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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201921

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201921

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFERRERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2022, Mme C A épouse B, représentée par Me Ferrero, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 avril 2022 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de la durée de sa présence en France, des attaches familiales dont elle y dispose et de son insertion professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre une décision portant obligation de quitter le territoire français alors qu'aucune mesure d'éloignement n'a été édictée à l'encontre de Mme B.

Par ordonnance du 25 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

22 février 2024

Mme B a présenté des observations enregistrées le 12 avril 2024 qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pierre.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 26 novembre 1972, déclare être entrée en France en 2019 après avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le

16 mai 2017. Elle a sollicité le 21 janvier 2022, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a toutefois été refusée par la décision attaquée de la préfète de l'Oise du 22 avril 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, détaille la situation de Mme B par des considérations qui lui sont propres et expose notamment les motifs pour lesquels la carte de résident sollicitée est refusée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux.

5. Alors qu'il ressort du formulaire de demande de titre de séjour de Mme B que celle-ci a sollicité la délivrance d'une carte de résident au titre d'un regroupement familial, elle ne saurait utilement se prévaloir d'une méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel sa demande de titre de séjour n'était pas fondée et dont la préfète ne s'est pas saisie d'office.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1o Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2o Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme B, ainsi qu'il a été dit, a sollicité une carte de résident en application des dispositions de l'article L. 423-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui concerne le conjoint du titulaire d'une carte de résident autorisé à entrer en France au titre d'une mesure de regroupement familial. Elle n'a toutefois pas bénéficié d'une telle autorisation qu'il est loisible à son époux de demander. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que si le couple a une enfant, celle-ci est aujourd'hui majeure. Par suite, alors même que

Mme B est présente en France depuis 2019 selon ses dires, après un premier séjour en 2016, et qu'elle dispose d'un emploi, le refus d'une carte de résident qui lui a été opposé ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme B doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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