jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GUERREIRO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 mai et 16 août 2022, M. A B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 avril 2022 par laquelle le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il n'a pu commettre les faits de conduite d'un véhicule sans permis qui lui sont reprochés en 2009 au Crotoy puisqu'il était alors âgé de 13 ans et résidait en Tunisie ;
- cette décision est illégale dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public de nature à justifier le refus qui lui a été opposé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 19 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne s'applique pas à la situation de M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, premier conseiller,
- et les observations de Me Homehr, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 20 avril 1996, est entré sur le territoire français le 20 janvier 2017, muni d'un visa de court séjour, et y a résidé sous couvert d'un titre de séjour délivré sur le fondement de sa qualité de parent d'enfant français. Le 15 décembre 2021, il a demandé la délivrance d'une carte de résident. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de la décision du 12 avril 2022 par laquelle le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de résident et a décidé de lui délivrer un titre de séjour pourtant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. D'une part, aux termes du 1 de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / () c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ; () ". Aux termes de l'article aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le préfet ne pouvait faire application des dispositions de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et subordonner la délivrance du titre de séjour demandé par M. B, sur le fondement du c du 1 de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, à son intégration républicaine dans la société française.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné à des amendes pour des faits de conduite de véhicule sans permis le 22 juillet 2017, de conduite sans permis et transport de mineur sans ceinture de sécurité ou système de retenue non-homologué en 2018 et de conduite sans assurance le 17 juillet 2020. Toutefois, il est constant que les faits de conduite sans permis de 2009 lui ont été imputés à tort par le préfet aux termes de la décision attaquée. Par ailleurs, si M. B n'établit pas, par la seule attestation qu'il produit, avoir été sanctionné en raison de la négligence de son employeur pour les faits de conduite sans assurance de 2020, il établit avoir fait les démarches nécessaires pour échanger son permis de conduire tunisien contre un permis valable en France. Enfin, si la décision attaquée précise que l'intéressé est connu des services de police pour des faits de vol par effraction du 5 juin 2020, M. B soutient sans être sérieusement contredit que la mention portée au fichier de traitement d'antécédents judiciaires en ce sens a pour origine une dénonciation infondée de son ancienne épouse lors de leur séparation. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que les faits invoqués par le préfet pour considérer que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ne sont pas de nature à justifier le refus de délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'un enfant français qui lui a été opposé.
6. Il résulte de ce qui précède, et alors que la décision attaquée est fondée à la fois sur le défaut d'intégration républicaine de M. B dans la société française et sur la menace à l'ordre public que constitue sa présence en France, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Compte tenu du motif de l'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Somme de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 avril 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Demurger, présidente,
- M. Richard, premier conseiller,
- M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
La présidente,
Signé
F. Demurger
Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2201493
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026