capitalisation de ces intérêts à chaque échéance annuelle et, d'autre part, une somme de 1 500 euros, assortie des intérêts au taux légal entre le 18 décembre 2017 et le 18 février 2018 puis au taux légal majoré à compter du 19 février 2018 jusqu'à la date de paiement.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la CAB de verser à la

SAS Spantech, en exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015, une somme de 488, 16 euros, assortie des intérêts au taux légal entre le 10 septembre 2015 et le 31 septembre 2015, puis au taux légal majoré à compter du 1er octobre 2015 et jusqu'à la date de paiement et, en exécution du jugement du 15 décembre 2017, d'une part, une somme de 5 810, 50 euros, assortie des intérêts moratoires au taux contractuel à compter du 7 avril 2018, avec capitalisation de ces intérêts à chaque échéance annuelle et, d'autre part, une somme de 1 500 euros, assortie des intérêts au taux légal entre le 18 décembre 2017 et le 18 février 2018, puis au taux légal majoré à compter du

19 février 2018 jusqu'à la date de paiement.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est enjoint à la communauté d'agglomération du Beauvaisis de verser à la SAS Spantech une somme de 488, 16 euros, assortie des intérêts au taux légal entre le

10 septembre 2015 et le 31 septembre 2015, puis au taux légal majoré à compter du 1er octobre 2015 et jusqu'à la date de paiement, en exécution de l'ordonnance du 29 juillet 2015.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté d'agglomération du Beauvaisis de verser à la SAS Spantech une somme de 5 810, 50 euros, assortie des intérêts moratoires au taux contractuel à compter du 7 avril 2018, avec capitalisation de ces intérêts au 7 avril de chaque année, et, d'autre part, une somme de 1 500 euros, assortie des intérêts au taux légal entre le 18 décembre 2017 et le 18 février 2018, puis au taux légal majoré à compter du 19 février 2018 jusqu'à la date de paiement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Spantech et à la communauté d'agglomération du Beauvaisis.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

C. Binand

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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