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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200628

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200628

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU4
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, Mme C A, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, une carte de séjour, et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- la préfète de l'Oise, en ne prenant pas en compte son état de grossesse avancé n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- l'arrêté, en tant qu'il se fonde sur l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obliger à quitter le territoire français est entaché d'erreur de droit ;

- la mesure d'éloignement et le délai de départ imparti sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son insertion dans la société française et de la naissance de son second enfant le 8 février 2022 qui rend impossible l'exécution de l'arrêté ;

- l'arrêté méconnait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en ce que ses deux filles seraient exposées, en cas de retour en Gambie, à un risque d'excision et que l'état de santé de sa fille aînée nécessite un suivi pneumo-pédiatrique en France.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

La préfète de l'Oise, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, président.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante gambienne née le 20 janvier 1991, est entrée en France le 7 juillet 2017, selon ses déclarations et a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 29 juillet 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le

13 janvier 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 2 février 2022, dont Mme A demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise, avant d'édicter l'arrêté en litige, n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme A, au vu des éléments portés à sa connaissance, au nombre desquels il n'est pas établi qu'aurait figuré l'état de grossesse de l'intéressé. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, si la préfète de l'Oise a indiqué que la situation de Mme A ne correspondait à aucun des cas dans lesquels un étranger ne peut être obligé à quitter le territoire français, mentionnés à l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que les dispositions pertinentes avaient été transférées à l'article L. 611-3 de ce code à la date de l'arrêté, cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement attaquée, alors au demeurant, que la requérante n'allègue nullement que sa situation relèverait de l'un de ces cas .

4. En troisième lieu, d'une part, si la requérante se prévaut de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité de ses liens personnels en France, il ressort des pièces du dossier que le père de ses deux filles, avec lequel elle indique avoir renoué après une séparation, réside habituellement en Italie à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il est constant que

Mme A n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Gambie, où elle a résidé jusqu'à l'âge de 26 ans. En outre, si la requérante produit un diplôme de business management obtenu en Angleterre ainsi qu'une attestation de reconnaissance de diplôme établie par le centre français d'information sur la reconnaissance des diplômes, outre une attestation d'inscription à un cours de langue française à compter du 1er juillet 2021 jusqu'au 30 juin 2022, ces éléments ne suffisent pas à justifier de l'intégration particulière dont elle se prévaut.

5. D'autre part, Mme A soutient de l'arrêté de la préfète de l'Oise, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et ne lui accorde pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours pour y déférer, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité de ses conséquences sur sa situation dès lors qu'elle se trouvait au terme de sa grossesse au moment de son édiction, son enfant étant née le 8 février 2022. Toutefois, la requérante n'établit ni même n'allègue que sa grossesse présentait un caractère pathologique tel qu'il aurait caractérisé un risque réel et avéré de détérioration de son état de santé ou de celui de son enfant, en cas de départ de la France au terme du délai de départ volontaire ainsi accordé, qui a couru à compter du 12 février 2022, date de notification de cet arrêté. Enfin, si Mme A produit deux certificats médicaux établis les 4 octobre 2021 et 10 mars 2022 justifiant que sa fille aînée est atteinte d'asthme grave nécessitant un suivi pneumo-pédiatrique, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que la Gambie ne serait pas en mesure d'assurer une prise en charge médicale appropriée ni que le voyage vers ce pays présenterait pour sa fille une contre-indication absolue. Enfin, si Mme A soutient que ses deux filles seraient exposées à un risque d'excision en cas de retour en Gambie, l'attestation du père de ces dernières qu'elle produit est insuffisamment probante pour établir le bien-fondé de ses allégations

6. Il résulte des deux points qui précèdent que la préfète de l'Oise, en faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français dans un délai trente jours et en fixant la Gambie comme pays de renvoi n'a pas entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation. Dans les circonstances de l'espèce ainsi rappelées, elle n'a pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En troisième lieu, il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté sa décision dans son principe, lorsqu'elle a accordé un délai de départ volontaire et, dans tous les cas, dans sa durée, eu égard aux critères prévus à l'article

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et aux précédentes mesures d'éloignement dont il a pu faire l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

8. En l'espèce, pour décider d'interdire Mme A de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, la préfète de l'Oise s'est fondée sur ce que l'intéressé entrait dans le champ d'application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que cette mesure " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au regard de sa vie privée et familiale ". Si les autres mentions de l'arrêté permettent de connaître sans ambiguïté les circonstances de fait tenant à la durée du séjour de Mme A en France et la nature et l'intensité de ses liens avec la France, sur lesquelles il se fonde, elles ne permettent pas, toutefois, de déterminer si l'intéressée a ou non fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement ni, a fortiori, les conséquences que l'autorité préfectorale en a tirées, comme il le lui incombe, pour édicter cette interdiction de retour et en fixer la durée. Par suite, la requérant est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pendant un an, est insuffisamment motivé et à en demander l'annulation dans cette mesure.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 2 février 2022 de la préfète de l'Oise doit être annulé en tant qu'il interdit Mme A de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Eu égard à l'annulation qu'il prononce, le présent jugement n'implique pas que la préfète de l'Oise délivre un titre de séjour à Mme A ni qu'elle réexamine la situation de l'intéressée. Par suite, les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais non compris dans les dépens de l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pereira, avocate de Mme A, d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 2 février 2022 de la préfète de l'Oise est annulé en tant qu'il interdit Mme A de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : L'Etat versera à Me Pereira, conseil de Mme A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation de

Me Pereira à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3: Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 23 août 202Le magistrat désigné,

Signé

C. B Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200628

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