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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201483

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201483

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201483
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 en tant que, par cet arrêté, la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation en fait ainsi qu'en droit en tant qu'il refuse de l'admettre au séjour et décide son éloignement ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en tant qu'elle éloignera ce dernier de son père ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête comme étant irrecevable pour tardiveté et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Binand, magistrat désigné a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 26 juin 1993, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décisions du 27 octobre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et du 14 mars 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par cette requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 de la préfète de l'Oise, en tant qu'il porte refus de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe la République démocratique du Congo ou tout autre pays dans lequel elle serait admissible comme pays de renvoi pour l'exécution de son éloignement.

2. En premier lieu, la préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise les motifs de droit et les considérations de fait sur lesquels elle s'est fondée, tirés de ce que l'intéressée ne peut plus se maintenir sur le territoire français en raison du rejet définitif de sa demande d'asile de sorte qu'elle entre dans le champ d'application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour fixer la République démocratique du Congo comme pays de destination, la préfète a mentionné que l'intéressée est ressortissante de ce pays et qu'elle ne justifie d'aucun risque encouru en cas d'éloignement vers celui-ci. En exposant ces motifs, et alors que la requérante n'établit pas avoir porté à la connaissance de l'autorité préfectorale les attaches familiales en France ou les difficultés de santé dont elle fait état à l'instance, la préfète de l'Oise, qui n'avait pas à décrire l'ensemble des éléments caractérisant la situation de Mme C, a suffisamment motivé les décisions attaquées.

3. En deuxième lieu, si Mme C, qui est entrée en France en février 2020 selon ses déclarations, se prévaut à l'instance de la présence en France de son enfant, né en novembre 2020 de sa relation avec un compatriote, ainsi que son état de grossesse, de trois mois à la date de l'arrêté attaqué, il ressort de ses déclarations effectuées à l'occasion de l'instruction de sa demande d'asile, qui ne sont démenties par aucun élément versé au dossier, que le père de son enfant ne dispose pas d'un titre de séjour ni d'un hébergement stable. Par ailleurs, les documents médicaux qu'elle produit, établis au milieu de l'année 2021, n'établissent pas que la prise en charge médicale des céphalées dont elle souffre consécutivement à son accouchement requiert son maintien sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de Mme C et de l'absence de stabilité des attaches en France dont elle se prévaut, la préfète de l'Oise, en lui faisant obligation de quitter le territoire français sous trente jours, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage entaché l'arrêté attaqué d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette mesure d'éloignement sur la situation de la requérante. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.

4. En troisième lieu, si Mme C soutient qu'elle serait exposée, en cas de retour en République démocratique du Congo à la réitération de mauvais traitements tant de la part de membres de la famille de son concubin décédé pour avoir tenté de la protéger que des autorités de ce pays, en raison de son engagement associatif en faveur des droits de l'Homme, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses assertions alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée au motif du caractère confus et peu vraisemblable de son récit. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise s'est cru liée par le rejet définitif de la demande d'asile de Mme C pour fixer son pays de renvoi, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige, en tant qu'il fixe la République démocratique du Congo comme pays de renvoi, méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux deux points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale que Mme C constitue avec son enfant ne pourrait être maintenue République démocratique du Congo, ni même que le père de son enfant, ne pourrait les y rejoindre. Il s'ensuit que la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui imposent à l'autorité administrative d'attacher une considération primordiale à l'intérêt de l'enfant dans toutes les décisions qui le concernent.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise, que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C à la préfète de l'Oise et à Me Tourbier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

C. B Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201483

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