jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201435 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | POURCHEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire complémentaires, enregistrés les 28 avril 2022, 9 octobre 2023 et 1er décembre 2023, M. F G, M. I G, Mme B G épouse K, Mme H G et la SCEA du vieux village, représentés par Me Ricbourg, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 1er mars 2022 par laquelle la commission départementale d'aménagement foncier (CDAF) de la Somme a rejeté leur réclamation formée contre la décision de la commission intercommunale d'aménagement foncier du plateau de Briquemesnil du 18 décembre 2020 ;
2°) d'enjoindre à la commission départementale d'aménagement foncier de la Somme de réexaminer leur réclamation dans les conditions fixées par le jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du département de la Somme la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont qualité et intérêt pour agir ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;
- la commission départementale n'a pas répondu à l'ensemble de leurs réclamations ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que les conséquences de l'aménagement foncier sont étudiées pour l'ensemble des comptes, et non pour chaque compte, en méconnaissance de l'article L. 123-4-1 du code rural et de la pêche maritime ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que l'étude de regroupement éventuel ne repose pas sur le nombre d'îlots mais sur le nombre de parcelles ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime, dès lors qu'elle a pour conséquence d'éloigner les parcelles relevant du compte 4895 du siège d'exploitation de M. F G et sans contrepartie ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-20 et R. 121-8 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'elle ne retient pas, pour le compte n°4900, la donation-partage des parcelles ZC n°29, ZC n°31, ZC n°61 à M. F G et régulièrement communiquée à l'administration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime en tant qu'elle n'attribue pas à M. F G la parcelle boisée ZC n°29 située sur le territoire de la commune de Cavillon qui répond à l'objectif de protection de l'environnement utile à son activité apicole ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'elle ne satisfait pas le principe d'équivalence, M. F G apportant la parcelle boisée ZC n°29 d'une valeur estimée entre 17 000 et 22 000 euros sans bénéficier d'aucune soulte ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'elle attribue, pour le compte de propriété n°6660, la parcelle ZM n°1 à Mme B G, qui est enclavée et qui présente un pilonne qui en réduit la valeur ;
- elle méconnaît le principe d'égalité en ce qu'elle conduit à une différence de traitement entre M. F G et Mme B G, dès lors qu'elle tient compte de la donation-partage du 7 février 2019 de leurs parents en créant au bénéfice de la seconde le compte de propriété n°4901 et en refusant de reconnaître la pleine propriété du premier pour le compte n°4900 ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en n'indiquant pas Mme H G comme propriétaire du compte n°4940 ;
- elle est illégale en l'absence de référence à la situation résultant de la proposition de la commission de terrain de la commission départementale d'aménagement foncier du 25 juin 2021 ;
- elle est illégale dès lors que la valeur des attributions s'agissant du compte de propriété n°6600 est erronée, qu'il s'agit en réalité du compte de M. C J et l'attribution des parcelles correspondantes méconnaît les dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime s'agissant du compte n°6600.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 et 16 octobre 2023, le département de la Somme, représentée par Me Gaubour, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la SCEA du vieux village n'a pas intérêt à agir de telle sorte que ses conclusions sont irrecevables ;
- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 123-4 et L. 123-20 du code rural et de la pêche maritime, s'agissant du compte de propriété n°4900, et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-1 du même code, s'agissant du compte n°6660, n'ont pas été préalablement présentés par les requérants à l'appui de leur réclamation préalable et sont donc irrecevables ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,
- et les observations de Me Gaubourg, représentant le département de la Somme.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 10 octobre 2014, le département de la Somme a ordonné les opérations d'aménagement foncier de Briquemesnil, incluant les parcelles intéressant les consorts G et la SCEA du vieux village. La commission intercommunale du plateau de Briquemesnil s'est prononcée par une décision du 18 décembre 2020. Les requérants ont alors formé le 4 février 2021 une réclamation préalable contre cette décision, qui a été explicitement rejetée par une décision du 1er mars 2022 de la commission départementale d'aménagement foncier de la Somme. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 121-11 du code rural et de la pêche maritime : " Les intéressés présentent par écrit à la commission départementale d'aménagement foncier leurs observations et réclamations. Sur leur demande adressée par écrit au président de cette commission, ils sont entendus par celle-ci. La commission départementale peut en outre convoquer devant elle ceux des intéressés qu'elle juge devoir être entendus. (). ". Aux termes de l'article R.121-12 du même code : " La commission procède à l'instruction des réclamations et à l'examen des observations dans les formes qu'elle détermine ".
3. En application de ces dispositions, il appartient à la commission départementale d'aménagement foncier, saisie d'une réclamation à l'encontre d'une décision prise par une commission communale ou intercommunale, de répondre à l'ensemble des griefs soulevés dans la réclamation dont elle est saisie en indiquant les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de sa décision. En outre, la valeur de cette motivation doit être appréciée par rapport aux termes de la réclamation qui lui a été présentée.
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que la commission départementale a synthétisé le contenu de la réclamation écrite formée par les requérants, visé les pièces produites dans le cadre de la procédure, indiqué que le projet d'aménagement permet de concilier la demande de M. D, tiers susceptible d'être concerné par les effets de la décision, et celle de M. G, et constaté que les comptes de propriété étaient équilibrés tant en points qu'en surface en précisant les données applicables en l'espèce et que la règle d'équivalence était respectée pour chacun des comptes n°4895, n°4900, n°4940 et n°6600. En outre, la décision litigieuse fait état de la donation-partage du 7 février 2019 au bénéfice de M. F G et de Mme B G et de la répartition des terres en résultant. Enfin, elle mentionne l'attribution de la parcelle ZL n°34 située à Cavillon à M. F G. Si les requérants soutiennent que la décision ne fait pas mention des propositions de " la délégation terrain ", conciliation intervenue en cours de procédure le 25 juin 2021, mais du seul projet issu de la commission intercommunale d'aménagement foncier, une telle allégation est, en tout état de cause, contredite par les termes mêmes de la décision attaquée. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la commission de faire figurer impérativement le nombre d'îlots concernés par sa décision. La commission départementale, à laquelle il n'appartient pas de répondre aux moyens inopérants ou à tous les arguments présentés à l'appui des griefs exposés dans la réclamation, s'est ainsi prononcée sur les griefs dont elle est saisie, compte par compte. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et de ce que la commission n'a que partiellement répondu à la réclamation préalable doivent donc être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.121-3 du code rural et de la pêche maritime : " L'aménagement foncier agricole, forestier et environnemental, applicable aux propriétés rurales non bâties, se fait au moyen d'une nouvelle distribution des parcelles morcelées et dispersées. Il a principalement pour but, par la constitution d'exploitations rurales d'un seul tenant ou à grandes parcelles bien groupées, d'améliorer l'exploitation agricole des biens qui y sont soumis. Il doit également avoir pour objet l'aménagement rural du périmètre dans lequel il est mis en oeuvre et peut permettre, dans ce périmètre, une utilisation des parcelles à vocation naturelle, agricole ou forestière en vue de la préservation de l'environnement. Sauf accord des propriétaires et exploitants intéressés, le nouveau lotissement ne peut allonger la distance moyenne des terres au centre d'exploitation principale, si ce n'est dans la mesure nécessaire au regroupement parcellaire. ".
6. Il est constant que la commission départementale a examiné la situation de chacun des comptes faisant l'objet de la réclamation du 4 février 2021, soit les numéros 4895, 4900, 4940 et 6600. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la décision n'a pas statué au regard de la situation d'ensemble des comptes. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
7. En dernier lieu, les dispositions citées au point 5 ne prévoient pas que la légalité de la décision de la commission départementale doit s'apprécier à l'échelle des îlots. Ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le compte de propriété n°4895 :
8. En premier lieu, si les requérants soutiennent que la décision contestée est entachée d'erreur de fait quant aux valeurs des terres d'attribution, dont les données résultant de la proposition de la délégation de terrain de la commission départementale du 25 juin 2021 diffèrent substantiellement de celles de la commission intercommunale, leurs allégations ne sont établies par aucune pièce. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime : " L'aménagement foncier agricole, forestier et environnemental, applicable aux propriétés rurales non bâties, se fait au moyen d'une nouvelle distribution des parcelles morcelées et dispersées. Il a principalement pour but, par la constitution d'exploitations rurales d'un seul tenant ou à grandes parcelles bien groupées, d'améliorer l'exploitation agricole des biens qui y sont soumis. Il doit également avoir pour objet l'aménagement rural du périmètre dans lequel il est mis en œuvre et peut permettre, dans ce périmètre, une utilisation des parcelles à vocation naturelle, agricole ou forestière en vue de la préservation de l'environnement. Sauf accord des propriétaires et exploitants intéressés, le nouveau lotissement ne peut allonger la distance moyenne des terres au centre d'exploitation principale, si ce n'est dans la mesure nécessaire au regroupement parcellaire. "
10. Les dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime ne garantissent aux propriétaires ni une égalité absolue entre la surface qui leur est attribuée et celle de leurs apports, ni une équivalence parcelle par parcelle ou classe par classe entre ces terres. Les commissions d'aménagement foncier sont seulement tenues d'attribuer des lots équivalents en valeur de productivité réelle aux apports de chaque propriétaire, après déduction de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs. L'aggravation éventuelle des conditions d'exploitation et la règle de l'équivalence entre les apports et les attributions s'apprécient non parcelle par parcelle mais pour l'ensemble d'un compte de propriété.
11. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir d'apprécier la légalité de la décision de la commission départementale d'aménagement foncier qui lui est soumise, au regard notamment des principes énoncés par les dispositions précitées du code rural et de la pêche maritime, mais non l'opportunité ou l'équité du regroupement parcellaire effectué au titre du remembrement.
12. La circonstance que la commission départementale d'aménagement foncier ait refusé l'agrandissement de la parcelle ZL n°34 située à Cavillon, sur laquelle M. F G envisageait à la date de la décision attaquée de faire construire un bâtiment agricole destiné au développement de son activité apicole, n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision litigieuse, ces conditions relevant de la seule opportunité du regroupement parcellaire. De plus, si les requérants soutiennent que l'attribution de la parcelle ZI n°37 située sur le territoire de la commune de Briquemesnil-Floxicourt augmente la distance par rapport au siège d'exploitation F G sis sur le territoire de la commune de Cavillon, l'allongement de la distance des terres du centre d'exploitation s'apprécie à la seule échelle du compte de propriété. Or, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du plan parcellaire produit en défense par le département de la Somme, que l'opération d'aménagement foncier a pour effet de supprimer les parcelles les plus éloignées du centre d'exploitation relevant du compte de propriété n°4895. Ainsi, la décision attaquée n'a pas pour effet d'allonger la distance moyenne des terres au centre d'exploitation principale, ni d'aggraver les conditions d'exploitation des parcelles F G, qui bénéficie d'une forte réduction du nombre de parcelles et qui se voit attribuer des parcelles d'une valeur légèrement supérieure à celles de son apport. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne le compte de propriété n°4900 :
13. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du plan parcellaire relatif au compte n° 4900 produit en défense, que M. I G s'est vu attribuer des terres situées en face de celles apportées dans le cadre de l'opération d'aménagement foncier. Par ailleurs, il est constant que le compte de propriété n°4900 se voit attribuer des parcelles situées le long de la route départementale 156 à Cavillon, où se trouvaient les parcelles d'apport de M. G. Ainsi, aucune augmentation de la distance moyenne des terres au centre d'exploitation principale n'est établie. Par ailleurs, l'erreur dont se prévalent les requérants, tirée d'une différence de 3,6 ares sur une surface totale de 11 hectares n'est pas, en tout état de cause, de nature à remettre en cause l'équilibre de l'opération d'aménagement foncier. Les requérants n'apportent aucun élément de nature à démontrer que l'opération d'aménagement foncier aggrave leurs conditions d'exploitation au sens des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime. Enfin, les allégations sur l'utilisation de produits phytosanitaires par M. D, exploitant les parcelles voisines à la ZL n°34, ne permettent pas de caractériser une violation de l'objectif de préservation de l'environnement en application des dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté en toutes ses branches.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-20 du code rural et de la pêche maritime : " A dater de la délibération du conseil départemental ou, en cas d'application de l'article L. 123-24, de la décision de son président fixant le périmètre de l'opération d'aménagement foncier, tout projet de mutation de propriété entre vifs doit être sans délai porté à la connaissance de la commission communale ou intercommunale. Si cette commission estime que la mutation envisagée est de nature à entraver la réalisation de l'aménagement foncier, la demande de mutation doit être soumise pour autorisation à la commission départementale d'aménagement foncier. La mutation sur laquelle la commission départementale n'a pas statué dans un délai de trois mois à compter de la demande est considérée comme autorisée. ". Aux termes de l'article R.121-28 du même code : " La demande d'autorisation de mutation de propriétés comprises dans un périmètre d'aménagement foncier, prévue à l'article L. 121-20, doit être présentée sur papier libre et signée par les intéressés, leur mandataire ou un notaire. Elle doit préciser la désignation cadastrale et la superficie de la ou des parcelles ou parties de parcelles faisant l'objet du projet de mutation. Elle est adressée, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, au président de la commission communale ou intercommunale d'aménagement foncier. Elle peut aussi être déposée à la mairie, siège de la commission communale ou intercommunale, qui en délivre récépissé et la transmet au président de la commission communale ou intercommunale. Cette demande n'est plus recevable si elle parvient à la commission communale ou intercommunale après l'approbation du plan d'aménagement foncier agricole et forestier ou, dans le cas d'échanges et cessions amiables d'immeubles ruraux et forestiers, après la décision de la commission départementale. ".
15. Il ressort des pièces du dossier que M. I G et Mme E A ont consenti des donations de parcelles à leurs fils M. F G et à leur fille Mme B K par un acte notarié du 7 février 2019. Il n'est toutefois pas établi que le projet de mutation aurait été préalablement porté à la connaissance de la commission intercommunale d'aménagement foncier (CIAF) en application de l'article L. 121-20 précité du code rural et de la pêche maritime, de sorte que cette commission n'a pas été mise à même d'apprécier, ainsi qu'il lui appartenait en vertu des dispositions précitées, si ce projet était susceptible d'entraver la réalisation de l'aménagement foncier dans son ensemble. La circonstance que la CIAF aurait été, de fait, informée de cette donation intervenue au cours des opérations d'aménagement, ainsi que la commission départementale d'aménagement foncier (CDAF) à travers la réclamation formulée devant elle, ne peut tenir lieu de demande d'autorisation au sens de l'article R. 121-28 précité du code rural et de la pêche maritime. Ce moyen doit donc être écarté.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L.123-2 du code rural et de la pêche maritime : " Les bâtiments, ainsi que les terrains qui en constituent des dépendances indispensables et immédiates, peuvent être inclus dans le périmètre d'aménagement foncier agricole et forestier. Toutefois, à l'exception des bâtiments légers ou de peu de valeur qui ne sont que l'accessoire du fonds, ainsi que de leurs dépendances, ces bâtiments et terrains doivent, sauf accord exprès de leur propriétaire, être réattribués sans modification de limites. ".
17. Il ressort des pièces du dossier que M. F G s'est vu attribuer la parcelle ZL n°34 à Cavillon, pour laquelle il a sollicité la délivrance d'un permis de construire afin d'y construire un bâtiment destiné au stockage de matériel agricole, ainsi qu'un atelier de transformation, de conditionnement et de stockage de miel. S'il est soutenu que la décision litigieuse aurait dû lui attribuer des " parcelles autour " de celle-ci, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que les parcelles contigües constituent des dépendances indispensables et immédiates du terrain d'assiette de ce bâtiment au sens des dispositions précitées. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 123-2 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime : " Chaque propriétaire doit recevoir, par la nouvelle distribution, une superficie globale équivalente, en valeur de productivité réelle, à celle des terrains qu'il a apportés, déduction faite de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs mentionnés à l'article L. 123-8 et compte tenu des servitudes maintenues ou créées. Lorsque des terrains visés aux articles L. 123-2 et L. 123-3 ou situés dans les zones urbanisées ou d'urbanisation future identifiées par les documents d'urbanisme visés à l'article L. 121-1 et ne bénéficiant pas des éléments de viabilité mentionnés à l'article L. 322-3 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique sont attribués à la commune en vue de la réalisation des projets communaux ou intercommunaux visés à l'article L. 123-27 du présent code, il peut être attribué au propriétaire une valeur d'échange tenant compte de la valeur vénale résultant des caractéristiques desdits terrains. L'attribution d'une soulte en espèces, fixée le cas échéant comme en matière d'expropriation, peut être mise à la charge de la commune. Cette soulte est recouvrée dans les conditions définies au dernier alinéa de l'article L. 121-24. Sauf accord exprès des intéressés, l'équivalence en valeur de productivité réelle doit, en outre, être assurée par la commission communale dans chacune des natures de culture qu'elle aura déterminées. Il peut toutefois être dérogé, dans les limites qu'aura fixées la commission départementale pour chaque région agricole du département, à l'obligation d'assurer l'équivalence par nature de culture. () ".
19. Aux termes de l'article L.123-19 du même code : " () Les peuplements forestiers situés sur les parcelles apportées ou attribuées font l'objet d'une évaluation qui donne lieu, le cas échéant, au paiement d'une soulte en espèces dans les conditions prévues à l'article L. 123-4. Une soulte en nature peut également être prévue avec l'accord des propriétaires intéressés. " Aux termes de l'article L.123-20 du même code : " Par dérogation aux articles L. 123-4 et L. 123-19, des apports de terrains forestiers peuvent être compensés par des attributions de terrains agricoles et inversement, sous réserve, le cas échéant, du paiement d'une soulte dans les conditions prévues au dernier alinéa de l'article L. 123-19. Cette compensation est possible, sans limitation, avec l'accord des intéressés. En l'absence de cet accord et à condition que cette mesure soit nécessaire à l'aménagement foncier, la compensation entre parcelles forestières et parcelles agricoles est possible dans la limite d'une surface maximum par propriétaire fixée, pour chaque secteur d'aménagement, par la commission départementale, après avis de la chambre d'agriculture et du Centre national de la propriété forestière. Elle ne peut excéder, pour chaque propriétaire, la surface de 4 hectares de parcelles agricoles apportées ou attribuées en échange de parcelles forestières. "
20. Les requérants contestent l'équivalence entre le bois apporté par
M. G et les parcelles à reboiser qui lui ont été attribuées. Il ressort des pièces du dossier que la famille G a apporté la parcelle boisée anciennement cadastrée ZC n°29 à Cavillon d'une superficie inférieur à quatre hectares, qui a été attribuée à M. D. A l'issue de l'opération d'aménagement foncier, ce dernier est devenu propriétaire de la parcelle ZL n°33 où se trouve un bâtiment utilisé comme poulailler par ce dernier. S'il est constant que M. G n'a pas donné son accord à l'attribution de cette parcelle, il ressort des pièces du dossier que l'attribution de la parcelle ZL n°33 était nécessaire à l'opération aménagement foncier et que la parcelle à reboiser attribuée à M. G couvrait une superficie inférieure à quatre hectares. Et si M. G se plaint de ce que le reboisement dont il bénéficiera, aux frais de la commission d'aménagement, n'est pas une compensation équivalente à la perte de son bois, il ne l'établit pas sur le plan de la valeur de productivité réelle. Dès lors, il n'établit pas davantage qu'il pouvait bénéficier du versement d'une soulte. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 123-4 et L. 123-20 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point.
21. En dernier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que l'administration a retenu la possibilité de répartir les exploitations de Mme B et de M. F G issues de la donation du 7 février 2019 en précisant l'implantation des parcelles données à chacun des agriculteurs, soit respectivement au lieudit au chemin d'Oissy et au lieudit bois Bernard et dur Pays à Cavillon. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le département aurait procédé à un traitement différent des deux agriculteurs concernés. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne le compte de propriété n°4940 :
22. D'une part, les erreurs matérielles susvisées ainsi que l'absence de référence alléguée à la proposition de la délégation de terrain du 25 juin 2021 dont se prévalent les requérants sont sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse. D'autre part, le moyen tiré de l'erreur dans la comparaison des parcelles d'apport et des parcelles attribuées n'est pas assorti des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le principe d'équilibre est respecté entre les apports et les attributions, tant en ce qui concerne les surfaces que leur valeur productive. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté.
En ce qui concerne le compte de propriété n°6600 :
23. D'une part, les erreurs matérielles invoquées par les requérants et susvisées sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. D'autre part, si les requérants se plaignent de l'attribution au compte de propriété n°6660 d'une parcelle cadastrée ZM n°1 à Cavillon d'une superficie de seize mètres carrés, enclavée, il ressort des cartes produites en défense que toutes les parcelles du secteur du chemin d'Oissy sont desservies soit par la RD 156, soit par la RD 95, soit par un chemin rural. De plus, les allégations relatives aux inconvénients liés à la présence d'un poteau électrique ne sont pas établies et celles relatives au sens des cultures sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, l'absence d'aggravation des conditions d'exploitation doit s'apprécier au regard de l'ensemble de l'exploitation et non de la situation des parcelles prises isolément. Or, la propriété du compte 6600, qui ne comportait qu'un lot avant le remembrement, bénéficie de l'attribution d'une parcelle de valeur équivalente et située juste à côté du centre d'exploitation, ce qui n'était pas le cas de la parcelle d'apport. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce moyen.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requérants doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les conclusions en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Somme, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F G, de M. I G, de Mme B G épouse K, de Mme H G et de la SCEA du Vieux Village est rejetée.
Article 2 : Les requérants verseront une somme de 1 500 euros au département de la Somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F G, à M. I G, à Mme B G épouse K, à Mme H G, à la SCEA du Vieux Village et au département de la Somme.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lebdiri, président,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le président,
signé
S. Lebdiri,
Le rapporteur,
signé
E. Fumagalli La greffière,
signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026