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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201675

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201675

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 mai 2022 de la préfète de la Somme, en tant qu'il porte refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à la SCP Caron Amouel Pereira sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- en dépit de son intitulé, l'arrêté litigieux ne prononce, ni dans ses motifs ni dans son dispositif, aucune assignation à résidence, une telle mesure ne pouvant d'ailleurs être édictée sans méconnaître l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 731-1 de ce code ; dès lors la requête a été introduite dans le délai de recours contentieux de quinze jours seul applicable en vertu de l'article L. 614-5 de ce code ;

- l'erreur entachant sa date de naissance indiquée dans cet arrêté révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation par l'autorité préfectorale et ne permet pas de s'assurer de l'identité de la personne visée par les décisions qu'il contient ;

- la décision portant refus de renouvellement de sa demande d'asile est entachée d'erreur de droit dès lors que la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 mars 2022 ne présente pas un caractère irrévocable et d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu du bien-fondé de sa demande de protection internationale ;

- cet arrêté méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité des conséquences qu'il emporte sur sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant la Géorgie comme pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, la préfète de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés, en dépit de erreurs de plume dont l'arrêté est entaché s'agissant de la date de naissance de Mme C, de l'édiction d'une assignation à résidence et des voies et délais de recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 mai 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Binand, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne née le 20 février 1978, déclare être entrée en France le 31 mai 2021, accompagnée de sa fille alors âgée de 13 ans. Elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée le 27 octobre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 23 mars 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mai 2022, dont l'annulation est demandée, la préfète de la Somme a refusé de renouveler l'attestation de demandeur d'asile de Mme C, a fait obligation à celle-ci de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution d'office de son éloignement et lui interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Contrairement à l'erreur de plume affectant l'intitulé de cet arrêté, il est constant qu'aucune mesure d'assignation à résidence n'a été prononcée à cette occasion à l'encontre de l'intéressée.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'exposé suffisamment précis des motifs de droit et de fait sur lesquels la préfète de la Somme s'est fondée, de sorte que la requérante peut utilement les critiquer devant le juge de l'excès de pouvoir. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme C, l'erreur de plume affectant la date de sa naissance mentionnée dans l'arrêté litigieux, pour regrettable qu'elle soit, ne suffit ni à établir que la préfète de la Somme n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle, ni à faire naître une ambigüité sur l'identité de la personne destinataire de cet acte, alors que celui-ci mentionne le nom et le prénom de la requérante, son lieu de naissance ainsi que sa nationalité, décrit précisément le déroulement de la procédure d'asile suivie par l'intéressée et énonce les éléments propres à sa situation personnelle qui ont été pris en considération par l'autorité préfectorale. Par suite, les moyens en ce sens doivent être écartés.

4. En troisième lieu, l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que le renouvellement de l'attestation de demandeur d'asile peut être refusé lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues à l'article L. 542-1 du même code. En vertu des dispositions dudit article L. 542-1, le droit Mme C à se maintenir sur le territoire français a pris fin le 23 mars 2022, date à laquelle il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté, qu'a été lue la décision de la Cour nationale du droit d'asile statuant sur sa demande d'asile, sans qu'ait d'incidence à ce titre la circonstance que cette décision n'était pas devenue irrévocable à la date de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que la préfète de la Somme, en refusant de renouveler l'attestation de demandeur d'asile de Mme C n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit ni même d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne lui appartenait pas de se prononcer sur le bien-fondé de la demande d'asile de l'intéressée.

5. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant, qu'il s'agisse de décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi de celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

6. En l'espèce, la requérante fait valoir que sa fille souffre de troubles anxieux imputables aux violences psychologiques exercées en Géorgie par le père de celle-ci, et qu'en dépit de ces troubles sa fille poursuit avec assiduité et implication sa scolarité en classe de 5ème en France. Toutefois, il ne ressort pas de la teneur des pièces versées au dossier que la fille de Mme C ne pourrait poursuivre sa scolarité en Géorgie ni que son état de santé nécessiterait une prise en charge thérapeutique qui ne pourrait être assurée efficacement dans ce pays. Par suite, et alors que l'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme C de sa fille et qu'aucune circonstance ne fait obstacle au maintien de la cellule familiale en Géorgie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant rappelées au point précédent doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C, est célibataire, qu'elle ne séjourne en France que depuis moins d'un an à la date de l'arrêté litigieux et qu'elle n'y dispose d'aucune aucune attache privée ou familiale alors qu'elle en conserve en Géorgie. Si elle soutient qu'elle a été victime de violences par son ex-époux qui ont affecté son équilibre psychologique ainsi que celui de sa fille, et dont elle craint la réitération en cas de retour en Géorgie, elle n'établit pas, par la production de l'évaluation psychologique de sa fille et d'attestations de proches qui font état de la vindicte de son ex-époux, que les autorités géorgiennes ne pourraient pas assurer efficacement leur protection. Dans ces circonstances, la préfète de la Somme, en refusant d'admettre Mme C au séjour et en décidant son éloignement vers la Géorgie n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché ces décisions d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elles emportent. En prononçant l'interdiction de retour pendant une durée d'un an en litige, la préfète de la Somme n'a pas davantage méconnu ces mêmes stipulations ni commis d'erreur d'appréciation.

8. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, Mme C n'apporte pas d'éléments suffisants à établir le bien-fondé des craintes de subir des traitements inhumains ou dégradants dont elle fait état en cas de retour en Géorgie, alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à la préfète de la Somme et à Me Pereira.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

C. B

Le greffier,

signé

N. Verjot

La République mande et ordonne à la préfète de la Somme en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201675

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