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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202436

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202436

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEBAUPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, Mme B E D C, représentée par Me Lebaupain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé l'Equateur comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence en l'absence de délégation de de signature au profit de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé en droit ainsi qu'en fait, dès lors qu'il se contente de citer les termes de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que la préfète de l'Oise ne démontre pas qu'elle a vérifié la régularité de la composition du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, ni que celui-ci a été mis à même de procéder à un échange d'informations avec les médecins ayant suivi son enfant ;

- elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non une autorisation sur le fondement de l'article L. 425-10 ;

- la préfète de l'Oise a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle s'est exclusivement fondée sur la circonstance que son enfant peut être suivi médicalement dans son pays d'origine pour rejeter sa demande de titre de séjour ;

- pour les mêmes raisons, elle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que son enfant doit nécessairement être suivi médicalement et bénéficier de la surveillance de sa mère ainsi que de sa sœur, également présentes sur le territoire français ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que ses enfants parlent le français, sont scolarisés en France et qu'elle est particulièrement intégrée sur le territoire français ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il n'y a aucune garantie que son enfant puisse bénéficier de soins effectifs en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, :

- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,

- et les observations de Mme B E D C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E D C, ressortissante équatorienne, déclare être entrée le 15 août 2019 sur le territoire français. Elle a présenté le 6 mai 2021 une demande de titre de séjour à raison de l'état de santé de sa fille mineure. Par un arrêté du 7 juin 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé l'Equateur comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné à

M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer, notamment, toutes décisions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué, signé par M. A, n'aurait pas été pris par une autorité compétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions internationales, légales et réglementaires sur lesquelles elle se fonde et mentionne les éléments de faits relatifs à l'état de santé de son enfant mineur, en précisant que celui-ci peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ainsi que ceux relatifs à la situation personnelle et familiale de

Mme D C. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision est insuffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 1er avril 2022 que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a émis cet avis. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le collège de médecins n'aurait pas été à même d'échanger des informations avec les médecins ayant médicalement suivi l'enfant de la requérante. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

5. En quatrième lieu, si Mme D C soutient qu'elle a formulé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier qu'elle a sollicité un tel titre à raison de l'état de santé de sa fille mineure. Dans ces conditions, le préfet a pu considérer à bon droit que cette demande était fondée sur l'article L. 425-10 du même code, lequel renvoie au demeurant à son article L. 425-9.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L.412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer une carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la fille de Mme D C souffre d'une pathologie cardiaque, pour laquelle elle fait l'objet d'une prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire d'Amiens et qui nécessite un suivi régulier par un médecin spécialisé. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D C sur le fondement des dispositions précitées, la préfète de l'Oise s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 1er avril 2022, qui a estimé que l'état de santé de sa fille nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour contester la décision attaquée, Mme D C soutient que sa fille ne pourra bénéficier du suivi médical nécessaire à sa pathologie, en l'absence de médecin spécialisé en cardiologie pédiatrique en Equateur. Toutefois, les éléments produits par la requérante ne permettent pas d'établir, comme elle le soutient, que les soins que requiert son enfant ne lui seraient pas effectivement accessibles dans son pays d'origine, ni que son état de santé nécessite un suivi médical en France. Dans ces conditions, Mme D C n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise aurait méconnu les dispositions précitées en refusant sa demande pour ce motif.

8. En sixième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, et de la circonstance que les enfants de Mme D C ont vocation à l'accompagner dans leur pays d'origine, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Oise aurait méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme D C, entrée sur le territoire français le 15 août 2019, réside en France en compagnie de ses deux filles mineures. Ni l'état de santé de l'une de ses deux filles, ni aucune autre circonstance ne s'opposent à ce que l'ensemble de la cellule familiale se reconstitue en Equateur. En outre, Mme D C n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son époux et deux autres de ses enfants majeurs. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Pour les raisons citées au point 7, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant l'arrêté attaqué, au motif que la fille mineure de la requérante ne pourrait y bénéficier d'un traitement approprié.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme D C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2022. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E D C, à Me Lebaupain et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. RondepierreLa greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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