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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202190

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202190

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui demandait l'annulation de la décision du 26 avril 2022 par laquelle la préfète de l'Oise avait refusé sa demande de regroupement familial pour son épouse. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire, la délégation étant régulière. Sur le fond, il a jugé que M. B ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes au sens des articles L. 434-7 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de produire les justificatifs nécessaires. La décision ne méconnaît pas non plus l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 juin 2022 et le 23 avril 2024, M. C B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise d'admettre son épouse au séjour au titre du regroupement familial, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la préfète de l'Oise a fait une inexacte application de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit la condition de logement et de ressources exigée ;

- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit d'écritures dans la présente instance.

Par une ordonnance du 26 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2019-1387 du 18 décembre 2019 ;

- le décret n°2020-1598 du 16 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Parisi, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant marocain né le 11 mai 1957, a introduit le 23 décembre 2021 une demande de regroupement familial en faveur de son épouse. Par une décision du 26 avril 2022, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 décembre 2020, régulièrement publié au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture et signataire de la décision attaquée, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans. 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Et aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ;() ". Enfin, aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ". Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance, au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. D'autre part, en application du décret du 18 décembre 2019 portant relèvement du salaire minimum de croissance, le montant mensuel net du salaire minimum interprofessionnel de croissance était de 1 218,60 euros pour l'année 2020. Ce montant a été porté à 1 230,60 euros nets pour l'année 2021 par un décret du 16 décembre 2020.

5. Pour adopter sa décision, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance que M. B ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes pour accueillir son épouse en France. Si, pour contester ce motif, M. B fait valoir que ses revenus sont stables et suffisants " dans la durée ", il ne produit toutefois aucune pièce de nature à contester le montant retenu par la préfète de l'Oise dans sa décision, à savoir 797 euros nets de revenus mensuels sur la moyenne des douze mois précédant la demande. A ce titre, si l'intéressé soutient que la baisse de ses revenus est uniquement due à son licenciement ainsi qu'à la pathologie dont il souffre, qui nécessite un traitement médical, ces circonstances sont sans incidence sur le calcul de ses ressources pendant la période de référence. Par ailleurs, M. B se prévaut d'une hausse de revenus à compter de l'année 2023, dès lors qu'il perçoit l'allocation d'aide au retour à l'emploi depuis le 1er novembre 2023 et l'allocation aux adultes handicapés depuis le 24 novembre 2023. Toutefois, ces éléments, postérieurs à la décision attaquée, s'ils ne s'opposent pas à ce que l'intéressé dépose une nouvelle demande de regroupement familial, ne sont pas de nature à établir une évolution favorable et stable de ses ressources après le dépôt de sa demande et avant l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant le bénéfice du regroupement familial.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

7. S'il est constant que M. B souffre de pathologies qui nécessitent un suivi médical régulier et qu'il est titulaire d'une carte mobilité inclusion en raison de son handicap, les pièces qu'il produit ne suffisent pas à établir que son état de santé nécessite la présence de son épouse à ses côtés. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 avril 2022 de la préfète de l'Oise. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- M. A, magistrat honoraire,

- Mme Parisi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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