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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201502

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201502

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2022, M. B A, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2022 par laquelle la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens a infligé à M. A une sanction de 12 jours de cellule disciplinaire ;

2°) d'annuler la décision du 15 février 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté son recours contre cette sanction ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de la commission de discipline a été prise au terme d'une procédure méconnaissant l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent rédacteur du compte rendu d'incident et du procès-verbal de saisie de la substance prohibée ayant abouti à ce qu'il soit sanctionné n'a pas siégé en commission de discipline ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit au regard du 11° de l'article 57-7-1 du code de procédure pénale dès lors qu'il a été sanctionné pour la détention de produit s'apparentant à des stupéfiants et non de stupéfiants ;

- ces décisions sont fondées sur des faits matériellement inexacts dès lors que la nature de la substance brunâtre qui a été retrouvée sur lui n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.

Par un courrier du 22 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 janvier 2022 de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens dès lors que la décision du 15 février 2022 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille, prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, s'est substituée à la décision du 6 janvier 2022 et est, par suite, seule susceptible d'être déférée au juge administratif.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est incarcéré à la maison d'arrêt d'Amiens. Lors d'une fouille du 25 septembre 2021, il a été trouvé en possession de résine de cannabis. Le 6 janvier 2022, la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens a infligé à M. A une sanction de 12 jours de cellule disciplinaire, fractionnée en six week-ends. En application de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, M. A a présenté un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision auprès de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille qui l'a rejeté le 15 février 2022. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 6 janvier 2022 et du rejet de son recours.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 janvier 2022 :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".

3. Il résulte de ces dispositions, applicable au présent litige, qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur régional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le chef d'établissement. Il s'ensuit que, les vices propres à la décision initiale ayant nécessairement disparu avec cette dernière, le requérant ne saurait utilement s'en prévaloir. En revanche, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur régional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 15 février 2022 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a été prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Elle s'est, dès lors, substituée à la décision du 6 janvier 2022 de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens et est, par suite, seule susceptible d'être déférée au juge administratif. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 janvier 2022 sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision du 15 février 2022 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".

6. Il résulte des articles R. 57-7-6, R. 57-7-8, R. 57-7-13 et R. 57-7-14 du code de procédure pénale que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement, qui ne peut être ni l'auteur du compte rendu établi à la suite d'un incident, ni l'auteur du rapport établi à la suite de ce compte rendu, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.

7. M. A ne peut utilement se fonder, en soutien de ses conclusions à fin d'annulation, sur la circonstance que le signataire du procès-verbal du 25 septembre 2021 par lequel il a été constaté la saisie de résine de cannabis trouvée en sa possession lors d'une fouille du 25 septembre 2021, pièce distincte du compte rendu établi à la suite de l'incident et du rapport établi à la suite de ce compte rendu, aurait siégé lors de la réunion de la commission de discipline ayant abouti à le sanctionner. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le rapport d'incident du 25 septembre 2021 relatif aux faits fondant la sanction en litige a été établi par un surveillant dont les prénom et nom commencent respectivement par les lettres " Ga " et " GE ", ce qui n'est le cas d'aucun des membres de la commission de discipline. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de la commission de discipline aurait été prise au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions précitées de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 57-7-1 du code de procédure pénale : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 11° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement des produits stupéfiants, ou sans autorisation médicale, des produits de substitution aux stupéfiants ou des substances psychotropes, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; () ".

9. A supposer même ce moyen opérant, si la décision de la commission de discipline relève que le compte rendu d'incident a reporté qu'il avait été trouvé sur M. A un produit s'apparentant à de la résine de cannabis, elle précise que M. A a admis que cette substance en était en effet. Par ailleurs, cette décision est explicitement fondée en fait sur la possession de stupéfiant. Enfin, la décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille retient également ce motif de fait. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article 57-7-1 du code de procédure pénale.

10. En troisième lieu, M. A ne conteste pas avoir admis lui-même, tant lors de l'incident que devant la commission de discipline, que la substance trouvée en sa possession et d'ailleurs identifiée comme telle par les surveillants, était de la résine de cannabis. Dès lors, il ne peut sérieusement contester la matérialité de cette infraction en se bornant à soutenir qu'il n'est pas établi que cette substance était un produit stupéfiant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 février 2022. Par suite, les conclusions qu'il présente sur le fondement de articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Homehr et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au directeur de la maison d'arrêt d'Amiens.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Demurger, présidente,

- M. Richard, premier conseiller,

- M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

F. Demurger

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 220150

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