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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201594

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201594

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, Mme D C épouse F, représentée par la SCP Caron-Amouel-Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer le certificat de résidence sollicité ou à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation puisqu'il n'a pas été tenu compte de la promesse d'embauche dont elle dispose ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur appréciation dès lors qu'elle justifie avoir fixé de manière stable le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ;

- la préfète a méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative droits de l'enfant et commis une erreur dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation de ses enfants qui vivent et sont scolarisés en France depuis six ans et ont développé des liens solides et durables avec les membres de la famille présents sur le territoire français ;

- la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable puisque tardive ;

- les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 13 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Pereira, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C épouse F, ressortissante algérienne née le 25 avril 1977, déclare être entrée en France en juillet 2016, accompagnée de son époux et de ses quatre enfants. Par un arrêté du 31 janvier 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes (), dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Par ailleurs, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. En l'espèce, Mme F soutient qu'elle réside en France depuis bientôt six ans avec son époux et ses quatre enfants et que l'ensemble de la famille dispose d'un logement stable. Si la requérante se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité de cuisinière en contrat à durée indéterminée sous condition de régularisation de sa situation, cette circonstance, dont l'absence de mention dans l'arrêté attaqué ne suffit pas à établir l'existence d'un défaut d'examen complet de sa situation en l'absence de demande de titre de séjour fondée sur l'exercice d'une activité professionnelle ou de rejet d'une telle demande, ne saurait traduire son insertion suffisante sur le territoire français. En outre, les pièces d'identité des membres de la famille de Mme F produites au dossier ne permettent pas, à elles seules, de caractériser l'intensité des liens familiaux que la requérante entretient avec ces derniers ce alors que l'intéressée, qui s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français durant plusieurs années, n'établit, ni même n'allègue être dépourvue d'attaches privées et familiales en Algérie, où elle a par ailleurs vécu jusqu'à l'âge de 39 ans, ni qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se recompose hors de France.Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations rappelées au point 2. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et du défaut d'examen sérieux de la situation de Mme F doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, le point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Si la requérante invoque la méconnaissance des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que ses quatre enfants vivent et sont scolarisés en France depuis six ans, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de A F ne pourraient pas vivre en Algérie et y poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit au point 3, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'intensité des liens affectifs que les enfants de A F entretiendraient avec leurs grands-parents paternels, oncles, tantes et cousins présents sur le territoire français serait telle que l'arrêté attaqué porterait atteinte à leurs intérêts supérieurs. Dès lors, l'arrêté en cause, qui n'a en tout état de cause pas pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents, n'a pas méconnu les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. En troisième lieu, eu égard à ce qui précède, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle des enfants de A F. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, compte tenu de la situation personnelle de la requérante, telle qu'exposée au point 3, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la préfète de l'Oise aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en octroyant à Mme F un délai de départ volontaire de trente jours pour quitter le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C épouse F, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme B et Mme E, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

P. ELe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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