jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201408 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LEX PUBLICA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 avril et 6 mai 2022, M. C A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel le maire de la commune de La Neuville-Lès-Bray a interdit la circulation des véhicules à moteur, à l'exception de ceux des riverains, au bout de la rue de l'Eglise ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 du maire de la commune de La Neuville-Lès-Bray en tant qu'il reprend cette interdiction et décide de l'installation d'une barrière afin de la faire respecter.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été pris par une autorité incompétente dès lors qu'ils n'ont pas été signés ou visés par le préfet ;
- l'arrêté du 1er février 2022 est illégal dès lors qu'il ne précise pas qu'une barrière a été installée ;
- les arrêtés attaqués sont imprécis quant à la rue affectée par l'interdiction de circuler ;
- ces arrêtés ne sont ni nécessaires, ni adaptés et proportionnés dès lors que l'accès des habitants, notamment les pêcheurs, au chemin public qui borde la Somme est restreint alors que la sécurité des lots de pêche est déjà assurée par des grillages.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, la commune de La Neuville-Lès-Bray, représentée par Me Boucher, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que l'arrêté du 1er février 2022 a été retiré par un arrêté devenu définitif ;
- l'arrêté du 24 juin 2022 n'a pas été attaqué dans les délais ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique ;
- et les observations de M. B, maire de la commune de La Neuville-Lès-Bray.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 1er février 2022, le maire de la commune de La Neuville-Lès-Bray a interdit la circulation des véhicules à moteur à l'exception de ceux des riverains au bout de la rue de l'Eglise. Cet arrêté a été retiré par un arrêté du 24 juin 2022 qui a, par ailleurs, repris cette interdiction et prévu l'installation d'une barrière afin de la faire respecter. M. C A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés en tant qu'ils interdisent la circulation des véhicules à moteur.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense et sur l'étendue du litige :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
3. Par l'arrêté du 24 juin 2022, le maire de la commune de La Neuville-Lès-Bray a retiré l'arrêté du 1er février 2022 par lequel il avait interdit la circulation des véhicules à moteur à l'exception de ceux des riverains au bout de la rue de l'Eglise et repris cette interdiction. L'arrêté du 24 juin 2022 en tant qu'il procède à ce retrait a été publié le jour de son adoption et est devenu définitif. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er février 2022 mais qu'il convient de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 24 juin 2022.
Sur la légalité de l'arrêté du 24 juin 2022 :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ".
5. Il résulte de ce qui précède que le maire de la commune de La Neuville-Lès-Bray était compétent pour prendre l'arrêté du 24 juin 2022, sans que le préfet n'ait à le contresigner. Au surplus, et à supposer que M. A ait entendu se prévaloir de cette circonstance, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté a été transmis aux services de la préfecture le 27 juin 2022.
6. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de ce que les arrêtés attaqués ne précisent pas qu'une barrière a été installée sur le chemin dont la circulation a été interdite, moyen qui manque au demeurant en fait concernant l'arrêté du 24 juin 2022.
7. En troisième lieu, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 24 juin 2022 est imprécis quant au lieu affecté par l'interdiction de la circulation des véhicules à moteur alors qu'il précise que cette interdiction concerne le " bout de la rue de l'Eglise " et mentionne le " chemin du marais [qui] dessert des lots de pêche loués et situés dans le marais communal ".
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le chemin pour lequel la circulation des véhicules à moteur à l'exception de ceux des riverains est interdite ne dessert que le marais communal où sont situés, notamment, des lots de pêche loués à des particuliers. Par ailleurs, ce chemin demeure accessible notamment aux piétons et aux cyclistes qui peuvent ainsi profiter des zones publiques de promenade et de pêche situées à proximité de la barrière matérialisant l'interdiction de circuler. Enfin, la commune soutient sans être sérieusement contredite que des cambriolages et des actes de vandalisme ont été commis dans les lots de pêche auxquels le chemin donne accès et que des dépôts sauvages d'ordures ont été constatés sur le chemin, ce qui a conduit à devoir y restreindre la circulation automobile qui facilite la réalisation de telles infractions. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 24 juin 2022 n'est ni nécessaire, ni adapté ni proportionné.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2022.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de La Neuville-Lès-Bray. Par ailleurs, la présente instance ne comporte pas de dépens. Les conclusions présentées à ce titre par la commune ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er février 2022.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de La Neuville-Lès-Bray sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de La Neuville-Lès-Bray.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Galle, présidente,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
La présidente,
Signé
C. Galle
Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2201408
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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