vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201715 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 24 mai, le 28 juillet 2022, 9 janvier et 10 janvier 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 avril 2022, par laquelle le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour d'une validité de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa situation, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que le préfet de l'Aisne a méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en considérant qu'il ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes sur une période de trois ans précédant sa demande.
Par des mémoires, enregistrés les 18 juillet et 12 août 2022, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen n'est pas fondé.
Par une ordonnance du 20 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
24 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Le Gars, conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 1er septembre 1990, est entré sur le territoire français le 28 septembre 2018, sous couvert d'un visa de long séjour. L'intéressé est titulaire d'un titre de séjour mention " salarié " valable du 18 septembre 2020 au 17 septembre 2024. Le 7 mars 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour de dix ans. Par la présente requête,
M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 29 avril 2022, par laquelle le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer ce titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié". / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. / Les autres ressortissants tunisiens ne relevant pas de l'article 1er du présent accord et titulaires d'un titre de séjour peuvent également obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans s'ils justifient d'une résidence régulière en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence professionnels ou non, dont ils peuvent faire état et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Ces titres de séjour confèrent à leurs titulaires le droit d'exercer en France la profession de leur choix. Ils sont renouvelables de plein droit ".
3. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A réside régulièrement sur le territoire français depuis le 28 septembre 2018. Le requérant se prévaut d'une lettre du Président de la société Ant Consulting attestant qu'il est salarié de la société en qualité d'ingénieur informatique depuis le 15 octobre 2018. Il ressort de son avis rectificatif d'impôt sur le revenu de l'année 2019 et de ses avis d'impôt sur le revenu au titre des années 2020 et 2021 que M. A a perçu des salaires nets annuels de 15 272 euros en 2019,
28 862 euros en 2020 et 22 808 euros en 2021. En conséquence, M. A doit être regardé comme établissant par les pièces qu'il produit la stabilité de son activité professionnelle, laquelle lui procure des revenus suffisants au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Dans ces conditions, eu égard à la stabilité et au niveau de ses ressources depuis le mois d'octobre 2018, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour de dix ans à raison de son insuffisance de ressources au sens des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, le préfet de l'Aisne méconnu ces stipulations.
4. Il résulte de ce qui précède que la décision du 29 avril 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement implique que l'administration procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 avril 2022 par laquelle le préfet de l'Aisne a refusé de délivrer un titre de séjour de dix ans à M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aisne de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thérain, président,
Mme Rondepierre, première conseillère,
M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Le Gars
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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