jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201406 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU1 |
| Avocat requérant | SCP BOUQUET-FAYEIN BOURGOIS-WADIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 27 avril et 7 juin 2022, Mme A C épouse B, représentée par Me Ferrero, forme opposition à la contrainte délivrée le 4 février 2021, par laquelle le directeur régional adjoint de Pôle emploi Hauts-de-France a mis à sa charge la somme de 2 611,02 euros correspondant à un indu de rémunération de fin de formation pour la période allant du 2 juin au 2 octobre 2018, et demande à ce que soit mise à la charge de Pôle emploi la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- la contrainte attaquée est entachée d'un vice de forme en l'absence de mise en demeure préalable ;
- l'indu réclamé par Pôle emploi n'est pas fondé dès lors qu'elle établit avoir travaillé au sein de la société Legrand Yvanne entre le 12 juin 2016 et le 29 mai 2017, puis entre le 10 septembre 2018 et le 12 avril 2019, contrairement à ce qu'a estimé Pôle emploi.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, Pôle Emploi, représenté par la SCP Bouquet Fayein-Bourgois Wadier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C épouse B la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Pôle emploi soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de Mme Galle a été entendu au cours de l'audience publique du 6 juin 2024.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 27 juin 2017, Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) et a été indemnisée par Pôle emploi pour une période de 354 jours à compter du 6 juin 2017. Mme C épouse B a été indemnisée au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi entre juin 2017 et novembre 2017, puis au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi formation (AREF) entre décembre 2017 et mai 2018, puis au titre de la rémunération de fin de formation (RFF) entre juin 2018 et octobre 2018. A la fin de cette période, Mme C épouse B a procédé à une nouvelle demande d'allocations, rejetée par une décision du 28 novembre 2018 au motif qu'elle ne justifiait pas d'une nouvelle fin de contrat de travail. Par une décision du 12 août 2019, Pôle emploi a cependant procédé à une nouvelle ouverture de droits, à compter du 8 mai 2019, au bénéfice de Mme C épouse B, en raison de son activité exercée pour la société Legrand Yvanne du 10 septembre 2018 au 12 avril 2019.
2. Dans le cadre d'investigations effectuées sur la situation de l'époux de Mme C épouse B, le service Prévention et Lutte contre la Fraude de Pôle emploi a demandé à l'intéressée, le 24 décembre 2019, de justifier de la réalité de ses contrats de travail au sein de la société Legrand Yvanne entre 2016 et 2019, et a constaté que Mme C épouse B n'avait pas déclaré son activité de gérante d'une société dénommée " Assistance Techniques et études " depuis le 1er mars 2018. En l'absence de réponse de l'intéressée, par un courrier du 24 janvier 2020, le service prévention et lutte contre la fraude Pôle emploi a rejeté sa demande d'allocation au motif que l'intéressée ne remplissait pas les conditions d'attribution des allocations chômage.
3. Pôle emploi a en conséquence détecté trois trop-perçus correspondant en premier lieu à l'ARE indument perçue entre juin 2017 et juin 2018 puis en mai 2019, en deuxième lieu à l'ARE perçue en juillet 2019, et en troisième lieu à la rémunération de fin de formation perçue de juin 2018 à octobre 2018. Le trop-perçu relatif à la rémunération de fin de formation, d'un montant de 2 606,26 euros, a été notifié à Mme C épouse B par un courrier du 11 juin 2020.
4. Par un courrier du 17 août 2020, Pôle emploi a mis en demeure Mme C épouse B de s'acquitter du solde de sa dette concernant l'indu de rémunération de fin de formation. En l'absence de paiement total de la dette, Pôle emploi a émis, le 4 février 2021, une contrainte afin de recouvrer le solde du montant de cet indu, qui a été signifiée par voie d'huissier à Mme C épouse B le 17 février 2021. Par la présente requête, Mme C épouse B forme opposition à cette contrainte.
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5426-20 du code du travail : "La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6./ Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur./ Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2.".
6. Il résulte de l'instruction que le directeur de l'agence Pôle emploi de Beauvais a adressé à Mme C épouse B une mise en demeure le 17 août 2020 lui demandant de régler sa dette de 2 606,26 euros au titre de l'indu de rémunération de fin de formation. Le pli a été retourné à l'expéditeur avec la mention " pli avisé non réclamé ". La mise en demeure comporte la mention du motif de l'indu de rémunération de fin de formation - à savoir la circonstance que l'admission de Mme C épouse B a été prononcée alors qu'elle ne remplissait pas les conditions d'attribution des allocations de chômage -, la période au titre de laquelle cet indu lui est réclamé, et le montant de la somme restant à sa charge. Par suite, le moyen tiré de l'absence de mise en demeure préalable régulière, en méconnaissance des dispositions énoncées au point 5, doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article II " définition / bénéficiaire " de la délibération du conseil d'administration de Pôle emploi n°2011/44 du 16 novembre 2011 : " La rémunération de fin de formation est accordée par Pôle emploi aux demandeurs d'emploi inscrits auxquels, durant la période au cours de laquelle ils perçoivent l'allocation d'assurance chômage, l'allocation spécifique de reclassement, l'allocation de transition professionnelle ou l'allocation de sécurisation professionnelle, Pôle emploi prescrit, à compter du 1er janvier 2011, une action de formation. / Les actions de formation susceptibles de donner lieu au versement de la rémunération de fin de formation doivent permettre à la fois d'acquérir une qualification reconnue au sens de l'article L. 6314-1 du code du travail et d'accéder à un emploi pour lequel sont identifiées des difficultés de recrutement, dans la région du lieu de la formation et/ou dans la région du lieu de prescription de la formation. () ". Aux termes de l'article III " Versement / Durée " de la même délibération : " La rémunération de fin de formation est versée mensuellement, à l'expiration des droits du demandeur d'emploi à l'allocation d'assurance chômage, à l'allocation spécifique de reclassement, à l'allocation de transition professionnelle ou à l'allocation de sécurisation professionnelle et pendant la durée de la formation. () ". Enfin, en application de l'article L. 5422-13 du code du travail, l'obligation d'assurance de l'employeur contre le risque de privation d'emploi ne s'impose qu'au profit des salariés dont l'engagement résulte d'un contrat de travail.
8. Il résulte de l'instruction que pour estimer que la rémunération de fin de formation litigieuse a été indument versée à Mme C épouse B, Pôle emploi a considéré que la réalité des contrats de travail produits par l'intéressée pour justifier de son activité professionnelle au sein de la société Legrand Yvanne du 12 juin 2016 au 29 mai 2017 et du 10 septembre 2018 au 12 avril 2019 n'était pas établie, de sorte que, n'ayant pas la qualité de salariée, elle n'avait droit ni à l'allocation d'aide au retour à l'emploi, ni, en conséquence, à la rémunération de fin de formation qui n'est ouverte, en vertu des dispositions citées au point 7 qu'aux demandeurs d'emploi bénéficiaires de l'allocation d'assurance chômage auxquels Pôle emploi prescrit une action de formation durant la période au cours de laquelle ils perçoivent l'allocation d'assurance chômage.
9. Si Mme C épouse B fait valoir qu'elle a disposé d'un temps insuffisant pour justifier auprès de Pôle emploi de la réalité de ses contrats de travail en raison de son déménagement, les documents qu'elle produit dans le cadre de la présente instance ne permettent pas d'établir la réalité de son activité professionnelle salariée au sein de la société Legrand Yvanne. A cet égard, ainsi que le relève Pôle emploi en défense, sans être contesté en réplique, le contrat de travail signé le 11 septembre 2017 entre la SASU Legrand Yvanne et Mme C épouse B, ne présente pas de garanties d'authenticité suffisantes, dès lors qu'il est postérieur de 15 mois à la date prise d'effet du contrat, que le numéro de sécurité sociale de la salariée est strictement identique au SIRET de la société Legrand Yvanne mentionné sur ce contrat de travail, et que le contrat de travail fait état d'une rémunération de 1 466,65 euros bruts, alors que l'attestation d'emploi émanant du président-directeur-général de cette société en date du 11 septembre 2017 indique que la rémunération brute de Mme C épouse B s'élève à 1 618,32 euros. Si la requérante produit également une attestation employeur destinée à Pôle emploi émanant de cet employeur, cette attestation renseigne la date du 29 mai 2017 comme date de licenciement, alors que l'attestation précitée du 11 septembre 2017 indique que Mme C épouse B est toujours salariée de la société à la date du 11 septembre 2017. Enfin, si la requérante produit des bulletins de salaire émanant de la SASU Legrand Yvanne pour les mois de juin 2016 à février 2017, puis pour les mois de février et mars 2019, les bulletins de salaire émis entre juin 2016 et février 2017 comportent un numéro de sécurité sociale manifestement erroné (2900700000000). Les deux bulletins émis en 2019 comportent de nouveau un numéro de sécurité sociale de la salariée strictement identique au SIRET de la société, et mentionnent une convention collective différente de celle mentionnée dans les précédents bulletins de salaire, ce qui ne permet pas d'établir leur authenticité. Enfin, si la requérante produit également une autre attestation employeur destinée à Pôle emploi, émanant cette fois de la société Ophire, et mentionnant un contrat de travail à durée déterminée conclu avec Mme C épouse B en qualité d'auxiliaire de vie pour la période du 20 février 2019 au 28 février 2019, aucun bulletin de salaire n'est produit, et la période considérée par ce document, qui correspond d'ailleurs à une période durant laquelle Mme C épouse B est supposée avoir travaillé à temps plein pour la SASU Legrand Yvanne, ne peut suffire à établir la réalité d'un travail salarié de nature à lui ouvrir droit à l'allocation d'assurance chômage et à la rémunération de fin de formation durant la période de juin à octobre 2018, concernée par l'indu en litige. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'indu litigieux n'est pas fondé et à demander l'annulation de la contrainte pour ce motif.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions de la requête de Mme C épouse B tendant à l'annulation de la contrainte délivrée par Pôle emploi le 4 février 2021doivent être rejetées.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de France Travail, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C épouse B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de Mme C épouse B la somme de 500 euros au titre des frais exposés par France Travail, venant aux droits de Pôle emploi, et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.
Article 2 : Mme C épouse B versera à France Travail, venant aux droits de Pôle emploi, une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et à France Travail.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Galle
Le greffier,
Signé
J-F Langlois
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026