jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 30 mars 2022, enregistrée le 31 mars 2022 au greffe du tribunal, le président par intérim du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en application de l'article R.351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A.
Par cette requête, enregistrée le 4 mars 2022 au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite née du silence gardé sur son recours administratif préalable obligatoire en date du 3 novembre 2021 contre la décision du 15 septembre 2021, par laquelle le directeur général de l'agence nationale de l'habitat a réduit le montant de l'attribution de la prime de transition énergétique à 4 691,75 euros.
Il doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, la directrice générale de l'agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la décision attaquée aurait pu être fondée sur la circonstance qu'en l'espèce M. A avait cumulé la prime au titre des certificats d'économie d'énergie (CEE) à hauteur de 5 050 euros et la prime de transition énergétique et que le reste à charge sur la somme totale versée ne pouvait être inférieur à 25% ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique modifié ;
- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une demande de subvention " MaPrimeRénov' " souscrite le 9 juin 2021 par M. A, l'agence nationale de l'habitat (ANAH) a, le 30 juillet 2021, accepté le principe de versement de cette subvention à hauteur de 7 985 euros. Toutefois, par une décision du 15 septembre 2021, l'ANAH a réduit ce montant à 4 691,75 euros. M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire le 30 octobre 2021 contre cette décision, notifié le 3 novembre 2021. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision implicite, née du silence de l'administration, rejetant son recours administratif obligatoire.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort des pièces produites en défense que, par une lettre du 17 février 2023, postérieure à l'introduction de la requête, l'ANAH a informé M. A que la prime 4 691,75 euros avait été réévaluée à 6 331,25 euros, soit un versement supplémentaire de 1 639,50 euros au bénéfice de l'intéressé. L'ordonnateur de l'ANAH a procédé au mandatement afférent le 21 mars 2023. Dans ces conditions, le litige a partiellement perdu son objet à hauteur de ce même montant et il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A qu'au titre du montant résultant du solde entre le montant réclamé dans la présente instance, soit 7 985 euros, et le total des sommes versées par l'ANAH, soit 6 331, 25 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 3 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de conversion énergétique, dans sa version applicable au litige : " I.- Le montant de la prime est fixé forfaitairement par type de dépense éligible, en fonction des ressources du demandeur. Les ménages relèvent de l'une des catégories de ressources suivantes, dans des conditions définies par arrêté : () 2° les ménages dont les ressources sont supérieures aux plafonds de ressources dits " très modestes " et inférieures ou égales aux plafonds de ressources dits " modestes " () IV.- Pour des mêmes travaux et dépenses éligibles, le montant total de la prime, des aides perçues au titre des certificats d'économie d'énergie mentionnés aux articles L. 221-1 et suivants du code de l'énergie () ne peut avoir pour conséquence de laisser à la charge du bénéficiaire : () moins de 25 % de la dépense éligible du projet pour les ménages dont les revenus sont définis au 2 du I du présent article () ".
4. M. A a procédé le 20 juillet 2021 au changement de sa chaudière à fioul par une chaudière à granulés pour un montant toutes taxes comprises de 17 380,64 euros. En l'espèce, la décision implicite rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A s'est substituée à la décision initiale du 15 septembre 2021. Les motifs initialement retenus par l'ANAH, qui l'ont conduite à réduire le montant de l'aide à hauteur 4 691,75 euros, reposent, d'une part, sur la circonstance que le montant indiqué sur la facture ne correspond pas à celui du devis signé par M. A et, d'autre part, sur la circonstance que les travaux réalisés ne sont pas conformes. Ces motifs sont réputés avoir été repris par la décision implicite rejetant le recours administratif préalable obligatoire de M. A. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le montant facturé par l'entreprise en charge des travaux est identique à celui figurant sur le devis, soit 17 380,64 euros. Par ailleurs, le critère technique portant la mention " silo de stockage " a bien été inséré dans le devis en date du 25 juin 2021, comme le demandait l'administration. Par suite, l'ANAH ne pouvait légalement se fonder sur ces deux motifs pour prendre la décision attaquée.
5. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. L'administration fait valoir pour la première fois en défense, d'une part, qu'il fallait soustraire du montant total des travaux engagés, soit 17 380,64 euros, la somme de 2 205 euros correspondant au circuit plancher, qui n'était pas éligible à l'aide et, d'autre part, que M. A a bénéficié d'une aide de 5 050 euros au titre des certificats d'économie d'énergies pour le remplacement de la même chaudière. L'ANAH doit ainsi être regardée comme demandant une substitution de motif tirée de l'application de l'article 3 du décret du 14 janvier 2020, dont les dispositions sont de nature à fonder la décision attaquée. Une fois soustrait le circuit plancher, M. A était ainsi éligible à recevoir une aide de l'ANAH calculée sur le montant restant de 15 175 euros, dont le reste à charge ne pouvait être inférieur à 25%, soit 3 793,75 euros, en application des dispositions de l'article 3 précité. Par conséquent, le montant total pouvant être subventionné s'élevait à 11 381,25 euros (soit la différence entre 15 175 et 3 793,75). Il convient de soustraire de ce montant la somme de 5 050 euros correspondant à l'aide perçue au titre des certificats d'économie d'énergie, ce qui conduit à un montant d'aide au titre de " MaPrimeRénov'" de 6 333,25 euros. Compte tenu de ces éléments, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de motif dès lors que cette dernière ne prive pas M. A d'une garantie. Il s'ensuit que la directrice générale de l'ANAH n'a pas, en prenant la décision attaquée, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Demurger, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
La présidente,
Signé
F. Demurger
Le rapporteur,
Signé
E. Fumagalli Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201134
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026