lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le maire de la commune d'Hem-Hardinval lui a délivré, au nom de l'Etat, un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour la construction de deux maisons à usage d'habitation, l'une sur la parcelle cadastrée section AC n° 84 et l'autre sur la parcelle cadastrée section AC n° 96, avec accès via la parcelle section AC n° 228 situées 180 rue de l'Eglise sur le territoire de cette commune ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Hem-Hardinval de réexaminer sa demande.
Il soutient que :
- en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale en vigueur dans la commune d'Hem-Hardinval, l'arrêté est entaché d'un défaut de base légale ;
- le projet n'est pas de nature à entraîner une urbanisation dispersée dès lors que le terrain d'assiette du projet se trouve au centre du village et que les constructions restent compatibles avec la vocation des espaces naturels environnants ;
- c'est à tort que le maire lui a interdit toute construction en second rang, dès lors, d'une part, qu'il n'existera aucun vis-à-vis avec les constructions situées rue de l'Eglise, et, d'autre part, qu'une construction en second rang a été autorisée dans une commune voisine située à 2 km ;
- les biens concernés relèvent de l'exception prévue au 1° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ;
- l'implantation des constructions projetées permettraient la survie de l'école communale ;
- c'est à tort que le maire s'est fondé sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors que les constructions projetées ne porteront en aucun cas atteinte aux paysages naturels ni à la conservation des perspectives monumentales en raison de leur emplacement ;
- le terrain d'assiette du projet est desservi par les réseaux d'eau potable et d'électricité, et a un accès direct à la voie publique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 14 février 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Parisi, conseillère,
- et les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 mars 2022, M. C a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel portant sur le caractère réalisable de la construction de deux maisons d'habitation, l'une sur la parcelle cadastrée section AC n° 84 et l'autre sur la parcelle cadastrée section AC n° 96, avec accès via la parcelle section AC n° 228, situées 180 rue de l'Eglise sur le territoire de la commune d'Hem-Hardinval. Par un arrêté du 23 mai 2022, le maire de cette commune a délivré, au nom de l'Etat, un certificat d'urbanisme négatif à ce projet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour délivrer un certificat d'urbanisme négatif au projet de M. C, le maire d'Hem-Hardinval s'est fondé, au nom de l'Etat, sur les motifs tirés, d'une part, de ce que le projet de construction n'est pas situé dans une partie urbanisée de la commune et qu'il ne relève pas des exceptions prévues aux articles L. 111-4 et R. 111-14 du code de l'urbanisme, et, d'autre part, de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ".
4. Ces dispositions interdisent, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout principe document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des vues satellites qui le composent, que le terrain d'assiette du projet se situe au centre de la commune d'Hem-Hardinval, le long de la rue de l'Eglise qui constitue l'un des axes principaux de cette commune le long duquel s'étire d'est en ouest le tissu bâti et qui concentre de part et d'autre un nombre et une densité de constructions significatifs. Il ressort de la confrontation entre le plan de situation joint au dossier de demande de certificat d'urbanisme et des vues satellites produites par le préfet en défense que le terrain d'emprise du projet, composé des trois parcelles cadastrées section AC n°s 84, 96 et 228, est bordé au sud, à l'est et à l'ouest par des parcelles comportant des constructions situées à l'alignement de la rue de Longuevillette et de la rue du Moulin. En outre, s'il ressort de ces mêmes pièces que la partie sud-est de la parcelle cadastrée section AC n°84 s'ouvre sur plusieurs parcelles à vocation agricole, elle en est séparée par un chemin rural. Il résulte de ce qui précède que les parcelles litigieuses s'insèrent dans un secteur bâti délimité par le croisement de la rue de l'Eglise en son extrémité ouest avec la rue du Moulin qui se déploie selon un axe nord/sud. Enfin, le projet consiste en la construction de deux maisons d'habitation dont l'implantation, certes en second rang, est prévue le plus proche possible des constructions situées à l'alignement de la rue de l'Eglise et dont l'accès à la voie publique se fera par la parcelle cadastrée section AC n°228 appartenant au requérant. Dans ces conditions, compte tenu de l'ampleur limitée du projet et de la configuration de son terrain d'assiette, l'opération envisagée par M. C n'aura pas pour effet d'étendre les parties urbanisées de la commune en bordure desquelles ces parcelles se situent. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire d'Hem-Hardinval a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, en déclarant irréalisable le projet objet de la demande de certificat d'urbanisme litigieuse doit être accueilli.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du même code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
7. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux qu'elles visent.
8. Pour délivrer un certificat d'urbanisme négatif au projet litigieux au motif de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, le maire de la commune d'Hem-Hardinval a, au nom de l'Etat, considéré que la présence de nouvelles habitations serait de nature à porter atteinte aux constructions existantes. Il est constant que le projet concerné est implanté en centre bourg de la commune, à l'arrière du front bâti s'étant développé de part et d'autre de la rue de l'Eglise. S'il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies jointes au dossier de demande de certificat d'urbanisme, que les parcelles litigieuses se trouvent à proximité d'une église, visible depuis celles-ci, le préfet n'apporte en défense aucune précision quant à l'existence éventuelle d'une protection particulière dont disposerait cette construction ou ses abords. Par ailleurs, la seule circonstance que M. C souhaite implanter deux nouvelles constructions à usage d'habitation à cet endroit ne suffit pas, à elle seule, à créer une rupture telle qu'elle témoignerait nécessairement d'un défaut d'insertion dans le bâti environnant, lequel ne présente pas un aspect architectural homogène, ni davantage de caractéristiques particulières, notamment paysagères, qu'il conviendrait de préserver. Enfin, et en tout état de cause, il n'est pas établi que le projet litigieux ne permettrait pas l'implantation de constructions dont la compatibilité avec l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ne pourrait être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire d'Hem-Hardinval a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, en déclarant irréalisable le projet objet de la demande de certificat d'urbanisme litigieuse doit être accueilli.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyen de la requête n'est de nature à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté litigieux du 23 mai 2022 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, comme le requérant le demande, d'enjoindre à la commune d'Hem-Hardinval de procéder au réexamen de la demande de certificat d'urbanisme dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 mai 2022 de la commune d'Hem-Hardinval est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Hem-Hardinval de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation.
Copie en sera adressée au préfet de la Somme et à la commune d'Hem-Hardinval.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. PARISI
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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