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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201254

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201254

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2022, la société civile immobilière (SCI) " 2 AM " et M. D C, représentés par Me Soubelet-Caroit, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2022 par lequel le maire de la commune de Thiescourt a délivré, au nom de la commune, un certificat d'urbanisme négatif, en application du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, pour la construction d'une maison d'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commune de Thiescourt de réexaminer cette demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Thiescourt la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 111-11 et L. 332-15 du code de l'urbanisme dès lors que leur projet ne nécessite aucune extension ni aucun renforcement de réseau, que l'administration n'a pas procédé aux diligences nécessaires auprès du gestionnaire de réseau pour recueillir les informations nécessaires à l'appréciation du caractère réalisable du projet attaqué dans le cadre de l'instruction du certificat d'urbanisme en cause et que les réseaux sont implantés à moins de cent mètres de la parcelle litigieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, la commune de Thiescourt, représentée par Me Porcher, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que ni la société requérante ni M. D C n'établissent avoir intérêt à agir à l'encontre du certificat d'urbanisme contesté ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Par ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 novembre 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fass, conseillère,

- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Porcher pour la commune de Thiescourt.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 9 février 2022, dont la SCI 2 AM et M. C demandent l'annulation, le maire de la commune de Thiescourt a délivré, au nom de la commune, un certificat d'urbanisme négatif, en application du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, pour la construction d'une maison d'habitation, sur un terrain cadastré situé rue des Sablons, sur le territoire de la commune de Thiescourt.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Si la commune de Thiescourt fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que ni la société requérante ni M. C n'établissent avoir intérêt à agir à l'encontre du certificat d'urbanisme contesté, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C justifie par un acte de propriété, être propriétaire du terrain situé sur la parcelle cadastrée rue des Sablons. Ainsi, et nonobstant la circonstance que la demande de certificat d'urbanisme a été déposée le 17 décembre 2021 par la SARL Agence du Matz représentée par M. E A, M. C justifie d'un intérêt à agir. Par suite, l'un au moins des requérants disposant d'un intérêt à agir, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. / () ".

4. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité, et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 332-6 du code de l'urbanisme : " Les bénéficiaires d'autorisations de construire ne peuvent être tenus que des obligations suivantes : / () 3° La réalisation des équipements propres mentionnées à l'article L. 332-15 ; () ". L'article L. 332-15 de ce même code prévoit que : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire () exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction () notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, (). / Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. / (). / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. / () ".

6. Il résulte de ces dispositions combinées qu'un certificat d'urbanisme négatif doit être délivré lorsque, à la fois, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée, et que l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour s'opposer à la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel la commune s'est fondée sur la circonstance que le terrain concerné n'est pas desservi par les réseaux publics d'eau potable, d'assainissement et d'électricité sans qu'elle ne puisse indiquer par qui et dans quel délai ces réseaux seront réalisés.

8. D'une part, s'agissant des réseaux d'eau potable et d'assainissement, la commune n'établit par aucune pièce, ni même n'allègue, avoir procédé aux diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

9. D'autre part, la commune produit, s'agissant du réseau d'électricité, un avis émis par la SICAE de l'Oise, gestionnaire du réseau public d'électricité de cette commune, le 24 novembre 2021, aux termes duquel il est indiqué que le raccordement nécessite un branchement et une extension du réseau, à tout le moins s'agissant du réseau basse tension, sans qu'un renforcement du réseau ne soit nécessaire. Toutefois, il ressort des termes de cet avis, que le raccordement au réseau basse tension est situé à 36 mètres de la parcelle litigieuse, soit une distance n'excédant pas 100 mètres, conformément aux dispositions de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme citées au point 5. En outre, il ressort de ce même avis que le réseau haute tension est déjà présent sur la parcelle litigieuse. Si la commune fait valoir que ce raccordement au réseau haute tension n'est destiné qu'aux commerces et petites et moyennes entreprises, elle ne produit aucune pièce au soutient de cette allégation.

10. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que le maire de la commune de Thiescourt a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation du certificat d'urbanisme du 9 février 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

13. Le présent jugement implique que la commune de Thiescourt procède au réexamen de la demande de certificat d'urbanisme. Il y a lieu, dès lors, de prescrire une injonction en ce sens et de lui impartir, pour ce faire, un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la commune de Thiescourt au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Thiescourt une somme de 1 000 euros à verser à M. C, au titre des frais exposés par lui non compris dans les dépens.

15. D'autre part, la SCI 2AM n'est pas propriétaire de la parcelle objet du certificat d'urbanisme litigieux et n'apporte aucun élément probant étayant son assertion, contestée en défense, selon laquelle ce certificat a été demandé pour son compte par la SARL Agence du Matz. Aussi, et quand bien même M. C en est le gérant, elle ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à agir dans la présente instance et la commune de Thiescourt ne peut être regardée, dans ces conditions, comme ayant la qualité de partie perdante à son égard. Il s'ensuit que les conclusions que la SCI 2AM présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que la commune de Thiescourt présente au titre des mêmes dispositions à l'encontre de la SCI 2AM.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de Thiescourt du 9 février 2022, délivrant un certificat d'urbanisme négatif pour la parcelle cadastrée située rue des Sablons sur le territoire de la commune de Thiescourt est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Thiescourt de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : La commune de Thiescourt versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière " 2 AM ", à M. D C et à la commune de Thiescourt.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme B et Mme Fass, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

L. FASS

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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