jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202330 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 10 juillet 2022, 7 novembre 2023 et 15 décembre 2023, M. E D, représenté par Me Duratti, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat (C) a procédé au retrait de la subvention accordée à M. A D et au reversement par la succession de ce dernier de la somme de 20 717 euros, ensemble la décision du 5 décembre 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision attaquée en tant qu'elle excède la somme de 6 802,86 euros ;
3°) de mettre à la charge de C la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées méconnaissent l'article 21 du chapitre II du règlement général de C dès lors qu'il a respecté les obligations contractuelles souscrites par son père avec C le 1er juin 2011 après le décès de ce dernier, et jusqu'au 25 novembre 2020, et que ce règlement interdit qu'une décision de reversement soit prononcée à l'encontre des héritiers en cas du décès du bénéficiaire de la subvention ;
- elles méconnaissent l'article 22 du règlement général de C dès lors que le montant du retrait de la subvention ne peut être supérieur à 6 802,86 euros correspondant à la rupture de l'engagement au cours de la huitième année, et non à la quatrième année comme retenu par C ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence d'avis préalable de la commission locale d'amélioration de l'habitat (CLAH) ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L.321-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la sanction prononcée est excessive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, l'Agence nationale de l'habitat, représentée par Me Aderno, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré de l'absence d'avis préalable de la commission locale d'amélioration de l'habitat est irrecevable dès lors qu'il a été présenté après l'expiration du délai de recours contentieux alors que seuls des moyens relevant d'une autre cause juridique avaient été formulés ;
- la décision attaquée aurait pu être fondée sur le motif tiré de ce que M. D n'établit pas avoir respecté les engagements conventionnels postérieurement au 23 février 2015 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 1er août 2014 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et observations de Me Mezine, substituant Me Aderno, représentant l'Agence nationale de l'habitat.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 13 octobre 2010, C a accordé à M. A D une subvention d'un montant prévisionnel de 28 111 euros destinée à la réalisation de travaux d'amélioration d'une maison individuelle dont il était propriétaire et située sur le territoire de la commune d'Estrée-Mons (Somme). Les deux parties ont signé à cet effet une convention le 15 mai 2011 portant engagement de louer le bien sous conditions et pour une durée de douze ans à compter du 1er juin 2011. A la suite du décès de M. A D, survenu le 18 février 2015, son fils M. E D a hérité du bien et a informé C le 26 novembre 2020 qu'il avait signé le compromis de vente du même bien et souhaitait en conséquence dénoncer la convention conclue avec C.
2. Par une lettre du 7 janvier 2021, C informait M. D qu'elle envisageait de procéder au retrait de la subvention au motif que les engagements souscrits par M. A D n'avaient pas fait l'objet d'une reprise par la succession, mettant fin à la convention précitée. Par une décision du 19 janvier 2022, notifiée le 12 mai 2022, C a procédé au retrait et au reversement de la subvention, et demandé à M. E D de verser la somme de 20 717 euros. M. D a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été explicitement rejeté le 5 décembre 2022. M. D demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L.321-4 du code de la construction et de l'habitation : " Une aide particulière peut être accordée [par l'Agence nationale de l'habitat] au propriétaire qui s'engage à respecter des obligations définies par voie de convention () ". Aux termes de l'article L.321-11 du même code : " En cas de mutation d'un bien faisant l'objet d'une convention mentionnée à l'article L. 321-4 (), la convention en cours s'impose de plein droit au nouveau propriétaire. Les engagements de la convention en cours sont obligatoirement mentionnés dans l'acte de mutation. Un avenant précisant l'identité du nouveau propriétaire est signé entre celui-ci et l'Agence nationale de l'habitat. A défaut, l'Agence nationale de l'habitat peut appliquer au propriétaire vendeur les sanctions prévues à l'article L. 321-2. "
4. Aux termes de l'article R.321-12 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " I.- L'agence peut accorder des subventions :1° Aux propriétaires ou à tout autre titulaire d'un droit réel conférant l'usage des locaux pour des logements qu'ils donnent à bail ou, dans des conditions fixées par le règlement général de l'agence, qu'ils mettent à disposition d'autrui et qui sont occupés dans les conditions prévues à l'article R. 321-20 () ". Aux termes de l'article R. 321-20 du même code : " I.-Pour les opérations et bénéficiaires mentionnés [au] I () de l'article R. 321-12, les locaux pour lesquels la subvention est accordée doivent être occupés pendant une durée et selon des critères déterminés par le règlement général de l'agence. Le logement () doit être occupé à titre de résidence principale, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé affectant un ou plusieurs occupants du logement, ou cas de force majeure. Tout[e] () mutation de propriété des logements ou locaux d'habitation inclus dans un bail commercial () intervenant pendant la période mentionnée au premier alinéa doit être déclaré par le bénéficiaire de la subvention au délégué de l'agence dans le département ou au délégataire de compétence dans un délai de trois mois suivant l'événement. En outre, à l'occasion d'une mutation de propriété, les cédants, les donataires ou leurs ayants droit sont tenus d'informer le notaire de l'octroi de la subvention. ". Aux termes de l'article R.321-21 du même code, dans sa version applicable au litige : " () Le retrait et le reversement total ou partiel peuvent également être prononcés en cas de non-respect des prescriptions de la présente section ou des conventions conclues en application des articles L. 321-4 et L. 321-8, ou de toute autre convention liée au bénéfice des aides de l'agence, selon les modalités fixées par le règlement général de l'agence. (). ". Aux termes de l'article D 321-25 du même code : " En cas de décès du propriétaire ou de mutation de propriété des logements conventionnés pour lesquels des travaux d'amélioration ont bénéficié d'une subvention de l'agence, lorsque les engagements de la convention ne sont pas poursuivis, la subvention est reversée dans les conditions prévues par le règlement général de l'agence. "
5. Aux termes de l'article 16 du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat, dans sa version issue de l'arrêté du 1er août 2014, alors en vigueur : " () Conformément aux dispositions de l'article R. 321-20 du CCH, le bénéficiaire de la subvention ou, le cas échéant, ses ayants droit doivent déclarer, dans un délai de deux mois suivant l'événement, au délégué de l'agence dans le département ou au délégataire, tout changement d'occupation, d'utilisation des logements ou toute mutation de propriété intervenant pendant la période mentionnée à l'article 15 du présent règlement. ". Aux termes de l'article 21 du même règlement : " Décision de retrait et de reversement de la subvention (R. 321-21) / En cas de non-respect des prescriptions relatives aux aides de C (articles R. 321-12 à R. 321-21 du CCH, engagements conventionnels, présent règlement général), la décision de subvention sera retirée et tout ou partie des sommes perçues devra être reversé, en application du I de l'article R. 321-21 du CCH et dans les conditions précisées au présent article. () Il y a exonération de reversement en cas de mutation dans les cas suivants : () c) Concernant les bénéficiaires mentionnés [au] I () de l'article R. 321-12 du CCH (propriétaires ou exploitants qui donnent à bail), une décision de reversement peut être prononcée sauf si les () héritiers () justifient, de façon expresse, du respect de l'ensemble des engagements réglementaires fixés par les articles R. 321-12 à R. 321-22 du CCH ainsi que, le cas échéant, des obligations conventionnelles spécifiques signées par le bénéficiaire initial de la subvention () / En cas de reprise des engagements réglementaires ou conventionnels, les acquéreurs ou les héritiers signent un formulaire spécifique mis à leur disposition par l'agence.".
6. D'une part, pour prendre la décision litigieuse, C s'est fondée sur le fait que M. E D, seul héritier de la maison faisant l'objet de la convention conclue par son père, n'a pas repris les engagements souscrits par ce dernier à la date du décès du bénéficiaire. A cet égard, C soutient que M. E D n'a pas informé C du décès de son père intervenu en 2015 et qu'il n'a pas fait parvenir le formulaire spécifique prévu par l'article 21 du règlement général de C, ce qui aurait entrainé la rupture des engagements contractuels et l'obligation de reversement de la subvention. Si le requérant allègue avoir informé la délégation départementale de l'agence de la mutation du bien du fait du décès de son père par une lettre du 20 mars 2015, dont une copie est versée au dossier, il ne produit pas d'accusé de réception postal de ce courrier, alors que C conteste l'avoir reçu. Toutefois, en application des dispositions de l'article L.321-11 du code de la construction et de l'habitation citées au point 3, la convention signée par M. A D s'est imposée de plein droit à son héritier M. E D après le décès de son père. Compte tenu de cette situation, l'intéressé pouvait, afin d'être exonéré de l'obligation de reversement de la subvention en application de l'article 21 du règlement général de C, justifier avoir rempli les obligations réglementaires et conventionnelles liées à la convention conclue par son père à tout moment, y compris après l'expiration du délai de trois mois prévu à l'article R. 321-20 du code de la construction et de l'habitation dont il disposait pour déclarer la mutation de la propriété. Par ailleurs, il résulte de l'article D. 321-25 du code de la construction et de l'habitation qu'en cas de décès, le reversement intervient " lorsque les engagements de la convention ne sont pas poursuivis ", et aucune disposition législative ou réglementaire ne sanctionne le seul défaut d'information sur la mutation du bien par le reversement de la subvention. Par suite, à supposer même que C n'ait pas reçu le courrier par lequel M. D a informé C du décès de son père, C ne pouvait se fonder sur cette seule circonstance pour prendre les décisions attaquées, qui sont donc entachées d'illégalité à ce titre.
7. D'autre part, il ressort des termes de la décision du 19 janvier 2022 comme du rejet du recours gracieux du 5 décembre 2022, qui limitent l'obligation de reversement à compter du 18 février 2015, soit la date du décès du bénéficiaire, que l'administration a nécessairement retenu que la convention avait été respectée depuis sa signature jusqu'au 18 février 2015. Il ressort des pièces du dossier qu'à compter du 2 janvier 2014 la maison a été louée à M. et Mme F et que ces derniers ont occupé le bien jusqu'à leur départ, le 28 août 2020. Or, alors que C a nécessairement retenu que les conditions de location du bien immeuble répondait aux obligations conventionnelles entre le 2 janvier 2014 et le 18 février 2015, date du décès, ces conditions de location sont restées identiques au cours de la période comprise entre le 2 janvier 2014 et le 28 août 2020, le bail ayant été implicitement reconduit. De plus, C a indiqué, pour rejeter le recours gracieux présenté par M. E D, que ce dernier n'avait pas produit, malgré la demande de C, l'avis d'imposition sur les revenus fourni par le locataire à la signature du bail le 2 janvier 2014, ce qui ne permettait pas le contrôle des engagements de location du bien subventionné. Toutefois, C n'établit pas, ni même n'allègue, ne pas avoir reçu de la part de M. A D copie du bail conclu le 2 janvier 2014 et de l'avis d'imposition des locataires après sa signature alors que cela constituait une obligation du bailleur en application de l'article 16 du règlement général de C. En outre, C ne produit aucun élément de nature à indiquer que les conditions du bail signé le 2 janvier 2014, tenant en particulier au montant du revenu fiscal de référence des locataires, qui bénéficiaient au demeurant des aides de la caisse d'allocations familiales, n'étaient pas respectées dès l'origine, alors, au demeurant que l'agence n'a imposé le reversement de la subvention qu'à compter du décès de M. A D, et non à compter du bail conclu le 2 janvier 2014. Ainsi, la durée pendant laquelle les engagements souscrits ont bien été respectés a commencé le 1er juin 2011 et s'est terminée le 28 août 2020, date à laquelle M. D doit être regardé comme ayant résilié la convention en l'absence de relocation du bien, alors qu'elle devait se poursuivre jusqu'au 1er juin 2023. Compte tenu de ce qui vient d'être exposé, le requérant est fondé à soutenir que les décisions attaquées, qui lui imposent le reversement de la subvention à compter de la date du décès de son père intervenu le 18 février 2015 au motif de l'absence de reprise des engagements contractuels à cette date, méconnaissent l'article 21 du règlement général de C.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 janvier 2022 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat (C) a procédé au retrait de la subvention et le reversement par la succession de M. A D de la somme de 20 717 euros, et la décision du 5 décembre 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision sont annulées.
Article 2 : C versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à l'Agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La présidente,
Signé
C. Galle
Le rapporteur,
Signé
E. Fumagalli Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202330
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026