mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201550 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 mai et 21 septembre 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 17 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Neuville-Saint-Amand lui a opposé un certificat d'urbanisme opérationnel négatif à la réhabilitation d'une friche industrielle à ossature béton en un logement individuel ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la permission de voirie qu'il a obtenue le 21 octobre 2010 ou de l'assortir d'une restriction d'usage telle qu'elle lui permettrait, en vue d'un projet immobilier, de demander un désenclavement par un autre passage à établir selon les dispositions du code civil ;
3°) à ce qu'il soit enjoint à la commune de Neuville-Saint-Amand de réexaminer sa demande de certificat d'urbanisme ;
4°) de condamner la commune de Neuville-Saint-Amand aux dépens.
Il soutient que :
- le maire de la commune a fait une inexacte application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en considérant que le projet de construction d'une habitation en parcelle cadastrée section ZA n° 40 avec son accès via la route départementale n° 12 présentait des risques pour la sécurité publique ou en ne s'y opposant pas sous réserve d'aménagement destiné à les prévenir, dès lors notamment qu'il dispose d'une permission de voirie lui permettant d'accéder à sa parcelle et que la visibilité ainsi que l'interdiction de l'accès au terrain dans le sens Saint-Quentin / Neuville-Saint-Amand permettent d'assurer la sécurité des usagers de la route départementale ;
- le maire de la commune a méconnu le point 7.1.1 de l'article U7 du plan local d'urbanisme de la communauté d'agglomération du Saint-Quentinois en considérant que son terrain est enclavé, alors qu'il bénéficie d'une permission de voirie sur la route départementale n° 12.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, ainsi qu'un mémoire enregistré le 21 octobre 2022 non communiqué, la commune de Neuville-Saint-Amand, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023 à 12h00.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 mai et 25 août 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 17 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Neuville-Saint-Amand lui a opposé un certificat d'urbanisme opérationnel négatif à la construction d'une maison à usage d'habitation et d'un garage ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la permission de voirie qu'il a obtenue le 21 octobre 2010 ou de l'assortir d'une restriction d'usage telle qu'elle lui permettrait, en vue d'un projet immobilier, de demander un désenclavement par un autre passage à établir selon les dispositions du code civil ;
3°) d'enjoindre à la commune de Neuville-Saint-Amand de réexaminer sa demande de certificat d'urbanisme ;
4°) de condamner la commune de Neuville-Saint-Amand aux dépens.
Il soutient que :
- le maire de la commune a fait une inexacte application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en considérant que le projet de construction d'une habitation en parcelle cadastrée section ZA n° 141 avec son accès via la route départementale n° 12 présentait des risques pour la sécurité publique ou en ne s'y opposant pas sous réserve d'aménagement destiné à les prévenir, dès lors notamment qu'il dispose d'une permission de voirie lui permettant d'accéder à sa parcelle et que la visibilité ainsi que l'interdiction de l'accès au terrain dans le sens Saint-Quentin / Neuville-Saint-Amand permettent d'assurer la sécurité des usagers de la route départementale ;
- le maire de la commune a méconnu point 7.1.1 de l'article U7 du plan local d'urbanisme de la communauté d'agglomération du Saint-Quentinois en considérant que son terrain est enclavé, alors qu'il bénéficie d'une permission de voirie sur la route départementale n° 12.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2022, ainsi qu'un mémoire enregistré le 20 septembre 2022 non communiqué, la commune de Neuville-Saint-Amand, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Wavelet, rapporteur,
- les conclusions de Mme Rondepierre, rapporteure publique,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a déposé le 23 novembre 2021 deux demandes de certificat d'urbanisme opérationnel concernant, d'une part, la réhabilitation d'une friche industrielle à ossature béton en un logement individuel sur la parcelle cadastrée section ZA n° 40 de la commune de Neuville-Saint-Amand (02100) desservie par les parcelles cadastrées ZA n°s 38 et 141, d'autre part, la construction d'une maison à usage d'habitation et d'un garage sur la même emprise foncière, ultérieurement redésignée comme la parcelle cadastrée section ZA n° 141. Par deux décisions du 17 mars 2022 dont M. A demande l'annulation, le maire de la commune de Neuville-Saint-Amand a opposé un certificat d'urbanisme négatif à ces projets.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel négatif sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Les risques d'atteinte à la sécurité publique qui, en application de cet article, peuvent justifier la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel négatif, ou positif sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées que lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le certificat d'urbanisme opérationnel négatif ne peut être opposé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de certificat, de délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
3. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A ne peut utilement soutenir que le danger lié à l'accès à ses parcelles ne résulterait pas de ses projets mais des usagers de la voie publique.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles faisant l'objet des demandes de certificat d'urbanisme litigieux, et notamment le chemin privatif situé sur leur emprise, ne sont accessibles, depuis la route départementale n° 12, que dans le sens de circulation allant de Neuville-Sait-Amand vers Saint-Quentin, alors que l'accès dans le sens inverse est interdit par une ligne longitudinale continue axiale, résultant d'ailleurs des risques que présenterait une possibilité de dépasser un véhicule à ce niveau de cette voie à forte circulation, dont la fréquentation journalière est évaluée à plus de 7 000 véhicules par jour dont 3 % de poids lourd. Si le requérant fait valoir qu'il est néanmoins possible d'accéder aux parcelles litigieuses en provenance de Saint-Quentin, moyennant au demeurant un demi-tour à près d'un kilomètre de distance, il ressort de l'examen des clichés photographiques annexés à un constat d'huissier du 21 avril 2022 que la voie départementale présente en tout état de cause, au niveau de l'accès aux parcelles litigieuses, une configuration entrainant un défaut de visibilité et un trop faible temps de réaction des usagers de cette route lors de la sortie d'un véhicule de ces parcelles, ayant d'ailleurs justifié, outre la présence de bandes cyclables sur la chaussée, les fortes réserves à la réalisation du projet exprimées par la direction de la voirie départementale du département de l'Aisne aux termes de ses avis du 10 janvier 2022. Dans ces conditions, et alors que la circonstance que le requérant aurait obtenu une permission de voirie afin d'accéder à sa parcelle n'a, de même que sa portée, aucune incidence sur l'appréciation de ces risques sur le fondement de la législation de l'urbanisme, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui opposant deux certificats d'urbanisme négatifs au motif que ses projets sont de nature à porter atteinte à la sécurité publique ou en ne les délivrant pas sous réserve de prescriptions particulières, dont aucune ne serait de nature à les prévenir, le maire de la commune de Neuville-Saint-Amand aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
5. En second lieu, aux termes du premier alinéa du point 7.1.1 " Accès " de l'article U7 du plan local d'urbanisme de la communauté d'agglomération du Saint-Quentinois : " Tout terrain enclavé est inconstructible à moins que son propriétaire n'obtienne un passage ".
6. Dès lors que les décisions attaquées pouvaient être légalement fondées sur le seul motif tiré de ce que le projet est de nature à porter atteinte à la sécurité publique et que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur cette seule considération, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Neuville-Saint-Amand aurait méconnu les dispositions du point 7.1.1 de l'article U7 du plan local d'urbanisme de la communauté d'agglomération du Saint-Quentinois en fondant également ses décisions sur ces dernières dispositions, au demeurant seulement pour en déduire que l'accès des parcelles ne peut en l'état être réalisé que par la voie départementale, n'a pas d'incidence sur la légalité des décisions contestées.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 17 mars 2022 présentées par M. A, ainsi que les conclusions relatives à la permission de voirie du 21 octobre 2010 présentées par l'intéressé à titre subsidiaire, doivent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité s'agissant de ces dernières, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles, en tout état de cause, tendant au paiement des dépens.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Neuville-Saint-Amand au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2201550 et 2201572 présentées par M. A sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Neuville-Saint-Amand au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Neuville-Saint-Amand.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thérain, président,
MM. Lapaquette et Wavelet, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
F. Wavelet
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2201550 et 220157
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