jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CATHERINE PINCHON - STEPHANIE CACHEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2022, M. B E, représenté par la SCP C. Pinchon - S. Cacheux - A. Berthelot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en tant que son article 1er ajoute une condition non prévue par la loi relative au chef d'exploitation à titre secondaire et en tant que ses articles 3 et 4 ne fixent pas les coefficients d'équivalence pour les productions animales hors sol ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet de la région Hauts-de-France a autorisé Mme C à exploiter les parcelles cadastrées ZB 19, ZB 122, ZB 158, ZB 159, ZB 161 et ZB 224 situées sur le territoire de la commune de Villers-le-Sec ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie du 29 juin 2021 aurait dû être révisé avant le 29 juin 2021 et faute pour l'administration d'y avoir procédé dans le délai, l'arrêté du 23 mars 2022 est dépourvu de base légale ;
- l'arrêté du 23 mars 2022 est illégal par voie d'exception dès lors qu'il a été pris en application de l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie qui méconnaît le II de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime en ce qu'il ne fixe aucune équivalence à la surface agricole pour les productions hors-sol, et dont l'article 1er ajoute illégalement une condition restrictive à l'installation des agriculteurs en n'attribuant que 0,5 unité de travail agricole non salarié (UTANS) au chef d'exploitation à titre secondaire ;
- l'arrêté attaqué doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2016 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne le caractère indispensable des parcelles litigieuses sur la viabilité de l'exploitation de Mme C.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, Mme A C, représentée par Me de Limerville, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 juin 2016 sont tardives et par suite irrecevables ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet de la région Hauts-de-France, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- et les conclusions de M. Wavelet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 mars 2022, le préfet de la région Hauts-de-France a autorisé Mme C à exploiter les parcelles cadastrées ZB 19, ZB 122, ZB 158, ZB 159, ZB 161 et ZB 224 situées sur le territoire de la commune de Villers-le-Sec (Aisne) appartenant à M. E. M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et de l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie :
2. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".
3. Par un arrêté du 29 juin 2016, publié le 30 juin 2016, le préfet de la région Nord Pas-de-Calais Picardie a édicté le schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie (SDREA). Cet arrêté, qui revêt un caractère réglementaire, est devenu définitif et ne peut donc plus faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de cet arrêté sont tardives et donc irrecevables. La fin de non-recevoir opposée en défense par Mme C doit, par suite, être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 23 mars 2022 :
4. En premier lieu, aux termes de L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime : " () Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent article, notamment les modalités d'élaboration et de révision du schéma directeur régional des exploitations agricoles. " Aux termes de l'article R.312-2 du même code : " Le schéma directeur régional des exploitations agricoles est arrêté par le préfet de région ()
Le schéma directeur régional des exploitations agricoles est révisé au plus tard tous les cinq ans (). ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a enregistré le dossier de demande d'autorisation d'exploiter de Mme C le 26 novembre 2021. Par son arrêté du 23 mars 2022, le préfet de région a donc fait application du SDREA en vigueur à cette date, soit celui issu de l'arrêté du 29 juin 2016, qui continuait à régir l'instruction des demandes faites antérieurement à l'entrée en vigueur de l'arrêté du 13 juillet 2022 portant SDREA des Hauts-de-France, qui s'y est substitué. La seule circonstance que la révision du SDREA de 2016 n'ait pas eu lieu dans la période de cinq ans fixée par l'article R. 312-1 du code rural et de la pêche maritime est sans incidence l'application de l'arrêté du 29 juin 2016 qui est resté en vigueur jusqu'à l'entrée en vigueur du SDREA du 13 juillet 2022. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale.
6. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application de cet acte réglementaire ou s'il en constitue la base légale. Une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte.
7. Le requérant se prévaut d'une part de l'illégalité par voie d'exception de l'arrêté du 29 juin 2016 dès lors qu'il ne fixe pas des équivalences à la surface régionale moyenne pour les productions hors sol, en méconnaissance du II de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles dont Mme C a demandé l'autorisation d'exploitation sont des parcelles cultivées " en nature de terre " et qu'aucun atelier de production hors sol n'est mentionné. Par suite, l'illégalité dont se prévaut M. E est sans lien avec l'arrêté attaqué du 23 mars 2022 et ce moyen doit donc être écarté.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime : " () Le schéma directeur régional des exploitations agricoles peut déterminer l'ordre des priorités en affectant une pondération aux différents éléments pris en compte () ". Aux termes de l'article R.312-3 du même code : " Pour fixer le seuil de surface mentionné au II de l'article L. 312-1, le schéma directeur régional des exploitations agricoles prend en compte soit la surface agricole utile moyenne toutes productions confondues, soit la surface agricole utile moyenne par classe d'orientation technico-économique des exploitations particulières, au sens du b de l'article 2 du règlement (CE) n° 1217/2009 du Conseil du 30 novembre 2009 portant création d'un réseau d'information comptable agricole sur les revenus et l'économie des exploitations agricoles dans l'Union européenne, fixées au niveau régional lors du dernier recensement agricole ou, le cas échéant, par l'enquête sur les structures des exploitations agricoles réalisée à la suite de ce recensement () ".Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 29 juin 2016 susvisé : " () UTANS : unité de travail annuel non salariée : évaluation : () associé d'exploitation à titre principal 1 UTANS ; chef d'exploitation ou associé d'exploitation à titre secondaire 0,5 UTANS () ".
9. Contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions du SDREA du 29 juin 2016, qui affectent une pondération de 0,5 " unité de travail manuel non salarié " (UTANS) au cas du chef d'exploitation ou de l'associé d'exploitation à titre secondaire, n'ajoutent pas une condition restrictive à l'installation des agriculteurs et ne méconnaissent pas les dispositions citées au point 8 du code rural et de la pêche maritime, qui autorisent le schéma directeur à fixer l'ordre des priorités en affectant une pondération aux différents éléments pris en compte.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles () quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. Ce contrôle a aussi pour objectifs de : 1° Consolider ou maintenir les exploitations afin de permettre à celles-ci d'atteindre ou de conserver une dimension économique viable au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles () ".
11. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 29 juin 2016 : " Ordre de priorités - () 1° Installation à titre principal d'agriculteurs qui remplissent les conditions pour prétendre aux aides () ou reprise à titre principal de l'exploitation () en cas de départ à la retraite de l'exploitant () afin de maintenir l'entité économique () 6° Agrandissement et maintien de la surface entre 1,5 et 2 fois (inclus)/UTANS le seuil de contrôle après reprise, le cas échéant ". Aux termes de l'article 4 du même arrêté : " Fixation des seuils de contrôle : " 1° Seuils de surface : Le seuil retenu correspond à 94 % de la SAU moyenne régionale toutes productions confondues. Il est de 90 ha après opération () ".
12. Par l'arrêté litigieux, le préfet de région a autorisé Mme A C à devenir associée exploitante au sein de l'EARL des onze élus, dont ses parents détenaient jusqu'à cette date les parts sociales, et a retenu qu'elle remplissait les conditions du rang de priorité n°1 fixé par le SDREA. Il ressort des pièces du dossier qu'après opération Mme C disposerait d'une exploitation totale de 174 ha 82 ca 15 ca et qu'elle est devenue gérante de la société familiale dans laquelle elle a vocation à assurer la reprise des exploitations familiales. Il est également constant qu'elle remplit les conditions pour prétendre aux aides à l'installation. M. E exploite à la date de l'arrêté attaqué 62 ha 43 a 35 ca à titre secondaire. En application des critères de pondération, le requérant exploiterait après opération 159 ha 28 a 70 ca, soit entre 1,5 et 2 fois le seuil de contrôle fixé à 90 ha. C'est donc à bon droit que le préfet a retenu le rang de priorité n° 6 pour M. E. Dans ces conditions, et compte tenu de l'objet fixé par l'article L. 331-1 tendant à favoriser l'installation d'agriculteurs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur d'appréciation. Par ailleurs, si le requérant soutient que c'est à tort que le préfet a estimé que les parcelles faisant l'objet de la demande de Mme C constituent une part de foncier indispensable à la viabilité du projet d'installation cette dernière au sens de l'EARL des Onze élus, ce motif de l'arrêté attaqué est surabondant dès lors que l'application de l'ordre des priorités suffisait, ainsi qu'il a été dit, à justifier légalement l'octroi de l'autorisation d'exploiter à Mme C. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. E la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : M. E versera à Mme C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme A C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La présidente,
signé
C. Galle
Le rapporteur,
signé
E. Fumagalli Le greffier,
signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026