lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200580 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 15, 17 et 18 février ainsi que le 16 mars 2022, Mme F C doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 3 janvier 2022 par laquelle le directeur de l'établissement public de santé mentale départemental de l'Aisne a refusé de faire droit à sa demande de communication du dossier médical de sa mère Mme E D veuve C ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'établissement public de santé mentale départemental de l'Aisne de lui communiquer la totalité du dossier médical de sa mère dans le délai de 8 jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard selon les conditions tarifaires en vigueur ;
3°) de condamner l'établissement public de santé mentale départemental de l'Aisne aux dépens.
Elle soutient que :
- les documents médicaux sont à communiquer sous huitaine en vertu de l'article
L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration et des articles L. 1111-7 et
R. 1112-1 à R. 1112-9 du code de la santé publique ;
- la commission d'accès aux documents administratifs a émis un favorable à la communication du dossier médical sollicité ;
- le livret de famille et les pièces nécessaires ont été transmis dès le 25 octobre 2021, et l'habilitation familiale générale lui donne un droit d'accès à tous les documents médicaux de sa mère, ainsi que l'indique l'avis de la commission d'accès aux documents administratifs ;
- le dossier médical transmis, en l'occurrence deux pages de compte-rendu, est incomplet.
Par lettre du 2 février 2023, une mise en demeure de produire des observations sur la requête qui lui a été communiquée a été adressée au directeur de l'établissement public de santé mentale départemental de l'Aisne, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par une lettre du 19 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fins de communication des documents administratifs sollicités, dès lors que postérieurement à l'introduction de la requête, ceux-ci ont été communiqués à Mme C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné,
- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 25 octobre 2021, Mme F C a demandé au directeur de l'établissement public de santé mentale départemental de l'Aisne (EPSMDA) la communication de l'entier dossier médical de sa mère Mme E C née D, notamment tous les documents ayant été transmis par les services de soins de l'établissement public d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) l'Orée des Bois - Leclère Grandin de Saint-Gobain ainsi que toute la correspondance échangée avec le docteur A ou d'autres médecins. A la suite du rejet de sa demande par courrier du 27 octobre suivant, l'intéressée a saisi la commission d'accès aux documents administratifs le 3 novembre 2021, laquelle a émis, le 3 février 2022, un avis favorable à la communication des documents sollicités. Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision implicite du
3 janvier 2022 par laquelle le directeur de l'EPSMDA a refusé de faire droit à sa demande de communication de l'entier dossier médical de sa mère.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical () / Les informations à caractère médical sont communiquées à l'intéressé, selon son choix, directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet, dans le respect des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ". Aux termes de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels de santé, par des établissements de santé par des centres de santé () qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. / Elle peut accéder à ces informations directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'elle désigne et en obtenir communication, dans des conditions définies par voie réglementaire au plus tard dans les huit jours suivant sa demande et au plus tôt après qu'un délai de réflexion de quarante-huit heures aura été observé (). Lorsque la personne majeure fait l'objet d'une mesure de protection juridique avec représentation relative à la personne, la personne en charge de la mesure a accès à ces informations dans les mêmes conditions. () ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article 494-1 du code civil : " Lorsqu'une personne est dans l'impossibilité de pourvoir seule à ses intérêts en raison d'une altération, médicalement constatée soit de ses facultés mentales, soit de ses facultés corporelles de nature à empêcher l'expression de sa volonté, le juge des tutelles peut habiliter une ou plusieurs personnes choisies parmi ses ascendants ou descendants () à la représenter, à l'assister dans les conditions prévues à l'article 467 ou à passer un ou des actes en son nom dans les conditions et selon les modalités prévues à la présente section et à celles du titre XIII du livre III qui ne lui sont pas contraires, afin d'assurer la sauvegarde de ses intérêts. / () ". Aux termes de l'article 494-6 du même code : " L'habilitation peut porter sur : / - un ou plusieurs des actes que le tuteur a le pouvoir d'accomplir, seul ou avec une autorisation, sur les biens de l'intéressé ; / - un ou plusieurs actes relatifs à la personne à protéger. Dans ce cas, l'habilitation s'exerce dans le respect des dispositions des articles 457-1 à 459-2 du code civil. / La personne habilitée ne peut accomplir en représentation un acte de disposition à titre gratuit qu'avec l'autorisation du juge des tutelles. / Si l'intérêt de la personne à protéger l'implique, le juge peut délivrer une habilitation générale portant sur l'ensemble des actes ou l'une des deux catégories d'actes mentionnés aux deuxième et troisième alinéas. / () ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'une personne habilitée par le juge des contentieux de la protection, en vertu de l'article 494-6 du code civil, à représenter un ascendant pour l'ensemble des actes portant sur ses biens et sa personne dans le respect des articles 457 à 459-2 du code civil, est ainsi habilitée à solliciter la communication des informations concernant sa santé dans les conditions prévues à l'article L. 1111-7 du code de la santé publique. En l'espèce, dès lors que Mme F C, fille de Madame E D veuve C, a été désignée par un jugement d'habilitation familiale générale du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Laon du 17 décembre 2020 pour être la représentante légale de sa mère dans tous les actes de la vie civile, l'intéressée peut légalement accéder au dossier médical de sa mère.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier du 17 février 2022 du directeur de l'EPSMDA adressé à la requérante par courriel reçu le 18 février 2022 selon les annotations de l'intéressée sur ce document, qu'hormis un bilan cognitif effectué en ambulatoire les 4 et 12 mai 2021 au sein de l'EHPAD Leclerc Grandin de Saint-Gobain et qui lui a été transmis le 14 février 2022, l'établissement ne dispose, selon ses indications dans ce courrier, d'aucun dossier médical la concernant. Si la requérante soutient que le dossier médical qui lui a été transmis, en l'occurrence les deux pages du compte-rendu du bilan cognitif effectué les 4 et 12 mai 2021, est incomplet faute de comporter notamment des tests, un protocole d'affection neuro-dégénérative établi le 2 mai 2020 par le docteur A, médecin traitant de l'EHPAD, ou encore les comptes rendus des examens réalisés à l'hôpital de Saint-Quentin en octobre 2020 et mars 2021 dont l'EPSMDA disposerait, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que cet établissement serait en possession des documents en question. Ainsi, nonobstant l'absence d'observations en défense sur ce point, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en lui transmettant le 14 février 2022 le bilan cognitif précité, l'EPSMDA lui aurait transmis un dossier médical incomplet et aurait ainsi méconnu les dispositions précitées.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 3 janvier 2022 du directeur de l'EPSMDA. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que, en tout état de cause, ses conclusions tendant au paiement des dépens, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C et à l'établissement public de santé mentale départemental de l'Aisne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. WaveletLa greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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