lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202409 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022, M. A C demande au tribunal d'annuler la décision du 21 mars 2022 par laquelle le ministre des armées a abrogé les décisions du 7 décembre 2020 l'habilitant à accéder au secret de la défense nationale, ensemble la décision du 22 juin 2022 portant rejet de son recours gracieux.
Il soutient que :
- la décision d'abrogation attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la défense ;
- l'instruction générale interministérielle n° 1300 sur la protection du secret de la défense nationale qui a été approuvée par l'arrêté ministériel du 30 novembre 2011 modifié par arrêté du 9 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fass, conseillère,
- et les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, agent contractuel exerçant les fonctions de technicien d'exploitation, est affecté au sein de la direction du renseignement militaire et a été habilité " secret défense " et " secret OTAN " par deux décisions du 7 décembre 2020. Par une décision du 21 mars 2022, le ministre des armées a abrogé ces habilitations. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la décision du 22 juin 2022 portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".
3. Le retrait d'une habilitation au secret de la défense nationale, eu égard à la nature d'une telle habilitation et aux motifs susceptibles d'en justifier le retrait, qui ne sont pas nécessairement liés au comportement personnel de l'intéressé et dont la divulgation peut être de nature à porter atteinte au secret de la défense nationale, n'est pas au nombre des décisions devant être soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable en vertu de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, alors même qu'il serait fondé sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur le comportement de l'intéressé. Il en résulte que le ministre des armées n'était pas tenu de mettre M. C à même de formuler ses observations avant de prononcer l'abrogation de son habilitation " secret-défense ". Dès lors, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 2311-7 du code de la défense : " Nul n'est qualifié pour connaître des informations et supports classifiés s'il n'a fait au préalable l'objet d'une décision d'habilitation et s'il n'a besoin, selon l'appréciation de l'autorité d'emploi sous laquelle il est placé, au regard notamment du catalogue des emplois justifiant une habilitation établie par cette autorité, de les connaître pour l'exercice de sa fonction ou l'accomplissement de sa mission ". Aux termes du point 3. 5. 2. de l'instruction générale interministérielle n° 1300 sur la protection du secret de la défense nationale approuvée par un arrêté interministériel du 30 novembre 2011 et modifié par un arrêté du 9 août 2021 : " Une décision d'habilitation peut être abrogée à tout moment ou ne pas être renouvelée si l'intéressé ne remplit plus les conditions nécessaires à sa délivrance. / L'abrogation fait l'objet d'une décision explicite, notifiée à l'intéressé selon les modalités prévues au 3.4.2.2. Lors de la notification, l'intéressé signe le second volet de l'engagement de responsabilité (cf. Annexe 11). L'officier de sécurité met alors en œuvre les mesures du 3.5.8. L'autorité d'habilitation informe le service enquêteur de la décision d'abrogation. ".
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il statue sur une demande d'annulation d'une décision portant abrogation d'une habilitation " secret défense ", de contrôler, s'il est saisi d'un moyen en ce sens, la légalité des motifs sur lesquels l'administration s'est fondée. Il lui est loisible de prendre, dans l'exercice de ses pouvoirs généraux de direction de l'instruction, toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, sans porter atteinte au secret de la défense nationale. Il lui revient, au vu des pièces du dossier, de s'assurer que la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la " note blanche " produite en défense par le ministre des armées, qu'un officier de sécurité a constaté que M. C a procédé à la copie de données protégées issues d'un réseau informatique spécifique, auquel il a accès grâce à son habilitation, sur l'ordinateur professionnel mis à sa disposition qui, lui, n'est pas protégé. En outre, ces documents comportent notamment des informations protégées relatives au personnel de la direction du renseignement militaire. Il est, par ailleurs, précisé aux termes de la " note blanche ", que des documents personnels ont été retrouvés sur l'ordinateur professionnel de
M. C. Ce dernier ne conteste pas sérieusement les éléments suffisamment circonstanciés qui lui sont reprochés et n'apporte aucune pièce permettant de les remettre en cause. La difficulté, rapportée par le requérant sans qu'il ne l'établisse, selon laquelle il ne parvient pas à distinguer les fichiers protégés des fichiers qui ne le sont pas, quand bien même ces derniers seraient plus nombreux, est sans incidence sur la légalité de la décision d'abrogation de son habilitation. Il en va de même, s'agissant de la circonstance selon laquelle les fichiers protégés concernés auraient été, par la suite, mis à disposition sur l'intranet. Enfin, M. C ne peut utilement soutenir que l'abrogation de son habilitation aurait un impact sur sa santé et son environnement familial. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision d'abrogation attaquée et celle rejetant son recours gracieux sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme B et Mme Fass, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
L. FASSLe président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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