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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201892

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201892

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, Mme C B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, et l'a invitée à rejoindre la Grèce ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller ;

- et les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante érythréenne née le 1er janvier 1987 est arrivée en France le 1er mars 2021. Sa demande d'asile, déposée le 8 juin 2021, a été rejetée par une décision d'irrecevabilité du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 4 avril 2022. Par un arrêté du 9 mai 2022, dont Mme B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile et l'a invitée à rejoindre la Grèce, où elle est légalement admissible.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne que la demande d'asile de Mme B a été rejetée comme irrecevable au motif qu'elle bénéficie d'une protection internationale en Grèce et que cette circonstance fait obstacle à la délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié. Par suite, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments propres à la situation personnelle de la requérante, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B et son mari, également ressortissant érythréen, sont arrivées en France en 2021 après avoir obtenu chacun une protection internationale dans un autre Etat membre de l'Union européenne, la Grèce. Le couple a donné naissance le 24 avril 2021 à une fille, la jeune A, née à Compiègne (Oise), qui a obtenu le statut de réfugié statutaire le 24 juin 2022, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. A la date de l'arrêté attaqué, la requérante, dont l'arrivée en France était récente, et dont l'époux s'est également vu refuser le bénéfice de l'asile en France, n'établit pas qu'elle ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale hors de France. Par suite, alors qu'elle bénéficie de la protection internationale en Grèce, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de Mme B doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. En l'espèce, la préfète de l'Oise s'est bornée à inviter Mme B à rejoindre la Grèce. Cet acte, qui est la conséquence nécessaire de la décision lui refusant le séjour au titre de l'asile ne fait pas par elle-même grief à l'intéressée. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer à l'encontre de cette décision les stipulations citées au point précédent. Par suite, ce moyen est inopérant et doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision invitant la requérante à rejoindre la Grèce. Les conclusions présentées à fin d'injonction et sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la préfète de l'Oise et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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