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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200713

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200713

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantSELARL DORE - TANY BENITAH ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 25 février et 12 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Benitah, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite par laquelle Pôle emploi a rejeté son recours administratif préalable formé le 26 octobre 2021, contre la décision du 22 octobre 2021 lui infligeant une sanction de radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une période de 6 mois et de suppression définitive des allocations d'aide au retour à l'emploi (ARE) ;

2°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 portant radiation de la liste des demandeurs d'emplois et suppression définitive des allocations d'aide au retour à l'emploi du 22 octobre 2021 ;

3°) à titre subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions la durée de la radiation et celle de la suppression des allocations d'aide au retour à l'emploi ;

4°) d'enjoindre à Pôle emploi de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi depuis la date de sa radiation jusqu'à l'épuisement de ses droits ;

5°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a formé un recours administratif préalable obligatoire qui a fait l'objet d'un rejet implicite ;

- sa requête n'est pas tardive, dès lors qu'elle n'a jamais été destinataire de la décision en date du 28 octobre 2021 rejetant son recours administratif préalable obligatoire et qu'aucun recours ne peut courir contre la décision implicite rejetant son recours gracieux en l'absence d'accusé de réception comportant les mentions règlementaires ;

- la décision du 28 octobre 2021 ne comporte ni signature, ni nom ni prénom, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle a omis de déclarer ses salaires issus de son activité exercée pour le compte du rectorat de l'académie d'Amiens, qu'elle n'a jamais fait de fausse déclaration et n'a pas commis de fraude ;

- la décision de sanction du 22 octobre 2021 est disproportionnée, dès lors qu'elle a été sanctionnée pour une période de six mois alors que les revenus litigieux concernent une période de quatre mois, et que, s'agissant d'un premier manquement, la décision de suppression du revenu de remplacement aurait dû être uniquement comprise entre deux et six mois en application de l'article R. 5426-3 du code du travail et ne pouvait pas être prise à titre définitif ;

- n'ayant jamais fait l'objet d'une radiation ou d'une suppression de revenu avant la décision attaquée, les dispositions de l'article R. 5426-3 du code du travail faisaient obstacle à ce qu'un manquement répété soit retenu en l'espèce ; qu'en outre le premier trop perçu invoqué par Pôle emploi lui a été notifié le 23 juillet 2019 alors que le trop-perçu en litige lui a été notifié le 6 octobre 2021 soit au-delà de deux ans.

Par des mémoires en défense enregistrés le 13 avril et 23 juin 2022, Pôle emploi conclut au rejet de la requête.

Pôle emploi soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les conclusions dirigées contre le rejet de son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 22 octobre 2021 sont tardives, puisque ce recours a été rejeté par une décision explicite du 28 octobre 2021, laquelle n'a pas été contestée dans le délai de deux mois ;

- à titre subsidiaire, la décision de sanction est proportionnée, dès lors que Mme A n'a pas déclaré sa période d'activité du 25 avril au 16 août 2021 en méconnaissance de ses obligations de sincérité et de bonne foi ;

- elle était informée de son obligation de déclarer chaque mois sa reprise d'activité ;

- les faits sont constitutifs de fausses déclarations répétées, dès lors que lors de ses actualisations mensuelles Mme A a déclaré être sans emploi, et que deux précédentes notifications de trop-perçus du 1er avril au 31 mai 2019 et du 1er juin au 30 juin 2019 lui ont été notifiées, ce qui caractérise la fraude ;

- la décision de suppression définitive du revenu de remplacement prise par Pôle emploi en application des articles L. 5426-2, alinéa 2 et R. 5426-3, 3° du code du travail est justifiée dès lors que même pour un premier manquement, ce revenu peut être supprimé définitivement sauf en cas de non déclaration d'une activité professionnelle d'une durée très brève, ce qui n'était pas le cas en l'espèce ;

- la radiation de Mme A de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de 6 mois en application des articles R 5412-4 et R 5412-6, alinéa 2 du code du travail est proportionnée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 décembre 2023, ont été entendus :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,

- les observations de Me Abdelkrim, substituant Me Benitah.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a perçu des allocations de retour à l'emploi entre le 31 mai 2021 et le 20 août 2021. Pôle emploi a détecté un trop-perçu concernant un indu d'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) pour cette période de mai à août 2021 pour un montant de 2 894,61 euros. Par un courrier du 6 octobre 2021, Pôle emploi a notifié cet indu à Mme A. Par un courrier du 22 octobre 2021, Pôle emploi a prononcé à son encontre une sanction de radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et de suppression des allocations, au motif qu'elle avait omis de déclarer son activité salariée exercée au cours de la période de mai à août 2021. Par un courrier du 26 octobre 2021, Mme A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision de sanction du 22 octobre 2021. Par une décision du 28 octobre 2021, Pôle emploi a confirmé la décision de sanction initiale. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 22 octobre 2021 prononçant à son encontre une sanction de radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour six mois et de suppression des allocations, ensemble la décision rejetant son recours administratif préalable formé contre cette décision.

Sur la recevabilité de la requête :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 22 octobre 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5412-8 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " La personne qui entend contester une décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi forme un recours préalable devant le directeur régional de Pôle emploi. / Ce recours n'est pas suspensif ". Aux termes de l'article R. 5426-11 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Le demandeur d'emploi intéressé forme, lorsqu'il entend contester la décision de suppression du revenu de remplacement, un recours préalable devant le directeur mentionné à l'article R. 5312-26. / Ce recours n'est pas suspensif. "

3. Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

4. Il résulte de ces dispositions que le recours administratif auprès de Pôle emploi prévu à l'article R. 5426-19 du code du travail et celui prévu à l'article R. 5426-11 du même code constituent un préalable obligatoire à la saisine du juge administratif. L'institution d'un tel recours a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin de fixer définitivement la position de l'administration. Dans ces conditions, la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est seule susceptible d'être déférée au juge administratif. Dès lors, les conclusions présentées par Mme A et tendant à l'annulation de la décision du 22 octobre 2021 doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision rejetant le recours administratif préalable formé contre la décision du 22 octobre 2021 :

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () " L'article R. 421-5 du même code ajoute que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

6. Pôle emploi soutient que la décision explicite du 28 octobre 2021 rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A le 26 octobre 2021 a été notifiée à l'intéressée par courrier postal et que l'intéressée n'a pas formé son recours contentieux dans le délai de deux mois à compter du 28 octobre 2021. Toutefois, Pôle emploi n'établit ni la réalité d'une telle notification, ni la date à laquelle elle serait intervenue. A cet égard, la copie d'écran de la page " courriers diffusés " du dossier informatique de Mme A produite par Pôle emploi en défense ne suffit pas à établir la date de la notification du courrier à l'intéressée, alors que la requérante, qui a produit à l'appui de sa requête un accusé de réception de son recours administratif préalable obligatoire daté du 28 octobre 2021 et sollicité à l'appui de sa requête introductive d'instance l'annulation d'une décision implicite de rejet de ce recours, soutient n'avoir jamais reçu la décision explicite prise dès le 28 octobre 2021.

7. Par suite, la requête ayant été enregistrée le 25 février 2022, les conclusions dirigées contre la décision rejetant le recours administratif préalable obligatoire, qui doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 28 octobre 2021 notifiée en cours d'instance à Mme A, ne sont pas entachées d'irrecevabilité. La fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écarté.

Sur la légalité de la décision du 28 octobre 2021 rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A :

8. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de

celui-ci. () ".

9. La décision attaquée du 28 octobre 2021 ne comporte ni la signature, ni le nom et le prénom de son auteur, mais la seule mention " le directeur ". Au regard de cette seule mention, la requérante n'est pas à même d'identifier l'auteur de la décision attaquée. Par suite, les prescriptions citées au point 8 n'ont pas été respectées et Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 28 octobre 2021, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif d'annulation retenu, que l'administration verse à Mme A l'allocation d'aide au retour à l'emploi depuis la date de sa radiation jusqu'à l'épuisement de ses droits, mais seulement que Pôle emploi tire les conséquences de cette annulation et réexamine la situation de Mme A au regard de son droit à inscription sur la liste des demandeurs d'emploi. Il y a lieu de prescrire à Pôle emploi d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 28 octobre 2021 rejetant le recours administratif préalable obligatoire de Mme A contre la sanction du 22 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à Pôle emploi de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Pôle emploi versera à Mme A une somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, et à Pôle emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F Langlois

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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