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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202338

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202338

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel la préfète de la Somme a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la délivrance de ce titre ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation au regard du fondement de sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.

Par ordonnance du 13 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre, première conseillère,

- et les observations de Me Pereira, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né le 16 novembre 1974, est entré en France le 11 juin 2016 selon ses déclarations, muni d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 12 janvier 2022 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de la Somme a rejeté sa demande d'admission au séjour présentée le 6 juillet 2021, complétée par un courrier du 26 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui résidait en France de façon continue depuis cinq ans à la date de la décision attaquée, justifie être hébergé depuis juin 2018 avec sa conjointe, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, et leurs enfants. Or, bien qu'ils soient nés en Angola, les trois premiers enfants du requérant, âgés de 16 ans, de 14 ans et de 12 ans à la date de la décision attaquée, ont passé l'essentiel ou pour certains d'entre eux l'intégralité de leur scolarité en France, où ils sont entrés en 2011 accompagnés de leur mère. De plus, la fratrie est composée, outre le dernier enfant du couple né en France, d'un cinquième enfant issu d'une relation entre la compagne du requérant et un ressortissant français. Il résulte de ce qui précède que compte tenu de la régularité du séjour de sa compagne et de la durée de présence sur le territoire français des cinq enfants de la fratrie, la famille de M. B a vocation à résider en France, alors même qu'il ne serait pas établi que l'enfant de la compagne de M. B entretiendrait des liens avec son père français. Aussi, au regard de l'ensemble de ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir que la préfète de la Somme a, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour en date du 12 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement que le préfet de la Somme délivre à M. B, une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Somme de délivrer ce titre au requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pereira renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Pereira de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 janvier 2022 de la préfète de la Somme est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pereira la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Somme et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L. Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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