mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201891 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. B C, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français pour rejoindre la Grèce ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle
- l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe la Grèce comme pays de destination, méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive et par suite irrecevable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 30 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 septembre 2023 à 12 heures.
Par un courrier du 27 juin 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'invitation à quitter le territoire français pour rejoindre la Grèce.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle, rapporteure,
- et les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant érythréen né le 8 mai 1988, est entré sur le territoire français en 2021. Le 7 juin 2021, il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et du droit d'asile le 4 avril 2022 au motif qu'il était déjà titulaire d'une protection internationale en Grèce. Par un arrêté du 9 mai 2022 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a rejeté la demande de titre de séjour que M. C lui avait adressée sur le fondement des articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a invité à rejoindre la Grèce.
Sur les conclusions de la requête :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions internationales, légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment les articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de la situation personnelle de l'intéressé que la préfète a pris en considération, dont la circonstance que l'Office français de protection des réfugiés et du droit d'asile a jugé, le 4 avril 2022, irrecevable sa demande d'asile dès lors que l'intéressé s'est vu reconnaitre le statut de réfugié en Grèce et qu'il n'a pas été autorisé à s'établir sur le territoire français. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée. Ainsi, par exemple, un moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui du recours formé contre une décision de refus motivée uniquement par le rejet de la demande d'asile ou de la protection subsidiaire.
5. Il résulte de ce qui précède que M. C ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 3, ou de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision de refus de titre de séjour sur sa situation personnelle et familiale, dès lors que l'arrêté attaqué se borne à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité de réfugié et sur le fondement des articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé ni même examiner si le refus porte atteinte à son droit au respect à sa vie privée et familiale, et que cet arrêté ne comporte pas d'obligation de quitter le territoire français.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'invitation à quitter le territoire français pour rejoindre la Grèce :
7. Lorsque le refus de titre de séjour ou le retrait de titre de séjour opposé à la demande d'un étranger s'accompagne d'une invitation à quitter le territoire français, cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus ou de retrait de titre ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas, dès lors, une décision susceptible de recours.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté attaqué en tant qu'il invite le requérant à quitter le territoire français pour rejoindre la Grèce sont irrecevables et doivent être rejetées.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :
10. En application de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle () est retiré () dans les cas suivants : () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable ". L'article 51 précise que : " Le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle, excepté dans le cas mentionné au 4° de l'article 50, où il est prononcé par la juridiction saisie ". Aux termes des deux derniers alinéas de l'article 65 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Lorsque la procédure engagée par le bénéficiaire de l'aide a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable, le retrait est prononcé par la juridiction saisie qui en avise le bâtonnier et le bureau d'aide juridictionnelle. / Le retrait entraîne l'obligation, pour le bénéficiaire, de rembourser le montant des frais exposés par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. "
11. Il résulte des termes mêmes de la décision attaquée du 9 mai 2022 que la préfète a seulement entendu refuser à M. C, dont la demande d'asile a été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA au motif qu'il bénéficie d'une protection internationale en Grèce, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'asile, et que cette décision n'interrompt pas l'instruction de toute demande de titre de séjour sur un autre fondement que le droit d'asile et dont l'instruction serait en cours. Cet arrêté n'est pas assorti d'une obligation de quitter le territoire français mais d'une seule invitation à rejoindre la Grèce. Par suite, eu égard aux effets très limités de la décision préfectorale attaquée sur la situation de l'intéressé, en se bornant à demander l'annulation d'un tel arrêté par les trois moyens analysés ci-dessus, la requête présentée pour M. C doit être regardée comme abusive. Il y a lieu, en application des dispositions citées au point 10, de retirer à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. C.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Tourbier et à la préfète de l'Oise.
Copie en sera adressée au bâtonnier de l'ordre des avocats au barreau d'Amiens, et au bureau d'aide juridictionnelle.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Galle, présidente-rapporteure,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.
L'assesseur le plus ancien,
signé
E. Fumagalli
La présidente-rapporteure,
signé
C. Galle
Le greffier,
signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2201891
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026