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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201753

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201753

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2022, M. C E, représenté par Me Homehr, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 1er février 2022 par laquelle le président de la commission du conseil de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens lui a infligé la sanction de placement en cellule disciplinaire pour une durée de vingt jours dont dix avec un sursis actif pendant six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale dès lors que l'auteur du compte-rendu d'incident ne peut pas être identifié et qu'il n'est pas établi qu'il n'aurait pas siégé en tant qu'assesseur à la commission de discipline ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis dès lors qu'il n'est pas établi que la substance retrouvée lors de la fouille était un produit stupéfiant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,

- et les conclusions de M. Wavelet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, incarcéré à la maison d'arrêt d'Amiens, a fait l'objet d'une procédure disciplinaire à l'issue de laquelle le président de la commission de discipline a prononcé à son encontre, le 1er février 2022, la sanction du placement en cellule disciplinaire pour une durée de vingt jours dont dix avec sursis actif pendant six mois. L'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Par une décision du 18 mars 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lille a confirmé expressément cette sanction. M. E demande l'annulation de cette dernière décision.

2. En premier lieu, eu égard au caractère règlementaire des actes de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de tels actes alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, la décision attaquée a été signée par M. A D, directeur des services pénitentiaires, chef du département de la sécurité et de la détention au sein de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lille. Ce dernier disposait d'une délégation à cet effet en vertu de la décision de Mme B, directrice interrégionale des services pénitentiaires, en date du 2 septembre 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais le 9 septembre 2019, à l'effet de signer " les décisions faisant suite aux recours administratifs préalables formés par les personnes détenues en matière disciplinaire ". Par suite, M. D pouvait légalement signer la décision attaquée et le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. " Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative. " En application de l'article R. 57-7-8 du même code alors en vigueur : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal judiciaire territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal judiciaire ". L'article R. 57-7-13 du même code alors en vigueur dispose que : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ". L'article R. 57-7-14 du même code alors en vigueur dispose que : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. () ".

4. Les décisions prises sur le recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l'objet d'un recours contentieux. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à leur encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions initiales qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.

5. Il résulte des dispositions citées au point 4 que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement, qui ne peut être ni l'auteur du compte rendu établi à la suite d'un incident, ni l'auteur du rapport établi à la suite de ce compte rendu, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline. De plus, la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire, alors même qu'il ne dispose que d'une voix consultative, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un compte-rendu d'incident a été rédigé le 21 octobre 2021 à 16 heures 30 par un agent qui avait la qualité de surveillant. Il ressort des pièces produites en défense, notamment de ce compte rendu d'incident et de la feuille d'émargement de la commission de discipline du 1er février 2022, que le prénom du rédacteur du compte rendu d'incident commence par " J " et son nom de famille par " DE ", et que les deux assesseurs siégeant à la commission de discipline de la maison d'arrêt étaient une surveillante pénitentiaire dont le nom de famille commence par les lettres Pa et M. Devillers, assesseur externe. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, il est établi que l'auteur du compte-rendu d'incident n'a pas siégé à la commission de discipline. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'un vice de procédure et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale doit être écarté.

7. En dernier lieu, l'administration s'est fondée sur la circonstance que M. E a été découvert le 21 octobre 2021 en possession de 92 gammes de substances s'apparentant à de la réside de cannabis. Il ressort du rapport d'enquête que l'intéressé a lui-même reconnu les faits et précisé qu'il avait " remonté le colis car il voulait du tabac et avoir un petit morceau de shit pour [sa] consommation personnelle ". Pour contester la matérialité des faits, le requérant soutient que le caractère illicite de la substance n'est pas établi, faute pour l'administration d'avoir procédé à un test permettant de le prouver. Toutefois, ces seules allégations ne sont pas de nature à remettre en cause les faits qui sont ainsi matériellement établis. Le moyen afférent doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Homehr.

Copie en sera adressée à la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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