mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200513 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 8 février 2022, la préfète de la Somme demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Ponthoile a délivré à Mme D un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour la construction d'une maison à usage d'habitation sur la parcelle cadastrée section E située E sur le territoire de la commune.
Elle soutient, d'une part, que l'arrêté déféré méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que le secteur du projet ne peut être considéré comme constituant un village ou une agglomération existants, ni comme étant en continuité avec de tels village ou agglomération et d'autre part, que la loi dite littoral est directement opposable aux autorisations d'urbanisme, même en présence d'un plan local d'urbanisme.
Le déféré a été communiqué à la commune de Ponthoile et à Mme E, qui n'ont pas produit d'écritures dans la présente instance.
Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. Souhaitant construire une maison à usage d'habitation sur la parcelle cadastrée section E située E sur le territoire de la commune de Ponthoile, Mme C D a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel le 23 août 2021. Par un arrêté du 5 octobre 2021, le maire de la commune de Ponthoile a délivré un certificat d'urbanisme positif pour la réalisation de ce projet. La préfète de la Somme, à laquelle cet acte a été transmis au titre du contrôle de légalité, en a sollicité le retrait par un recours gracieux du 1er décembre 2021. Cette demande a été rejetée par un courrier du maire de la commune du 14 décembre suivant. Par le présent déféré, la préfète de la Somme demande l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2021.
2. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs ". Le III de l'article 42 de cette même loi dispose que : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'État, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi () ".
3. D'une part, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions. En revanche aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les espaces d'urbanisation diffuse.
4. D'autre part, l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique a ajouté un deuxième alinéa à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ouvrant la possibilité, dans d'autres secteurs urbanisés qui sont identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, à seule fin de permettre l'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et l'implantation de services publics, de densifier l'urbanisation, à l'exclusion de toute extension du périmètre bâti et sous réserve que ce dernier ne soit pas significativement modifié. Le III de cet article 42 autorise, par anticipation, jusqu'au 31 décembre 2021 et sous réserve de l'accord de l'État, les constructions qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti dans les secteurs déjà urbanisés mais non encore identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme. En outre, il ressort des dispositions de ce deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les secteurs déjà urbanisés qu'elles mentionnent se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs.
5. Il appartient à l'autorité administrative et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si le terrain du projet constitue une continuité avec un secteur urbanisé, de tenir compte des constructions situées sur les parcelles limitrophes de ce terrain, mais également d'apprécier le respect du principe de continuité, posé par l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, en restituant le terrain d'assiette du projet dans l'ensemble de son environnement.
6. Les photographies aériennes jointes au dossier font apparaître que la parcelle en litige, située à plus d'un kilomètre et demi du centre-bourg de Ponthoile dont elle est séparée par de vastes espaces agricoles, s'inscrit dans un secteur faiblement construit dès lors que la dizaine d'habitations alentour réparties de façon clairsemées bordent, sur un seul côté, la . En outre, la parcelle assiette du projet, qui jouxte un terrain bâti en sa seule limite nord, s'ouvre tant à l'ouest qu'à l'est sur de vastes parcelles à vocation agricole, vierges de tout bâti. Dans ces conditions, la faible densité des constructions alentours, distantes du centre-bourg de Ponthoile, ne permet pas de regarder un tel secteur comme constitutif d'un village ou d'une agglomération en continuité desquels se situerait le terrain en cause alors même qu'il serait, au demeurant, desservi par l'ensemble des réseaux.
7. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le tissu urbain longeant la connaît un délitement progressif à compter de la sortie du centre-bourg du fait de plusieurs parcelles vierges de toutes constructions, lesquelles marquent autant d'interruptions d'urbanisation. Dans ces conditions, le secteur d'implantation du projet, situé dans un espace où l'habitat est peu dense et discontinu, ne saurait davantage constituer un secteur déjà urbanisé au sens des dispositions transitoires du III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018, en dépit du fait que la parcelle en cause serait classée en zone constructible par le plan local d'urbanisme de la commune de Ponthoile.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 5 octobre 2021 portant certificat d'urbanisme positif a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et doit, dès lors, être annulé.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 5 octobre 2021 est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Somme, à Mme E et à la commune de Ponthoile.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
P. BLe président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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