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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200562

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200562

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBAZIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2022, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi du 26 janvier 2022 établie par le centre hospitalier Jeanne de Navarre en tant qu'elle mentionne comme motif de rupture de son contrat de travail à durée déterminée " rupture anticipée () à l'initiative du salarié " ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Jeanne de Navarre de renseigner l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi avec la mention " fin de contrat à durée déterminée ".

Elle soutient qu'elle est allée au terme de son contrat de travail à durée déterminée et qu'elle n'avait reçu aucun document pour un renouvellement de celui-ci.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, le centre hospitalier Jeanne de Navarre, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 412-2 du code de justice administrative et que la requérante conteste un acte qui ne fait pas grief ;

- les conclusions indemnitaires de la requête méconnaissent les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le décret no 91-155 du 6 février 1991 ;

- décret no 2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par le centre hospitalier Jeanne de Navarre suivant contrat à durée déterminée du 22 avril 2021 en qualité d'aide-soignante en milieu hospitalier pour le remplacement d'un agent en congé de maladie. Le contrat a été renouvelé par un avenant du 22 octobre 2021 jusqu'au 31 décembre 2021. Le centre hospitalier Jeanne de Navarre a transmis à Mme B une attestation d'employeur destinée à Pôle emploi du 26 janvier 2022 indiquant que le contrat avait été rompu à l'initiative de la salariée. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet acte en tant qu'il comporte un tel motif.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier Jeanne de Navarre :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 1234-9 du code du travail : " L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi ".

3. La délivrance de l'attestation prévue par les dispositions précitées revêt le caractère d'une obligation pour l'employeur s'agissant notamment d'agents qui sont involontairement privés d'emploi. Le caractère erroné des informations portées à la connaissance de Pôle emploi, s'il est avéré, a pour conséquence de priver l'intéressé du bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Il en résulte qu'en tant qu'elle mentionne une rupture de la relation de travail à l'initiative de la salariée, l'attestation du 26 janvier 2022 fait grief à Mme B, qui est ainsi recevable à en demander l'annulation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 412-2 du code de justice administrative : " Lorsque les parties joignent des pièces à l'appui de leurs requêtes et mémoires, elles en établissent simultanément un inventaire détaillé. Sauf lorsque leur nombre, leur volume ou leurs caractéristiques y font obstacle, ces pièces sont accompagnées d'une copie. Ces obligations sont prescrites aux parties sous peine de voir leurs pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet ".

5. En l'espèce, le centre hospitalier Jeanne de Navarre qui a par ailleurs régulièrement discuté les pièces produites par la requérante n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que la requête est irrecevable à défaut d'inventaire conforme aux dispositions précitées.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas entendu obtenir du tribunal la réparation d'un préjudice mais l'injonction à l'administration de réparer son erreur de qualification de la rupture de son contrat de travail à durée déterminée. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'une décision préalable ne peut être accueillie.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les fins-de non-recevoir opposées par l'établissement public de santé doivent être écartées.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'État et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'État et ceux mentionnés au 4° ainsi que les agents non statutaires des groupements d'intérêt public ".

10. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de déterminer si les circonstances dans lesquelles un contrat de travail à durée déterminée n'a pas été renouvelé permettent de l'assimiler à une perte involontaire d'emploi. À ce titre, et ainsi que le prévoit désormais le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020, l'agent qui refuse le renouvellement de son contrat de travail ne peut être regardé comme involontairement privé d'emploi, à moins que ce refus soit fondé sur un motif légitime, qui peut être lié notamment à des considérations d'ordre personnel ou au fait que le contrat a été modifié de façon substantielle et sans justification par l'employeur.

11. D'autre part, aux termes de l'article 41 du décret no 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : / 1° Huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; / 2° Un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans. / 4° Trois mois avant le terme de l'engagement pour le contrat susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée. / () / Lorsqu'il lui est proposé de renouveler son contrat, l'agent dispose d'un délai de huit jours pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. Faute de réponse dans ce délai, l'intéressé est présumé renoncer à l'emploi ".

12. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'établissement public de santé aurait notifié à l'intéressée son intention de renouveler le contrat qui les unissait dans les conditions légales précitées ni que Mme B aurait refusé cette proposition. Il s'ensuit que Mme B ne pouvait être regardée comme ayant volontairement renoncé à son emploi. Par suite, elle est fondée à soutenir que l'acte en litige est entaché d'illégalité et à en solliciter l'annulation en tant qu'il comporte un motif erroné quant à la nature de la rupture de son contrat de travail à durée déterminée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

14. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, le centre hospitalier Jeanne de Navarre délivre à Mme B une attestation employeur destinée à Pôle emploi indiquant comme motif de rupture du contrat " fin de contrat à durée déterminée ".

D É C I D E :

Article 1 er : L'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi établie 26 janvier 2022 établie par le centre hospitalier Jeanne de Navarre est annulée en tant qu'elle mentionne " rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée ou d'un contrat d'apprentissage à l'initiative du salarié " comme motif de rupture du contrat de travail à durée déterminée de Mme B.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier Jeanne de Navarre, de délivrer à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une attestation d'employeur destinée à Pôle emploi mentionnant " fin de contrat à durée déterminée " comme motif de rupture du contrat de travail à durée déterminée de Mme B.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier Jeanne de Navarre.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200562

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