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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201456

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201456

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 mai 2022, 28 novembre 2022 et 5 janvier 2023, la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz a refusé de lui délivrer une autorisation de stationnement aux fins de permettre, pour une durée de quatre jours courant à compter du 30 mai 2022, la livraison et l'assemblage du pylône de l'antenne et le stationnement d'un camion grue sur le chemin de Salouël ;

2°) d'enjoindre à la commune de lui délivrer l'autorisation de stationnement sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est entachée d'erreur de droit, dès lors que le motif opposé par le maire de la commune de Pont-de-Metz n'est pas de nature à fonder légalement le refus implicite qu'il a opposé à la demande de permis de stationnement présentée par la SAS PROEF France, le 5 janvier 2022 ;

- la décision méconnait les articles L. 411-1 à L. 411-7 du code de la route et L. 2213-1 à L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales et est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors, d'une part, que le stationnement envisagé ne porte atteinte ni à la conservation et de la protection du domaine public ni à la sécurité de la circulation sur la voie publique, et, d'autre part, que la décision porte atteinte aux intérêts de la société requérante résultant notamment des obligations de couverture qui lui ont été imposées, à l'intérêt public que présente la couverture du territoire de la commune par le réseau de téléphone mobile en 4G, et à la liberté de commerce et d'industrie et à celle d'entreprendre ;

- les circonstances de l'affaire justifient qu'il soit fait injonction au maire de délivrer la permission de stationnement sollicitée ;

- contrairement à ce que soutient la commune en défense, elle est titulaire d'une autorisation d'urbanisme en cours de validité pour la réalisation des travaux pour lesquels l'autorisation de stationnement est nécessaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, la commune de Pont-de-Metz, représentée par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête a perdu son objet dès lors que, l'arrêté du 26 août 2019 portant non-opposition à déclaration préalable ayant été annulé par la cour administrative d'appel de Douai par un arrêt rendu le 28 juin 2022, la société Free mobile ne dispose plus d'aucun titre pour ériger l'antenne-relais litigieuse, ni par conséquent pour réaliser les travaux de raccordement au moyen de la permission de stationnement sollicitée ;

- les moyens soulevés par la société Free mobile ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 janvier 2023 à 12h00.

Vu :

- l'ordonnance n° 2201472 rendue le 27 mai 2022 par le juge des référés du tribunal administratif d'Amiens ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère,

- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mathieu représentant la commune de Pont-de-Metz.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé le 28 juin 2019 un dossier de déclaration préalable, enregistré sous le n° DP 080 63219 M0024, ayant pour objet l'installation d'une station de relais de téléphonie mobile comprenant un pylône, implantée sur un terrain situé chemin de Salouël sur le territoire de la commune de Pont-de-Metz. Par un arrêté du 26 août 2019, le maire de cette commune ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable, sous réserve de prescriptions spéciales. Le tribunal administratif d'Amiens a rejeté, par un jugement n° 1903435 du 30 décembre 2020, la demande d'annulation de cet arrêté dont des tiers l'avait saisi et a annulé, par un jugement n°2000254 du 30 décembre 2020 devenu définitif, l'arrêté du 25 novembre 2019 par lequel le maire de la commune a retiré cet arrêté du 26 août 2019. Enfin, par un arrêt du 28 juin 2022, la cour administrative d'appel de Douai, faisant application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, a annulé cet arrêté du 26 août 2019 en tant qu'il ne prévoit pas d'arbres ou d'arbustes satisfaisant aux exigences du règlement de la zone N13 du plan local d'urbanisme de la commune, réformé le jugement n°1903435 en cette mesure et a accordé à la société Free Mobile un délai de trois mois pour solliciter la régularisation de ce vice.

2. Le 5 janvier 2022, la société PROEF France a adressé, pour le compte de la société Free mobile, une demande d'autorisation de stationnement, aux fins de permettre la livraison et l'assemblage du pylône de l'antenne et le stationnement d'un camion grue sur le chemin de Salouël, pour une durée de quatre jours courant à compter du 30 mai 2022. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant deux mois sur cette demande par la commune de Pont-de-Metz. La société Free Mobile demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les exceptions de non-lieu à statuer opposées par la commune du Pont-de-Metz :

3. Si la commune se prévaut de l'arrêt n°21DA00344 du 28 juin 2022 par lequel la cour administrative d'appel de Douai a annulé l'arrêté du 26 août 2019 autorisant la mise en œuvre du projet, cet arrêt, qui ne prononce cette annulation qu'en tant que cet arrêté ne comportait pas de prescriptions relatives à l'article N13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, n'a pas pour effet de mettre un terme à ce projet ni, par suite, de priver d'objet la présente requête.

4. Il en va de même de la circonstance, invoquée par la commune, tirée de ce qu'une décision d'opposition à déclaration préalable pour le projet litigieux est intervenue le 27 octobre 2022 alors que cette décision a été annulée par un jugement n° 2204074 du tribunal administratif d'Amiens en date du 19 décembre 2023, laquelle n'est pas plus de nature à priver d'objet la présente requête.

5. Il résulte de ce qui précède que les exceptions de non-lieu à statuer opposées par la commune doivent être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, si, pour justifier sa décision refusant l'autorisation sollicitée, la commune de Pont-de-Metz se prévaut d'un premier motif tiré de l'imprécision de la demande de la société PROEF France quant à la date exacte de réalisation du projet, il ressort expressément de la rubrique " Nature et date des travaux " du formulaire de demande de permission de stationnement souscrit le 5 janvier 2022 par la société pétitionnaire que celle-ci avait dûment indiqué le 30 mai 2022 comme date de début d'intervention et précisé que celle-ci durerait quatre jours. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la société Free mobile aurait indiqué, comme le soutient la commune, une date d'intervention distincte de celle initialement indiquée lors d'échanges ultérieurs, ce premier motif, entaché d'inexactitude matérielle, n'est pas de nature à justifier légalement la décision attaquée.

7. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus aux points 3 et 4 du présent jugement que la société Free mobile était titulaire à la date de la décision attaquée, soit le 19 mars 2022, d'une autorisation d'urbanisme pour l'installation de l'antenne-relais. Par suite, si la commune de Pont-de-Metz se prévaut également d'un second motif fondé sur la circonstance que cette autorisation aurait été annulée par la cour administrative d'appel de Douai, celui-ci n'est pas plus de nature à justifier légalement la décision attaquée.

8. Par suite, et sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz a refusé de délivrer à la société Free mobile l'autorisation de stationnement sollicitée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de commune de Pont-de-Metz de procéder à la délivrance de l'autorisation de stationnement sollicitée. Il y a lieu d'enjoindre au maire d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Pont-de-Metz une somme de 3 000 euros à verser à la société Free mobile sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz a refusé de délivrer à la société Free mobile l'autorisation de stationnement sollicitée le 5 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Pont-de-Metz de délivrer l'autorisation de stationnement sollicitée dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Pont-de-Metz versera à la société Free mobile une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Free mobile et à la commune de Pont-de-Metz.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Parisi, conseillère,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

S. THERAIN

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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