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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201946

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201946

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2022, M. A B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'autorité de la chose jugée du jugement du tribunal administratif d'Amiens du 14 octobre 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été transmise à la préfète de la Somme qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 août 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 24 novembre 1986, a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 5 octobre 2020, la préfète de la Somme a rejeté cette demande. Par un jugement du 25 mars 2021, le tribunal a annulé l'arrêté de la préfète de la Somme du 5 octobre 2020 et a enjoint à cette dernière de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B. Après avoir procédé à ce réexamen, la préfète de la Somme a, par un nouvel arrêté du 11 juin 2021, refusé de délivrer à M. B un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté du 11 juin 2021 a été annulé par le tribunal, par un jugement du 14 octobre 2021, qui a enjoint à la préfète de la Somme de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de l'intéressé. Après avoir procédé à ce réexamen, la préfète de la Somme a, par un nouvel arrêté du 16 mai 2022, refusé à nouveau de délivrer à M. B un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M B demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de lui délivrer un certificat de résidence algérien.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'autorité de chose jugée s'attachant au dispositif d'un jugement, devenu définitif, annulant une décision administrative ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire fait obstacle à ce que, en l'absence de modification de la situation de droit ou de fait, l'administration puisse prendre une décision identique.

3. Par jugement du 14 octobre 2021 passé en force de chose jugée, le tribunal administratif d'Amiens a annulé l'arrêté du 11 juin 2021 par lequel la préfète de la Somme a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ce jugement était motivé par l'absence d'établissement par l'administration d'un comportement de l'intéressé constitutif d'une menace pour l'ordre public. L'arrêté attaqué du 16 mai 2022 se borne, pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour au motif de l'existence d'une menace à l'ordre public, à se fonder sur des faits identiques à ceux invoqués dans l'arrêté du 11 juin 2021, soit les faits de vente frauduleuse au détail de tabac manufacturé sans qualité de débitant de tabac, de revendeur ou d'acheteur revendeur commis le 8 mai 2016, de recel de bien provenant d'un vol commis le 1er septembre 2016, de viol sur conjoint commis le 15 décembre 2018, de vol à l'étalage commis le 10 avril 2019, de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours avec port sans motif légitime d'une arme blanche ou incapacitante de catégorie D commis le 12 juillet 2019 et de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance commis le 1er octobre 2020. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui oppose à nouveau l'existence d'un comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public en se fondant sur des faits identiques à ceux qui ont fondé l'arrêté du 11 juin 2021, dont la matérialité n'a pas été reconnue par le jugement du 14 octobre 2021, méconnaît l'autorité de la chose jugée.

4. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est parent de trois enfants de nationalité française, nés en 2018, 2019 et 2021 et que sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants doit être présumée du fait de la communauté de vie de l'intéressé avec la mère de ses enfants et ces derniers, selon les termes mêmes de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, c'est à tort que, pour refuser la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", la préfète de la Somme s'est également fondée, pour rejeter la demande de titre de séjour, sur le défaut de démonstration par l'intéressé de l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine, qui n'est pas une condition requise par les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour l'obtention du titre sollicité. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que la préfète a méconnu ces stipulations.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

7. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Somme de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Somme du 16 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. Pellerin

La présidente,

Signé

C. GalleLa greffière,

Signé

T. Petr

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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