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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202168

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202168

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU4
Avocat requérantDRAME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juin 2022, M. C B, représenté par Me Drame, demande au tribunal :

1°) de lui accorder à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la préfète de l'Oise, en estimant que les attaches familiales en France dont il se prévalait n'étaient pas établies s'est fondée sur des faits inexacts ;

- cet arrêté méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité des conséquences qu'il emporte sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Binand, président-rapporteur,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant guinéen né le 2 aout 1982, est entré sur le territoire français en 2015 muni d'un visa court séjour touristique. Par un arrêté en date du 24 juin 2022, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour son éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Oise a donné à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet notamment de signer toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les motifs de droit et considérations de fait sur laquelle la préfète de l'Oise s'est fondée, en citant les dispositions dont elle a fait application et en exposant les éléments propres à la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui, au demeurant, ne comporte aucune précision quant aux insuffisances dont l'arrêté serait entaché à ce titre, doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu M. B soutient qu'il vit en concubinage avec une compatriote qui dispose d'une carte de résident, que le couple a un enfant, né en 2010 aux Etats-Unis, et qu'il a lui-même un premier enfant de nationalité française né en 2006 issu d'une précédente union, qui réside en Bretagne avec sa mère dont il est séparé. Toutefois il n'apporte aucun élément probant de nature à établir la réalité et l'intensité des attaches en France qu'il fait valoir alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté du 19 novembre 2018 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français qu'il ne contribuait pas à l'entretien ou à l'éducation de son enfant de nationalité française. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de l'Oise, en estimant que M. B ne justifie pas des attaches familiales dont il se prévalait à ce titre, s'est fondée sur des faits inexacts doit être écarté.

7. En quatrième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B ne justifie pas disposer d'attaches familiales d'une intensité particulière en France. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté qu'il a été l'objet de trois arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pris en 2018, 2019 et 2020, auquel il n'a pas déféré. Enfin, il n'apporte aucun élément probant de nature à établir son insertion professionnelle en France. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. B en France, la préfète de l'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de celui-ci une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle a poursuivis, par l'arrêté attaqué et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces mêmes circonstances, elle n'a pas entaché les décisions en litige, au regard des conséquences qu'elles emportent sur la situation personnelle du requérant, d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être écartées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète de l'Oise et à Me Drame.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

C. ALe greffier,

signé

N. VERJOT La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202168

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