jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201706 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DRYE DE BAILLIENCOURT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mai 2022, la société l'Encas vernolien, représentée par Me Roques, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a prononcé la fermeture de l'établissement exploité sous l'enseigne " L'Encas vernolien " situé à Verneuil-en-Halatte pour une durée d'un mois ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation du préjudice qui en résulte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que, d'une part, il ne lui a pas été précisé qu'elle pouvait formuler des observations orales ou se faire assister par un avocat dans le cadre de la procédure contradictoire préalable, et, d'autre part, il repose sur le rapport du 21 mars 2022 de la gendarmerie de Senlis, qui ne lui a pas été communiqué ;
- il méconnaît l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, dès lors qu'il n'a pas été précédé d'un avertissement préalable ;
- il repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis ;
- la mesure édictée est disproportionnée et n'était pas nécessaire à la date de son édiction ;
- la fermeture de l'établissement lui a causé un préjudice de 80 000 euros, correspondant à son chiffre d'affaires mensuel, augmenté du manque à gagner résultant de l'impossibilité de travailler pendant la fête foraine organisée sur le territoire de la commune à compter du 22 mai 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas signée ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors que la société requérante n'a pas formé de réclamation indemnitaire préalable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vanoutryve, substituant Me Roques, représentant la société l'Encas vernolien.
Considérant ce qui suit :
1. La société l'Encas vernolien exploite l'établissement du même nom situé à Verneuil-en-Halatte. Par un arrêté du 10 mai 2022, la préfète de l'Oise a prononcé la fermeture de cet établissement pour une durée d'un mois. La société requérante demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et la condamnation de l'Etat à lui verser une somme en réparation du préjudice matériel qu'elle estime avoir subi du fait de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L.122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 13 avril 2022, notifiée le 15 avril, la sous-préfète de Senlis a informé le gérant de la société requérante que l'administration envisageait de prendre une mesure de fermeture temporaire de son établissement. Ce même courrier informait l'intéressé qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations écrites dans le cadre de la procédure contradictoire. Or, la société requérante n'a pas répondu à cette lettre et n'a pas davantage demandé à présenter des observations orales. Par ailleurs, il lui appartenait de se faire assister d'un conseil si elle l'estimait utile, sans qu'une telle information dût obligatoirement être mentionnée dans la lettre précitée, laquelle visait au demeurant les dispositions précitées de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du caractère irrégulier de la procédure contradictoire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1 () / 3. Lorsque la fermeture est motivée par des actes criminels ou délictueux prévus par les dispositions pénales en vigueur, à l'exception des infractions visées au 1, la fermeture peut être prononcée par le représentant de l'Etat dans le département pour six mois. Dans ce cas, la fermeture entraîne l'annulation du permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. / 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. / 5. A l'exception de l'avertissement prévu au 1, les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration. () "
5. Les dispositions citées au point précédent n'imposaient pas à l'administration de communiquer à la société l'ensemble des pièces de la procédure avant d'ordonner la fermeture de l'établissement. Par ailleurs, s'il résulte des dispositions citées au point 2 que l'administration devait fournir à la société toutes les informations nécessaires pour qu'elle puisse utilement présenter des observations dans le cadre de la procédure contradictoire, la lettre du 13 avril 2022 résumait les faits contenus dans le rapport de la gendarmerie du 21 mars 2022 et ont permis à la société de connaître avec précision les motifs retenus par l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que le rapport de gendarmerie du 21 mars 2022 n'a pas été communiqué à la société préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise s'est fondée d'une part sur des circonstances relevant d'infractions aux lois et règlements relatifs aux débits de boissons, en l'espèce le fait d'avoir servi des boissons alcoolisées à des personnes manifestement ivres, et d'autre part sur des faits d'atteinte à l'ordre public, en l'espèce l'existence d'une altercation entre clients au sein de l'établissement, qui s'est poursuivie sur la voie publique, puis au domicile d'un tiers, sous la menace d'une arme à feu et qui avait pour origine l'alcoolisation des clients au sein de l'établissement l'Encas vernolien. Si le premier de ces motifs relève du paragraphe 1 de l'article L.3332-15 du code de la santé publique, l'existence de troubles à l'ordre public relevaient du paragraphe 2 de cet article. En l'espèce, il est constant que l'administration n'a pas adressé à la société requérante l'avertissement préalable prévu au paragraphe 1 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Toutefois, la préfète aurait pu se fonder sur le seul motif tiré de l'atteinte à l'ordre public, en application du paragraphe 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, qui justifiait à lui seul l'arrêté attaqué ainsi qu'il sera vu au point 9, sans avoir, dès lors, à le faire précéder d'un avertissement. Le moyen soulevé à ce titre doit donc être écarté.
7. En quatrième lieu, pour ordonner la fermeture temporaire du débit de boissons l'Encas vernolien, la préfète de l'Oise a retenu les faits constatés de manière circonstanciée par la gendarmerie de Senlis dans un rapport du 21 mars 2022. Ce document fait référence au procès-verbal réalisé par cette unité pour flagrance et qui a donné lieu à l'ouverture d'une procédure judiciaire. Il expose qu'une altercation s'est déroulée au sein de l'établissement entre plusieurs clients, qu'elle s'est poursuivie sur la voie publique puis au domicile d'une tierce personne, sous la menace d'une arme à feu, que le gérant a reconnu avoir servi 3 ou 4 whiskys à deux clients impliqués dans l'altercation, et qu'un autre client impliqué était également alcoolisé avant les faits. Alors que, pour contester la matérialité de ces faits, la société requérante se borne à se prévaloir de l'absence de contrôle effectif des gendarmes dans l'établissement, et minimise la portée des événements qui ont eu lieu à l'intérieur de l'établissement, ses allégations ne sont corroborées par aucune pièce. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.
8. En dernier lieu, les mesures de fermeture d'un débit de boissons prises par la préfète sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ont pour objet de prévenir des désordres liés au fonctionnement de l'établissement et présentent le caractère de mesures de police.
9. Les faits retenus au point 7 ont pour origine l'état d'alcoolisation des clients de l'établissement qui a provoqué une altercation violente, assortie de menaces avec armes blanche et à feu, et étaient de nature à troubler l'ordre public. Or, ces troubles à l'ordre public présentent un lien direct avec les conditions d'exploitation de l'établissement l'Encas vernolien, sans que la société requérante puisse se prévaloir de l'absence d'antécédents à cet égard, et pouvaient à eux seuls fonder l'arrêté attaqué. Par suite, la préfète n'a pas, en décidant la fermeture de l'établissement, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du paragraphe 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Par ailleurs, la durée de fermeture, fixée à un mois par l'arrêté attaqué, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société l'Encas vernolien doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. La société requérante ne pouvant se prévaloir d'une illégalité fautive de l'administration de nature à engager la responsabilité de l'Etat, ses conclusions indemnitaires ne peuvent être que rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société l'Encas vernolien demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société l'Encas vernolien doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de La société l'Encas vernolien est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société l'Encas vernolien et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La présidente,
Signé
C. Galle
Le rapporteur,
Signé
E. Fumagalli Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201706
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026