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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201914

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201914

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBESTAUX BONVOISIN MATRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 13 juin 2022, 21 septembre 2023 et 12 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Matray, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 13 avril 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a refusé de procéder à la réévaluation de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) à compter du 1er septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui verser le montant correspondant à une indemnité de fonctions, du sujétions et d'expertise recalculée ou, à défaut de réexaminer la revalorisation de cette indemnité et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande de revalorisation de cette indemnité ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 4 633, 24 euros au titre de la revalorisation de l'IFSE qui lui était due ou, à défaut, au titre du préjudice matériel et financier subi, assortie des intérêts à compter du 8 mars 2022 et de leur capitalisation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors que le socle indemnitaire retenu par l'administration pour le calcul de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est celui des greffiers des services judiciaires, son corps d'origine, et non celui des secrétaires administratifs, son corps d'accueil durant sa période de détachement ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application de la même note du 4 août 2021 relative à la gestion de l'IFSE des corps interministériels, corps à statut commun et emplois relevant du ministère de la justice dans le cadre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP), dès lors qu'il avait droit au cumul des montants forfaitaires de revalorisation automatique du montant de son IFSE, compte tenu de son changement de fonctions vers le groupe 1 alors qu'il se trouvait préalablement dans le groupe 3 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de la circulaire du 14 novembre 2017, dès lors qu'il avait droit à une majoration brute annuelle du montant de son IFSE à hauteur de 1 000 euros à compter du 1er septembre 2020, date de son affectation en qualité de responsable du greffe de la maison d'arrêt d'Amiens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'indemnisation sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 février 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le code de justice administrative.

- la circulaire n° NOR : JUST1732535C du 14 novembre 2017 relative à la gestion de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise des corps interministériels et corps à statut commun relevant du ministère de la justice dans le cadre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel ;

- la note n° NOR : JUST2124199N du 4 août 2021 relative à la gestion de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise des corps interministériels, corps à statut commun et emplois relevant du ministère de la justice dans le cadre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,

- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, agent titulaire du corps des greffiers des services judiciaires exerçant ses fonctions au tribunal judiciaire de Rouen, a été détaché dans le corps des secrétaires administratifs pour une période d'un an par un arrêté du 21 juillet 2020, afin d'y exercer les fonctions de chef du greffe de la maison d'arrêt d'Amiens à compter du 1er septembre 2020. Par un arrêté du 7 juillet 2021, il a été intégré dans le corps des secrétaires administratifs du ministère de la justice à compter du 1er septembre 2021. Par une demande du 8 mars 2022, le requérant a demandé la revalorisation de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) qui lui a été attribuée à compter 1er septembre 2020, ce qui lui a été refusé par une décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille du 13 avril 2022, dont il demande au tribunal de prononcer l'annulation, outre l'indemnisation du préjudice financier subi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 2 du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions, et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions () ". Selon l'article 3 du même décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise fait l'objet d'un réexamen : 1° En cas de changement de fonctions ; 2° Au moins tous les quatre ans, en l'absence de changement de fonctions et au vu de l'expérience acquise par l'agent ; 3° En cas de changement de grade à la suite d'une promotion ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des bulletins de salaires de l'intéressé, que M. B a perçu à compter du 1er septembre 2020, date à laquelle il exerçait les fonctions de chef du greffe de la maison d'arrêt d'Amiens, une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise à hauteur, après régularisation en janvier 2021, d'un montant mensuel de 291, 67 euros. Ce montant correspond, ainsi qu'il ressort d'ailleurs d'un courrier électronique du 4 janvier 2021 de son administration, au montant annuel de cette indemnité applicable à ses anciennes fonctions de greffiers au tribunal judiciaire de Rouen, soit

441, 67 euros par mois et donc 5 300 euros par an, affecté d'un coefficient de 0,5 point à raison de sa perception d'une autre indemnité à compter de la prise de ses nouvelles fonctions, soit 2 650 euros par an et 220, 83 euros par mois, auquel a été ajoutée l'indemnité supplémentaire réservée aux chefs de greffe de 850 euros par an et 70, 83 euros par mois, soit un total de

291, 66 euros mensuel, qui moyennant un arrondi au centième supérieur, correspond de fait au montant, mentionné ci-dessus, effectivement perçu par l'intéressé à compter du 1er septembre 2020. Il s'ensuit qu'en dépit des assertions résultant de la décision attaquée et du mémoire en défense de l'administration aux termes desquels le montant annuel retenu était bien celui qui était applicable à ses nouvelles fonctions, soit 6 000 euros pour 2020, M. B est fondé à soutenir que l'IFSE qui lui a effectivement été versée à compter du 1er septembre 2020 n'a pas été calculée sur le fondement du montant annuel applicable aux nouvelles fonctions qu'il exerçait à compter de cette date, mais sur celui de 5 300 euros applicable à ses anciennes fonctions et résulte en conséquence d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens qu'il présente à l'appui de ses conclusions, l'annulation de la décision du 13 avril 2022 refusant de réévaluer le montant de l'IFSE qui lui a été servie à compter du 1er septembre 2020.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

6. Aux termes de sa demande du 8 mars 2022 et alors même qu'elle était dénommée "demande indemnitaire préalable", M. B s'est borné à demander à la revalorisation de son IFSE et n'a pas demandé l'indemnisation du préjudice en résultant. Dès lors qu'il est constant que M. B n'a pas adressé d'autre demande à son employeur, le garde des sceaux, ministre de la justice, est fondé à opposer aux conclusions indemnitaires tendant à la réparation du préjudice que M. B soutient avoir subi à raison du versement d'un montant d'IFSE erroné, une fin de non-recevoir tirée de ce qu'elles n'ont pas fait l'objet d'une demande préalable ayant donné lieu à une décision administrative. Si enfin M. B a également présenté des conclusions pécuniaires tendant au versement du montant d'IFSE qu'il estime correct, ces conclusions, distinctes des précédentes, n'ont été présentées qu'aux termes de son mémoire complémentaire du 12 janvier 2024, soit au-delà du délai de recours contentieux de deux mois qui courrait au plus tard à la date d'enregistrement de la requête et sont donc tardives.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus aux points 3 et 4, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, à la réévaluation du montant de l'IFSE servie à M. B à compter du 1er septembre 2020.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille du 13 avril 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. Rondepierre

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

2201914

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