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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201555

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201555

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201555
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantDE METZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mai 2022 et le 23 mai 2022, M. C B, représenté par Me de Metz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné pour l'exécution de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise sous astreinte de 50 euros par jour de retard de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, dans le délai de 15 jours suivant le jugement à intervenir ou, à, titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me de Metz, son conseil, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 ou à lui-même en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête introduite est recevable dès lors que l'arrêté attaqué ne lui a été notifié que le 22 avril 2022 ;

- cet arrêté est entaché du vice d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'erreurs de fait et de droit, dès lors que la décision du 29 octobre 2021 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile n'était pas devenue définitive à la date de cet arrêté, par l'effet du recours qu'il a introduit devant la Cour nationale du droit d'asile ; il bénéficiait dès lors, en vertu de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un droit à se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce qu'il soit statué sur ce recours ce qui faisait obstacle à l'édiction des décisions attaquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est tardive et que M. B ne peut se prévaloir du droit au maintien sur le territoire français faute d'avoir contesté la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Binand, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 14 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 17 novembre 2001, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné pour l'exécution de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné à M. Lime, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté litigieux, délégation à l'effet notamment de signer toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/() 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Il résulte de l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le délai imparti au demandeur d'asile pour saisir la Cour nationale du droit d'asile de la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est d'un mois à compter de la notification de cette décision, sous réserve, ainsi que le précise l'article R. 532-10 de ce code, que cette notification mentionne les voies et le délai de recours. Enfin, les articles R. 531-19 et R. 532-58 de ce code disposent respectivement que la date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile qui figurent dans le système d'information prévu à l'article R. 531-18 font foi jusqu'à preuve du contraire.

4. En l'espèce, il ressort des mentions du fichier TélemOfpra produit en défense, non contredites, que la décision du 29 octobre 2021 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de M. B a été notifiée à ce dernier le 6 décembre 2021. Le délai de recours contre cette décision, qui comportait la mention exacte des voies et du délai de recours ouverts à son encontre, comme cela ressort de sa copie versée au dossier, a ainsi commencé de courir à compter du 6 décembre 2021 pour une durée d'un mois. Aussi, en l'état du dossier, le recours de M. B, qui a été enregistré le 7 avril 2022 devant la Cour nationale du droit d'asile, comme cela ressort également du fichier TélémOfpra, a été présenté au-delà du délai prévu par les dispositions de l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que la seule convocation de l'intéressé à une audience publique prévue pour l'examen de son recours ne soit de nature à établir, par elle-même, que ce délai a été interrompu avant d'être venu à son terme. Ainsi, au 12 avril 2022, date d'édiction de l'arrêté attaqué, M. B qui ne tirait plus des dispositions de l'article L. 542-1 de ce code rappelées au point précédent le droit de se maintenir sur le territoire français, entrait dans le champ d'application des dispositions du

4° de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles la préfète de l'Oise s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

5. En troisième lieu, si la préfète de l'Oise, a indiqué à tort, dans l'arrêté litigieux, que M. B n'avait formé aucun recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, cette mention ne remet pas en cause la fin du droit au maintien sur le territoire français du requérant, compte tenu de ce qui vient d'être dit, et demeure ainsi sans incidence sur la légalité de cet arrêté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète de l'Oise et à Me de Metz.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

C. ALe greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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