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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201595

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201595

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, Mme A D, représentée par la SCP Caron-Amouel-Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer le certificat de résidence sollicité ou à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle justifie avoir fixé de manière stable le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

- la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable puisque tardive ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 13 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Pereira, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante algérienne née le 25 octobre 2003, déclare être entrée en France en juillet 2016, accompagnée de ses parents, ses frères et sa sœur. Par un arrêté du 31 janvier 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Mme D, célibataire et sans charge de famille, soutient qu'elle réside en France depuis bientôt six ans avec ses parents, ses frères et sa sœur et que l'ensemble de la famille dispose d'un logement stable. Si la requérante soutient que sa sœur et son frère cadets sont scolarisés respectivement en CE1 et en cinquième et qu'elle est elle-même étudiante en préparation d'un baccalauréat professionnel mention vente, ces circonstances ne sauraient traduire son insertion suffisante sur le territoire français. Par ailleurs, les pièces d'identité des membres de la famille de Mme D produites au dossier ne permettent pas, à elles seules, de caractériser l'intensité des liens familiaux que la requérante et ses frères et sœur entretiendraient avec leurs grands-parents paternels, oncles, tantes et cousins présents sur le territoire, ce alors que l'intéressée n'établit, ni même n'allègue être dépourvue d'attaches privées et familiales en Algérie, ni qu'il existerait un obstacle sérieux à ce que sa vie privée et professionnelle se poursuive hors de France. Par suite, en prenant la décision attaquée, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si Mme D soutient qu'en cas d'éloignement elle serait empêchée de passer ses examens de fin d'année et perdrait alors le bénéfice d'une année de scolarité, l'intéressée, en année non diplômante de première de baccalauréat professionnel, n'établit pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'impossibilité de poursuivre ses études en Algérie en vue de l'obtention de son diplôme. Dans ces conditions, le moyen tiré de de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement attaquée sur la situation de la requérante ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce ainsi rappelées, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la préfète de l'Oise aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en octroyant à Mme D un délai de départ volontaire de trente jours pour quitter le territoire français.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme B et Mme C, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

P. CLe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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