jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201975 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BLUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 juin 2022 et 17 novembre 2023, l'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches (AAVE) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a délivré à la commune de Chambly une autorisation environnementale pour la réalisation de l'extension du stade de football Walter Luzi ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune de Chambly une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la présente requête est recevable, dès lors qu'elle justifie de son intérêt à agir et de la qualité de son président à ester en justice ;
- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le conseil municipal de la commune de Chambly n'a pas été consulté et n'a pas émis d'avis sur la demande d'autorisation environnementale ;
- l'évaluation environnementale est incomplète dès lors qu'elle ne prend pas en compte la réalisation de la halle des sports qui constitue le même projet que l'extension du stade ;
- l'étude d'impact est incomplète et erronée dès lors que l'extension du stade affecte un terrain d'assiette d'une surface de 10,2 hectares et non de 7,8 hectares et qu'elle ne prend pas en compte la réalisation d'un fossé d'évacuation des eaux situé en bordure du terrain de football ;
- l'étude d'impact n'a pas vérifié, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, la présence de zones humides au sein des terrains affectés par le projet et situés sur la rive gauche de l'Esches, notamment sur les parcelles AR.1, AR.2 et AR.3, alors que des indices concordant permettent d'en déceler la présence et n'a pas, dès lors, évalué les conséquences du projet sur celles-ci ;
- l'étude d'impact ne comporte pas, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, de description du site avant travaux, ce qui rend impossible la détermination de l'impact de ces derniers sur l'environnement et des compensations à mettre en œuvre ;
- l'étude d'impact ne comporte pas, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, de description de l'évolution probable de l'environnement du site en l'absence de mise en œuvre du projet ;
- l'étude d'impact ne comporte pas, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, de description des solutions de substitution raisonnables et des principales raisons du choix effectué ;
- l'étude d'impact donne des informations erronées et imprécises sur les quantités et l'origine des déblais utilisés pour réaliser le projet ;
- l'étude d'impact donne, en méconnaissance de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, des informations erronées et imprécises sur les incidences du projet sur les eaux de la zone affectée dès lors que le plan d'eau du Mesnil Saint-Martin et les remontées de la nappe phréatique n'ont pas été pris en compte, que l'annexe 4 de l'étude d'impact relatives aux divers éléments techniques prévus dans le système de gestion des eaux de surface collectées comportent des erreurs et des incohérences et que le système présenté comme collectant des eaux de ruissellement permet de fait le rabattement des remontées de nappes ;
- l'étude d'impact donne, en méconnaissance de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, des informations erronées et imprécises sur l'imperméabilisation des terrains induite par le projet et les risques d'inondation qui en découlent et ne présente pas de mesure de nature à les éviter et les réduire, alors que la commune de Chambly a été affectée le 2 juin 2021 par des coulées de boue ;
- le commissaire enquêteur n'a pas mentionné dans son rapport les remarques quant à la zone humide située sur la rive gauche de l'Esches et leur a opposé une étude pédologique de 2018 qui n'a pas été soumise au public ;
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors que l'extension du stade affecte un terrain d'assiette d'une surface de 10,2 hectares et non de 7,8 hectares et qu'il ne prend pas en compte la réalisation d'un fossé d'évacuation des eaux situé en bordure du terrain de football ;
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il ne prend pas en compte la réalisation de la halle des sports qui constitue le même projet que l'extension du stade ;
- l'arrêté attaqué est incompatible avec les dispositions D.6.83 du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Seine-Normandie 2016-2021 dès lors que la réalisation d'une zone humide à hauteur de 150 % de la surface perdue, soit 64 887 m², aurait dû être prévue en compensation de la réalisation du projet ;
- les mesures de compensation prévues sont insuffisantes dès lors notamment que la taille et la localisation de la zone MC1 ne lui permettent pas de compenser les pertes induites par le projet et que les fonctionnalités de la zone MC 2 ne sont pas correctement évaluées ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 163-1 du code de l'environnement dès lors que les compensations prévues ne comprennent pas celles relatives aux atteintes antérieures à la reprise des travaux et que leur réalisation est prévue au plus tard le 15 avril 2023 et n'est donc pas concomitante aux travaux ;
- l'arrêté attaqué n'est pas compatible avec les dispositions 7, 8, 9, 12, 46, 78, 145 et 146 du SDAGE du bassin Seine-Normandie 2016-2021 ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions 2.A.1, 2.B.1 et 2.F.2 du plan de gestion des risques d'inondation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er août et 8 décembre 2023, la commune de Chambly, représentée par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de l'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Seine-Normandie 2022-2027 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique ;
- et les observations de M. A, représentant l'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches, ainsi que celles de Me Bluteau, représentant la commune de Chambly.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 janvier 2016, le préfet de l'Oise a autorisé, au titre des dispositions du I de l'article L. 214-3 du code de l'environnement, le projet de construction par la commune de Chambly d'un complexe sportif comprenant notamment la réalisation, sur une parcelle cadastrée AR n° 36, d'un nouveau terrain de football à proximité de terrains déjà existants au sein du stade Walter Luzi, que la préfète de la région Picardie a dispensé d'évaluation environnementale par arrêté du 4 août 2015. La commune de Chambly a souhaité apporter des modifications à son projet en prévoyant notamment l'extension de sa superficie de 4,4 à 10,2 hectares. Par un arrêté du 7 décembre 2018 modifiant l'arrêté du 15 janvier 2016, le préfet de l'Oise a autorisé ces modifications.
2. Par une décision du 20 octobre 2020, le Conseil d'Etat a suspendu, sur le fondement de l'article L. 122-2 du code de l'environnement, l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Oise du 7 décembre 2018, au motif qu'il n'avait pas été précédé d'une évaluation environnementale. Le tribunal administratif d'Amiens a annulé l'arrêté du 7 décembre 2018 par un jugement du 12 mai 2021.
3. A la suite de cette annulation, la commune de Chambly a procédé à une évaluation environnementale de son projet et organisé une enquête publique. Par un arrêté du 30 mai 2022, la préfète de l'Oise a délivré à la commune de Chambly une autorisation environnementale pour la réalisation de l'extension du stade de football Walter Luzi. L'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches (AAVE) demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité externe de l'arrêté attaqué :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 181-38 du code de l'environnement : " Dès le début de la phase de consultation du public, le préfet demande l'avis du conseil municipal des communes mentionnées au III de l'article R. 123-11 ou au I de l'article R. 123-46-1 et des autres collectivités territoriales, ainsi que de leurs groupements, qu'il estime intéressés par le projet, notamment au regard des incidences environnementales notables de celui-ci sur leur territoire. Ne peuvent être pris en considération que les avis exprimés au plus tard dans les quinze jours suivant la clôture de l'enquête publique ou de la consultation du public réalisée conformément aux dispositions de l'article L. 123-19 ".
5. Il résulte de l'instruction, et notamment des échanges de messages électroniques produits en défense par la préfète de l'Oise, que cette dernière a sollicité la commune de Chambly, par ailleurs demandeuse de l'autorisation environnementale, afin d'obtenir l'avis de son conseil municipal dès février 2022, soit au début de la phase de consultation du public. De plus, aucun texte, et notamment pas les dispositions citées au point précédent, ou principe n'imposaient que le conseil municipal de la commune de Chambly émît un avis préalablement à la prise de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de consultation et d'avis de ce conseil doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 code de l'environnement : " I.-Pour l'application de la présente section, on entend par : / 1° Projet : la réalisation de travaux de construction, d'installations ou d'ouvrages, ou d'autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage, y compris celles destinées à l'exploitation des ressources du sol ; / () III.- () Lorsqu'un projet est constitué de plusieurs travaux, installations, ouvrages ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage, il doit être appréhendé dans son ensemble, y compris en cas de fractionnement dans le temps et dans l'espace et en cas de multiplicité de maîtres d'ouvrage, afin que ses incidences sur l'environnement soient évaluées dans leur globalité. () ".
7. Si la commune de Chambly a entrepris de construire, en sus de l'extension du stade Walter Luzi, objet de l'autorisation environnementale contestée, une halle des sports qu'il avait été envisagé de placer au sein du stade, il résulte de l'instruction que cette halle sera finalement implantée dans une zone industrielle et sera séparée du stade par plusieurs bâtiments. Par ailleurs, elle sera desservie par un réseau de transports publics et un cheminement piétonnier la reliant directement au centre-ville, sans lien avec les voies d'accès au stade. En outre, la halle de sports et le stade disposent de réseaux d'alimentation en énergie et de gestion des eaux indépendants. De surcroit, la halle est destinée à accueillir essentiellement les pratiquants des associations locales de badminton et d'arts martiaux quand le stade Walter Luzi a vocation principale à permettre la pratique du football ainsi que l'organisation des matchs de l'équipe professionnelle de la ville et la venue du public. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les places de stationnement de véhicules automobiles et de cycles, ainsi que les autres possibilités de stationnement aux abords, ne pourraient suffire au fonctionnement de la halle sans recourir au parking du stade, en dehors d'événements exceptionnels. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la construction de la halle des sports et l'extension du stade présentent des liens de nature à caractériser le fractionnement d'un projet unique. Par suite, l'AAVE n'est pas fondée à soutenir que l'évaluation environnementale ayant précédé l'arrêté attaqué est incomplète dès lors qu'elle ne prend pas en compte la réalisation de la halle des sports.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. () II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : / () 3° Une description des aspects pertinents de l'état initial de l'environnement, et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport à l'état initial de l'environnement peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; / 4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : () l'eau, () ".
9. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude, que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
10. Si l'AAVE soutient que le calcul de la surface du terrain d'assiette est erroné dès lors qu'il est nécessaire de considérer la surface de la totalité des parcelles concernées par le projet, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de l'étude d'impact dès lors que la surface de 10,2 hectares telle que calculée par l'AAVE a bien été utilisée pour déterminer si le projet devait être soumis à évaluation environnementale. Par ailleurs, il est constant que les deux terrains de football déjà construits sur la rive gauche de l'Esches l'ont été avant la mise en œuvre du projet objet de l'autorisation environnementale attaquée et n'avaient en conséquence pas à être inclus dans l'étude d'impact. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que le fossé d'évacuation des eaux situé en bordure sud d'un des terrains de football ait été creusé à l'occasion des travaux réalisés sous l'emprise de l'autorisation environnementale du 7 décembre 2018 annulée par un jugement du 12 mai 2021. Dans ces conditions, l'AAVE n'est pas fondée à soutenir que l'étude d'impact n'aurait pas porté sur l'ensemble de la zone affectée par le projet.
11. Par ailleurs, si l'étude d'impact ne traite pas de la présence de zones humides sur la rive gauche de l'Esches où des installations doivent pourtant être construites, il résulte de l'instruction que la zone AR1 correspond au terrain de football réalisé lors de la création du stade en 1989, conservé en l'état, et que la zone AR3 correspond au terrain de football, conservé lui aussi dans l'état, et à un bassin de collecte des eaux, déjà autorisés par une décision de non opposition à déclaration du 19 octobre 2011. La zone AR2 inclut, quant à elle, un parking et d'anciennes installations et ne pouvait abriter de zones humides. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment d'une étude des zones humides du 14 septembre 2018 préalablement conduite par la société Verdi, que le reste de la zone affectée par le projet et située sur la rive gauche de l'Esches ne comportait pas de zone humide. Dans ces conditions, l'imprécision de l'étude d'impact quant à la présence de zones humides sur la rive gauche de l'Esches n'a pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population et n'a pas été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
12. En outre, contrairement à ce que soutient l'AAVE, l'étude d'impact ne se contente pas de décrire l'état du site accueillant le projet à la date de sa rédaction mais comporte des éléments détaillés sur cet état avant le début des travaux de 2018 engagés sous couvert de l'autorisation annulée. Par ailleurs, cette étude comporte également une description, proportionnée à l'intérêt de cet aspect, de l'évolution probable de l'environnement du site en l'absence de mise en œuvre du projet.
13. De plus, si l'étude d'impact ne comporte pas de description des différents sites qui avaient été envisagés en 2018 pour accueillir le projet, la réalisation d'importants travaux en 2018 sous couvert de l'autorisation annulée avait rendu le choix d'un autre site que celui retenu peu réaliste. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient l'AAVE, l'étude d'impact justifie les choix techniques effectués dans la demande et, notamment, d'une part, la nécessité de construire les installations situées sur la rive droite de l'Esches sur un remblai pour obtenir une surface plane et stable, d'autre part, la nécessité d'imperméabiliser la rive gauche inhérente au projet dès lors que des installations existantes sont conservées et qu'un terrain d'honneur avec des tribunes est construit, et, enfin, le choix d'installer des bassins de collecte des eaux et des pompes de relevage pour vider progressivement ces dernières dans l'Esches afin de diminuer la rapidité de l'apport en eau rapide dans le cours d'eau et les risques d'inondation.
14. Par ailleurs, s'il résulte de l'instruction que l'étude d'impact indique de manière erronée que les déblais de la rive gauche pourront être utilisés pour élever le niveau de la rive droite, la commune de Chambly a admis et corrigé cette erreur dans les échanges tenus lors de l'enquête publique et indiqué que la rive droite a été comblée avec des apports extérieurs dont elle a précisé l'origine et que les seuls transferts de déblais internes au site ont concerné de la terre végétale. Si l'AAVE soutient avoir sollicité en vain les preuves de l'origine de ses déblais et de leur innocuité, elle ne l'établit pas alors que le commissaire enquêteur ne fait pas mention de cette démarche dans son procès-verbal des échanges. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les déblais utilisés soient de nature à présenter un risque pour l'environnement. Dans ces conditions, l'erreur commise au sein de l'étude d'impact relative à l'utilisation des déblais n'a pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population et n'a pas été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
15. En outre, le plan d'eau du Mesnil Saint-Martin est mentionné dans l'étude d'impact de manière proportionnée aux impacts que le projet est susceptible de lui porter. Le niveau des nappes phréatiques a été analysé par l'étude d'impact, qui établit la présence d'une zone humide sur la rive droite de l'Esches ainsi que la faible incidence du niveau des nappes sur celui de ce cours d'eau et présente des relevés de niveau détaillés pour la rive gauche. Cette étude établit ainsi, sans être sérieusement contestée, que le risque de remontée de nappe est faible et que les bassins de collectes des eaux de pluies de la rive gauche dotés de pompes sont destinés à stocker puis évacuer progressivement les eaux de pluie et non à rabattre la nappe phréatique. Dès lors, l'AAVE n'est pas fondée à soutenir que l'étude d'impact donne des informations erronées et imprécises sur les incidences du projet sur les eaux de la zone affectée.
16. Enfin, si l'étude d'impact ne mentionne pas la coulée de boue qui a affecté la commune de Chambly le 2 juin 2021, il n'est pas sérieusement contesté que cet événement n'a pas pour origine les travaux d'extension du stade engagés en 2018 et cette étude décrit avec une précision suffisante le risque d'inondation. Par ailleurs, l'étude traite de la question de l'imperméabilisation des sols et de son impact sur le ruissellement et décrit le système de régulation des eaux de pluie dont la mise en œuvre est proposée et qui doit permettre de diminuer le débit de l'Esches à la suite de fortes pluies et, ainsi, le risque d'inondation. Dans ces conditions, l'AAVE n'est pas fondée à soutenir que l'étude d'impact donne des informations erronées et imprécises sur l'imperméabilisation des terrains induite par le projet et les risques d'inondation qui en découlent.
17. Il résulte de ce qui précède que l'AAVE n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière en raison du caractère imprécis et erroné de l'étude d'impact qui l'a précédé.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 123-14 du code de l'environnement : " Lorsqu'il entend faire compléter le dossier par des documents utiles à la bonne information du public dans les conditions prévues à l'article L. 123-13, le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête en fait la demande au responsable du projet, plan ou programme ; cette demande ne peut porter que sur des documents en la possession de ce dernier. () "
19. Il résulte de l'instruction et notamment du compte rendu des échanges tenus lors de l'enquête publique dressé par le commissaire enquêteur que ce dernier a pris en compte les objections de l'AAVE quant à la délimitation de la zone humide située sur la rive gauche de l'Esches et les a examinées, sans qu'il fût nécessaire qu'il reproduise in extenso l'ensemble des arguments qu'avait pu développer l'association. Par ailleurs, le commissaire enquêteur n'était pas tenu de communiquer de lui-même l'étude des zones humides de la rive gauche du 14 septembre 2018 de la société Verdi alors qu'il résulte de son rapport qu'il a porté à la connaissance du public les réponses données par la commune de Chambly aux différentes observations soulevées, notamment celle où la commune fait référence à cette étude en réponse à une question de l'AAVE, à qui il était alors loisible de demander la communication de l'étude qu'elle a par ailleurs contestée. Dans ces conditions, l'AAVE n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le commissaire enquêteur n'aurait pas mentionné dans son rapport ses remarques quant à la zone humide située sur la rive gauche de l'Esches et leur a opposé une étude pédologique de 2018 qui n'a pas été soumise au public.
Sur la légalité interne de l'arrêté attaqué :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6, 7 et 10 du présent jugement que l'AAVE n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il ne prend pas en compte une surface de 10,2 hectares pour le terrain d'assiette, la réalisation d'un fossé d'évacuation des eaux situé en bordure Sud d'un des terrains de football préexistants ainsi que la construction de la halle de sport.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 181-3 code de l'environnement : " I.-L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement () ". Aux termes de l'article L. 163-1 du code de l'environnement : " () Les mesures de compensation des atteintes à la biodiversité visent un objectif d'absence de perte nette, voire de gain de biodiversité. Elles doivent se traduire par une obligation de résultats et être effectives pendant toute la durée des atteintes. () ". Aux termes de la disposition 1.3.1 du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Seine-Normandie 2022-2027 publié par un arrêté du 23 mars 2022 et applicable en l'espèce : " L'autorité administrative instruit les dossiers en s'assurant de l'application des mesures d'évitement en amont du projet, en demandant au pétitionnaire des garanties des mesures d'évitement mises en œuvre, et de l'application de la réduction des impacts pour chaque phase du projet. / En cas d'effets résiduels du projet, elle s'assure que les maîtres d'ouvrages () : / - compensent au plus proche des masses d'eau impactées à hauteur de 150 % de la surface affectée, au minimum ; / - compensent à hauteur de 200 % de la surface affectée, au minimum, si la compensation s'effectue en dehors de l'unité hydrographique impactée ; () ".
22. Il résulte de l'instruction que la réalisation du projet entraînera la disparition d'une zone humide d'une surface de 35 028 m² et que la décision de non opposition à déclaration du 19 octobre 2011 prévoyait la création d'une zone humide de 8 200 m² qui demeurait à mettre en œuvre. L'arrêté attaqué prévoit la création d'une zone humide d'une surface de 62 013 m², supérieur à la somme de cette surface de 35 028 m² affectée d'un coefficient de 150 % et de la surface de 8 200 m². L'AAVE n'est par suite pas fondée à soutenir que les mesures de compensation ne sont pas compatibles avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) dans sa version applicable, à supposer même que la méconnaissance du mode de calcul de la surface à compenser ainsi introduit puisse à elle seule constituer une incompatibilité entre une autorisation environnementale et un SDAGE.
23. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que les secteurs choisis pour accueillir la zone humide créée au titre des mesures de compensation ne puissent assurer une compensation adéquate alors, d'une part, que la zone humide détruite était constituée, avant travaux, par une zone d'agriculture intensive et que la zone nouvellement créée à vocation à être re-naturalisée et, d'autre part, que la recherche des équivalences issues de l'étude d'octobre 2021 de la société Artémia Eau selon la méthode nationale d'évaluation n'est pas sérieusement remise en cause.
24. En outre, si l'article 6 de l'arrêté attaqué dispose que " les travaux des mesures compensatoires sont réalisées au plus tard le 15 avril 2023, dans le respect des périodes adaptées vis-à-vis de la préservation des espèces et du dossier de dérogation. () ", ces dispositions ne sauraient être sérieusement lues comme repoussant la mise en œuvre des mesures de compensation au 15 avril 2023. De plus, il ne résulte pas de l'instruction que le démarrage des travaux dès 2018 sous couvert de l'autorisation annulée ait entraîné des pertes de biodiversité particulières qu'il faudrait compenser alors qu'il n'est pas contesté que la création d'une friche à la place d'une zone cultivée, à la suite de l'interruption des travaux, a eu un effet positif sur la biodiversité.
25. Dans ces conditions, l'AAVE n'est pas fondée à soutenir que les mesures de compensation prévues par l'arrêté attaqué sont insuffisantes.
26. En troisième lieu, l'AAVE ne peut utilement se prévaloir des dispositions du SDAGE 2016-2021 alors qu'un nouveau SDAGE est entré en vigueur et demeure applicable au litige et que le premier avait, de surcroît, été annulé. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que, si une imperméabilisation de parcelle est prévue, des mesures de compensation suffisantes ont été mises en place et les bassins et noues installés permettent de réguler l'entrée des eaux de pluies dans les cours d'eau et d'en réduire le débit de pointe pour limiter le risque d'inondation, ainsi qu'il a été dit. Par ailleurs, l'étude d'impact détaille les mesures de réduction des pollutions mises en place et il résulte de l'instruction que les bassins de collecte et les noues ont un effet dépolluant rendant l'impact du projet sur la pollution des eaux réduit alors que les mesures de compensation permettent de substituer une zone naturelle à une zone agricole utilisant des engrais. Enfin, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la destruction de la zone humide induite par le projet est compensée de manière adéquate et conforme aux préconisations du SDAGE. Dans ces conditions, l'AAVE n'aurait pas été fondée à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été incompatible avec les dispositions 7, 8, 9, 12, 46, 78, 145 et 146 du SDAGE du bassin Seine-Normandie 2016-2021.
27. En quatrième lieu, l'AAVE ne peut utilement se prévaloir des dispositions du plan de gestion des risques d'inondation antérieur à celui approuvé par arrêté du 3 mars 2022 et toujours en vigueur. En tout état de cause et ainsi qu'il a été dit, la destruction de la zone humide induite par le projet est compensée de manière adéquate et le système de traitement des eaux de pluies a vocation à diminuer le débit de pointe de l'Esches en cas de forte pluie et les risques d'inondation. Dans ces conditions, l'AAVE n'aurait pas été fondée à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été incompatible avec les dispositions 2.A.1, 2.B.1 et 2.F.2 du plan de gestion des risques d'inondation 2016-2021.
28. Il résulte de tout ce qui précède que l'AAVE n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais d'instance :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par l'AAVE au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens, qu'elle n'établit de surcroit pas avoir exposés.
30. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AAVE la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Chambly et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : L'AAVE versera à la commune de Chambly la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour l'aménagement de la vallée de l'Esches, à la commune de Chambly et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Demurger, présidente,
- M. Richard, premier conseiller,
- M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
La présidente,
Signé
F. Demurger
Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2201975
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026