vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201553 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU2 |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022 sous le n° 2201553,
M. A B, représenté par Me Montrichard et Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 100 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation du préjudice né de la pratique d'une fouille à nu qu'il a dû subir de la part de l'administration pénitentiaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a subi une fouille à nu le 2 octobre 2021 pendant sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- en l'absence de motivation de cette fouille par un comportement ou des suspicions sérieuses pesant sur lui, cette fouille à nu est aléatoire et discrétionnaire et constitue un traitement inhumain et dégradant révélateur d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice moral en lien avec cette faute doit être indemnisé à hauteur de 100 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le demande de M. B n'est pas fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.
II. Par une requête, enregistrée le 16 mai 2022 sous le n° 2201611,
M. A B, représenté par Me Montrichard et Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 100 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation du préjudice né de la pratique d'une fouille à nu qu'il a dû subir de la part de l'administration pénitentiaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a subi une fouille à nu le 8 mars 2021 pendant sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- en l'absence de motivation de cette fouille par un comportement ou des suspicions sérieuses pesant sur lui, cette fouille à nu est aléatoire et discrétionnaire et constitue un traitement inhumain et dégradant révélateur d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice moral en lien avec cette faute doit être indemnisé à hauteur de 100 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le demande de M. B n'est pas fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.
III. Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022 sous le n° 2201673,
M. A B, représenté par Me Montrichard et Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 100 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation du préjudice né de la pratique d'une fouille à nu qu'il a dû subir de la part de l'administration pénitentiaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a subi une fouille à nu le 25 novembre 2021 pendant sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- en l'absence de motivation de cette fouille par un comportement ou des suspicions sérieuses pesant sur lui, cette fouille à nu est aléatoire et discrétionnaire et constitue un traitement inhumain et dégradant révélateur d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice moral en lien avec cette faute doit être indemnisé à hauteur de 100 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car le contentieux n'est pas lié ;
- les moyens du requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.
IV. Par une requête, enregistrée le 28 juin 2022 sous le n° 2202132,
M. A B, représenté par Me Montrichard et Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 100 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation du préjudice né de la pratique d'une fouille à nu qu'il a dû subir de la part de l'administration pénitentiaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a subi une fouille à nu le 22 décembre 2021 pendant sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- en l'absence de motivation de cette fouille par un comportement ou des suspicions sérieuses pesant sur lui, cette fouille à nu est aléatoire et discrétionnaire et constitue un traitement inhumain et dégradant révélateur d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice moral en lien avec cette faute doit être indemnisé à hauteur de 100 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car le contentieux n'est pas lié ;
- les moyens du requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.
V. Par une requête, enregistrée le 29 juin 2022 sous le n° 2202137,
M. A B, représenté par Me Montrichard et Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 100 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation du préjudice né de la pratique d'une fouille à nu qu'il a dû subir de la part de l'administration pénitentiaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a subi une fouille à nu le 21 janvier 2022 pendant sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- en l'absence de motivation de cette fouille par un comportement ou des suspicions sérieuses pesant sur lui, cette fouille à nu est aléatoire et discrétionnaire et constitue un traitement inhumain et dégradant révélateur d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice moral en lien avec cette faute doit être indemnisé à hauteur de 100 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car le contentieux n'est pas lié ;
- les moyens du requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.
VI. Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2022 sous le n° 2202928,
M. A B, représenté par Me Montrichard et Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 100 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation du préjudice né de la pratique d'une fouille à nu qu'il a dû subir de la part de l'administration pénitentiaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a subi une fouille à nu le 2 avril 2022 pendant sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- en l'absence de motivation de cette fouille par un comportement ou des suspicions sérieuses pesant sur lui, cette fouille à nu est aléatoire et discrétionnaire et constitue un traitement inhumain et dégradant révélateur d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice moral en lien avec cette faute doit être indemnisé à hauteur de 100 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2022.
VII. Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022 sous le n° 2203100,
M. A B, représenté par Me Montrichard et Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 100 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation du préjudice né de la pratique d'une fouille à nu qu'il a dû subir de la part de l'administration pénitentiaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a subi une fouille à nu le 15 mars 2022 pendant sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- en l'absence de motivation de cette fouille par un comportement ou des suspicions sérieuses pesant sur lui, cette fouille à nu est aléatoire et discrétionnaire et constitue un traitement inhumain et dégradant révélateur d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice moral en lien avec cette faute doit être indemnisé à hauteur de 100 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.
VIII. Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2023 sous le n° 2300021,
M. A B, représenté par Me Montrichard et Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 200 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation du préjudice né de la pratique de deux fouilles à nu qu'il a dû subir de la part de l'administration pénitentiaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a subi des fouilles à nu les 29 avril et 7 mai 2022 pendant sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais ;
- en l'absence de motivation de cette fouille par un comportement ou des suspicions sérieuses pesant sur lui, cette fouille à nu est aléatoire et discrétionnaire et constitue un traitement inhumain et dégradant révélateur d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice moral en lien avec cette faute doit être indemnisé à hauteur de 100 euros par fouille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car le contentieux n'est pas lié ;
- les moyens du requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport, et entendu les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 17 juin 2024 dans les requêtes n°s 2201673, 2202132, 2202137 et 2300021 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
Les requêtes n°s 2201553, 2201611, 2201673, 2202132, 2202137, 2202928, 2203100 et 2300021 de M. B présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les demandes indemnitaires :
1. De première part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
2. De deuxième part, aux termes de l'article 57 de la loi n° 2009-1436 du
24 novembre 2009 pénitentiaire applicable aux faits litigieux dans les requêtes n°s 2201137, 2201902 et 2202205 : " Les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues./ Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef d'établissement peut également ordonner des fouilles dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de la personnalité des personnes détenues. Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Elles sont spécialement motivées et font l'objet d'un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l'administration pénitentiaire. / Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes./ Les investigations corporelles internes sont proscrites, sauf impératif spécialement motivé. Elles ne peuvent alors être réalisées que par un médecin n'exerçant pas au sein de l'établissement pénitentiaire et requis à cet effet par l'autorité judiciaire ". Ce texte a été codifié aux articles L. 225-1, L. 225-2 et L. 225-3 du code pénitentiaire qui est entré en vigueur le 1er mai 2022, applicable aux faits litigieux dans la requête n° 2203101. Aux termes de l'article L. 225-1 du code pénitentiaire : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement pénitentiaire sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement./Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues./Elles peuvent être réalisées de façon systématique lorsque les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire l'imposent. Dans ce cas, le chef de l'établissement pénitentiaire doit prendre une décision pour une durée maximale de trois mois renouvelable après un nouvel examen de la situation de la personne détenue ". Aux termes de l'article L. 225-2 du même code : " Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef de l'établissement pénitentiaire peut également ordonner des fouilles de personnes détenues dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de leur personnalité./ Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Elles sont spécialement motivées et font l'objet d'un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l'administration pénitentiaire ". Enfin aux termes de l'article L. 225-3 du même code : " Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes. /Les investigations corporelles internes sont proscrites, sauf impératif spécialement motivé. Elles ne peuvent alors être réalisées que par un médecin n'exerçant pas au sein de l'établissement pénitentiaire et requis à cet effet par l'autorité judiciaire ".
3. De troisième part, aux termes de l'article R. 57-7-79 du code de procédure pénale applicable aux faits litigieux dans les requêtes n°s 2201137, 2201902 et 2202205 : " Les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont mises en œuvre sur décision du chef d'établissement pour prévenir les risques mentionnés au premier alinéa de l'article 57 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes intéressées, des circonstances de la vie en détention et de la spécificité de l'établissement. / Lorsque les mesures de fouille des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont réalisées à l'occasion de leur extraction ou de leur transfèrement par l'administration pénitentiaire, elles sont mises en œuvre sur décision du chef d'escorte. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes intéressées et des circonstances dans lesquelles se déroule l'extraction ou le transfèrement ". Ce texte a été codifié à l'article R. 225-1 du code pénitentiaire qui est entré en vigueur le
1er mai 2022 et qui est applicable aux faits litigieux dans la requête n° 2203101. Aux termes de cet article : " Les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont mises en œuvre sur décision du chef de l'établissement pénitentiaire pour prévenir les risques mentionnés par les dispositions de l'article L. 225-1. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes intéressées, des circonstances de la vie en détention et de la spécificité de l'établissement. / Lorsque les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont réalisées à l'occasion de leur extraction ou de leur transfèrement par l'administration pénitentiaire, elles sont mises en œuvre sur décision du chef d'escorte. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes détenues intéressées et des circonstances dans lesquelles se déroule l'extraction ou le transfèrement ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-80 du code de procédure pénale applicable aux faits litigieux dans les requêtes n°s 2201137, 2201902 et 2202205 : " Les personnes détenues sont fouillées chaque fois qu'il existe des éléments permettant de suspecter un risque d'évasion, l'entrée, la sortie ou la circulation en détention d'objets ou substances prohibés ou dangereux pour la sécurité des personnes ou le bon ordre de l'établissement ". Ce texte a été codifié à l'article R. 225-2 du code pénitentiaire qui est entré en vigueur le
1er mai 2022 et qui est applicable aux faits litigieux dans la requête n° 2203101. Aux termes de cet article : " Les personnes détenues sont fouillées chaque fois qu'il existe des éléments permettant de suspecter un risque d'évasion, l'entrée, la sortie ou la circulation en détention d'objets ou substances prohibés ou dangereux pour la sécurité des personnes ou le bon ordre de l'établissement pénitentiaire ".
4. M. B était détenu au centre pénitentiaire de Beauvais. Il soutient qu'entre octobre 2021 et mai 2022, il a fait l'objet de fouilles à nu à neuf reprises, à la suite de parloirs ou de fouilles de cellule. Il soutient que ces mesures constituent un traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elles n'étaient ni justifiées, ni proportionnées au regard des exigences de l'article 57 précité de la loi n° 2009-1436, désormais codifié aux article L. 225-1, L. 225-2 et L. 225-3 du code pénitentiaire et des articles précités du code de procédure pénale désormais codifiés aux article R. 225-1 et R . 225-2 du code pénitentiaire. Il demande réparation du préjudice moral qu'il a subi en raison du comportement fautif de l'Etat.
5. Si les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire peuvent légitimer l'application à un détenu d'un régime de fouilles corporelles intégrales répétées, c'est à la double condition, d'une part, que le recours à ces fouilles intégrales soit justifié, notamment par l'existence de suspicions fondées sur le comportement du détenu, ses agissements antérieurs ou les circonstances de ses contacts avec des tiers et, d'autre part, qu'elles se déroulent dans des conditions et selon des modalités strictement et exclusivement adaptées à ces nécessités et à ces contraintes. Il appartient ainsi à l'administration de justifier de la nécessité de ces opérations de fouille et de la proportionnalité des modalités retenues.
En ce qui concerne les fouilles des 2 octobre 2021 (requête n° 2201553) et 8 mars 2021 (requête n° 2201611) :
6. Il résulte de l'instruction que M. B a fait l'objet de fouilles intégrales les 8 mars et 2 octobre 2021, selon ce qui ressort des décisions produites par le requérant. Le ministre, en défense, soutient, que ces fouilles sont justifiées par la circonstance qu'à l'occasion des fouilles de cellules, les détenus sont susceptibles de conserver sur eux des objets ou substances prohibées et que cela met en cause la sécurité de l'établissement. Toutefois, par ces considérations générales qui révèlent le caractère systématique des fouilles à nu dans cet établissement à la suite des fouilles de cellule, l'administration ne justifie pas en quoi, en l'espèce et pour le cas de M. B, ces fouilles étaient justifiées et proportionnées. Le requérant est donc fondé à soutenir que ces décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation, sont illégales et sont, par suite, de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Il y a lieu d'accorder au requérant en réparation du préjudice moral subi une somme de cent euros par fouille.
En ce qui concerne les fouilles des 25 novembre 2021 (requête n° 2201673),
22 décembre 2021 (requête n° 2202132), 21 janvier 2022 (requête n° 2202137), 2 avril 2022 (requête n° 2202928), 15 mars 2022 (requête n° 2203100), 29 avril et 7 mai 2022 (requête
n° 2300021) :
7. Ainsi qu'il est dit au point 5 du présent jugement, il appartient à l'administration de justifier de la nécessité des opérations de fouille et de la proportionnalité des modalités retenues. Dans les requêtes n°2201673, 2202132, 2202137, 2202928, 2203100 et 2300021, l'administration fait valoir que le profil pénal du détenu, condamné en 2019 à une peine d'emprisonnement de neuf ans dont 6 ans de période de sûreté, pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme en récidive et escroquerie, justifie une attention particulière, notamment à l'issue de parloirs familles durant lesquels des objets ou substances illicites peuvent lui avoir été transmis ou lors de fouilles de cellule, qui sont l'occasion pour le détenu de conserver sur lui des objets et substances qu'il pourra ensuite transmettre à d'autres détenus. Ces circonstances particulières justifient de la nécessité et de la proportionnalité des décisions de fouilles en litige. Ainsi, la responsabilité pour faute de l'Etat ne saurait être regardée comme engagée à raison de l'illégalité de ces fouilles. Les demandes indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de
non-recevoir opposées par le ministre dans les dossiers n° 2201673, 2202132, 2202137 et 2300021.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
8. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Pour l'application des dispositions de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
9. Il résulte de ce qui précède que les sommes allouées par le présent jugement à
M. B devront être assorties du paiement des intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle les demandes préalables indemnitaires auront été reçues par l'administration, ou à défaut à la date de leur envoi et que ces intérêts devront être capitalisés dès lors qu'il se sera écoulé au moins une année à compter de cette première date.
Sur les conclusions fondées sur les articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat les sommes que Me Montrichard et Me Ciaudo demandent en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la part contributive versée par l'Etat à l'avocat du requérant :
11. Aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles: " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire, de 40 % pour la troisième, de 50 % pour la quatrième et de 60 % pour la cinquième et s'il y a lieu pour les affaires supplémentaires ". Les requêtes n°s 2201611, 2201673, 2202132, 2202137, 2202928, 2203100 et 2300021 de M. B reposent sur des circonstances de fait identiques à celles de la requête n° 2201553 présentée par M. B, sont rédigées en termes quasi identiques et comportent des prétentions similaires. Au titre des requêtes n°s 2201611, 2201673, 2202132, 2202137, 2202928, 2203100 et 2300021, Me Ciaudo doit se voir attribuer la part contributive de l'Etat pour avoir représenté M. B dans le cadre de l'aide juridictionnelle. Par suite, la part contributive de l'Etat versée à Me Ciaudo au titre de l'aide juridictionnelle sera réduite de 30 % pour la requête n° 2201611, de 40 % pour la requête n° 2201673, de 50 % pour la requête n° 2202132 et de 60 % pour les requêtes
n°s 2202137, 2202928, 2203100 et 2300021.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme de 100 euros à M. B en réparation de son préjudice dans la requête n° 2201553. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 18 janvier 2022, ces intérêts étant capitalisés chaque année à compter du
18 janvier 2023.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser une somme de 100 euros à M. B en réparation de son préjudice dans la requête n° 2201611. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 février 2022, ces intérêts étant capitalisés chaque année à compter du
17 février 2023.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2201153 et 2201611 est rejeté.
Article 4 : Les requêtes n°s 2201673, 2202132, 2202137, 2202928, 2203100 et 2300021 de
M. B sont rejetées.
Article 5 : La part contributive de l'Etat versée à Me Ciaudo au titre de l'aide juridictionnelle sera réduite de 30 % pour la requête n° 2201611, de 40 % pour la requête n° 2201673, de 50 % pour la requête n° 2202132 et de 60 % pour les requêtes n°s 2202137, 2202928, 2203100 et 2300021 en application de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ciaudo et
Me Montrichard et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle d'Amiens.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
F. Joly
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2201553, 2201611, 2201673, 2202132, 2202137, 2202928, 2203100 et 2300021
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026