mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202191 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, M. C, représenté par Me Claeys, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mai 2022 du préfet de la Somme en tant qu'elle porte refus de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022.
Par une ordonnance du 6 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fass, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 8 décembre 1976, ressortissant de la République du Congo, qui est entré en France le 18 juillet 2009 selon ses déclarations, s'est vu délivrer depuis le 22 juillet 2013 des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 4 mai 2022, le préfet de la Somme lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an en qualité de parent d'un enfant français mais a rejeté sa demande tendant à obtenir une carte de séjour pluriannuelle. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ce refus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire (). " L'article L. 432-1 de ce même code prévoit que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-7 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des écritures en défense que, pour refuser de délivrer à M. C une carte de séjour pluriannuelle, le préfet de la Somme s'est fondé sur le seul motif que l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public, en retenant la circonstance qu'il a été condamné à une peine de 1 500 euros d'amende dont 1 000 euros avec sursis, pour conduite d'un véhicule sans permis par le tribunal de grande instance de Senlis le 14 mars 2019, puis à une peine de 4 mois d'emprisonnement avec sursis et 200 euros d'amende, pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et récidive d'une conduite d'un véhicule sans permis le 25 septembre 2020 par le tribunal correctionnel de Beauvais. Toutefois, les faits ainsi réprimés par ces seules condamnations, sont, eu égard à leur nature et à leur ancienneté insuffisants à caractériser par eux-mêmes un comportement constitutif d'une menace à l'ordre public à la date de la décision attaquée alors d'ailleurs, que le préfet de la Somme a estimé qu'il ne s'opposait pas au renouvellement de la carte de séjour temporaire à l'intéressé. Dans ces conditions et alors que M. C, parent d'enfant français, fait valoir sans être contesté, son intégration sociale et professionnelle, le préfet, en considérant que la présence du requérant sur le territoire français est de nature à constituer une menace à l'ordre public, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. M. C est ainsi fondé, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision attaquée.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 4 mai 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Somme, sous réserve qu'aucun changement de circonstance de droit ou de fait n'y fasse obstacle, de délivrer à M. C la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " sollicitée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que le conseil du requérant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État de mettre à la charge de l'État le versement à Me Claeys de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 mai 2022 du préfet de la Somme est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de délivrer à M. C une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", sous la réserve énoncée au point 5, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Claeys une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Binand, président,
Mme A et Mme Fass, conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
L. FASS
Le président,
Signé
C. BINAND Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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