mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202489 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PELLETREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 25 juillet 2022, 15 décembre 2023 et 13 février 2024, l'agglomération de la région de Compiègne, la commune de Clairoix et la commune de Margny-lès-Compiègne, représentées par Me Pelletreau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel la préfète de l'Oise a autorisé la reprise des activités " réception des petits apporteurs ", " cisaillage ", " oxycoupage " et " dépollution de VHU " sur le site exploité par la société Galloo Clairoix sur le territoire de la commune de Clairoix ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- elles ont intérêt à agir ;
- elles n'ont pas été destinataires du rapport d'incident prévu par l'article R.512-69 du code de l'environnement ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R.512-70 du code de l'environnement dès lors que la préfète de l'Oise aurait dû soumettre la reprise de l'activité à une nouvelle autorisation environnementale, prise après enquête publique ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'un détournement de pouvoir en méconnaissance des dispositions de l'article L.181-14 du code de l'environnement dès lors qu'il emporte des modifications substantielles de l'activité du site qui auraient dû être soumises à une nouvelle autorisation après enquête publique et non à un arrêté portant prescriptions complémentaires.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre 2023, 12 janvier 2024 et 13 mai 2024 la société Galloo France, venant aux droits de la société Galloo Clairoix, représentée par Me Deharbe, demande au tribunal :
- à titre principal, de rejeter la requête ;
- à titre subsidiaire, de permettre la régularisation de l'arrêté attaqué sur le fondement de l'article L. 181-18 du code de l'environnement ;
- et à ce qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient à titre principal que la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérantes et à titre subsidiaire que les moyens des requérantes ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, les requérantes n'ayant pas intérêt à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- les observations de Me Pelletreau, représentant les collectivités requérantes,
- et les observations de Me Borrel, substituant Me Deharbe, représentant la société Galloo France.
Considérant ce qui suit :
1. La société Galloo France, venant aux droits de la société Galloo Clairoix, exploite sur une plate-forme située sur le territoire de la commune de Clairoix (Oise), plusieurs installations dans le domaine du recyclage de ferrailles, de métaux non ferreux et de véhicules hors d'usage relevant de différentes nomenclatures des installations classées pour la protection de l'environnement. Le 1er septembre 2021, un incendie est survenu dans le casier de stockage des métaux en attente de broyage. Par un arrêté du 14 septembre 2021, la préfète de l'Oise a imposé des mesures d'urgence à l'exploitant et a notamment conditionné la remise en service des activités non concernées par l'incendie à la production d'un dossier soumis à un arrêté préfectoral. Le 17 décembre 2021, la société exploitante a demandé à l'administration l'autorisation de remettre en service les activités " réception des petits apporteurs ", " cisaillage ", " oxycoupage " et " dépollution de VHU ". Par un arrêté du 25 mars 2022, la préfète de l'Oise a fait droit à sa demande. L'agglomération de la région de Compiègne, la commune de Clairoix et la commune de Margny-lès-Compiègne demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. " Aux termes de l'article R.512-69 du même code : " L'exploitant d'une installation soumise à autorisation, à enregistrement ou à déclaration est tenu de déclarer, dans les meilleurs délais, à l'inspection des installations classées les accidents ou incidents survenus du fait du fonctionnement de cette installation qui sont de nature à porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1. Un rapport d'accident ou, sur demande de l'inspection des installations classées, un rapport d'incident est transmis par l'exploitant au préfet et à l'inspection des installations classées. Il précise, notamment, les circonstances et les causes de l'accident ou de l'incident, les substances dangereuses en cause, s'il y a lieu, les effets sur les personnes et l'environnement, les mesures d'urgence prises, les mesures prises ou envisagées pour éviter un accident ou un incident similaire et pour en pallier les effets à moyen ou à long terme. Si une enquête plus approfondie révèle des éléments nouveaux modifiant ou complétant ces informations ou les conclusions qui en ont été tirées, l'exploitant est tenu de mettre à jour les informations fournies et de transmettre ces mises à jour au préfet ainsi qu'à l'inspection des installations classées. "
3. D'une part, les dispositions précitées, qui sont relatives aux modalités de contrôle dont dispose le titulaire du pouvoir de police des installations classées en cas d'accident, ne prévoient pas l'obligation de communiquer le rapport d'accident ou d'incident mentionné à l'article R. 512-69 du code de l'environnement aux communes ni à leurs groupements. D'autre part, les collectivités requérantes ne peuvent utilement invoquer l'absence de transmission au préfet d'un tel rapport à l'encontre de l'arrêté attaqué par lequel l'autorité préfectorale autorise la reprise de l'exploitation de certaines activités du site. Par suite, le moyen soulevé à ce titre est inopérant et doit être écarté. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la société Galloo Clairoix a bien communiqué un rapport d'accident au service compétent par un courrier électronique du 8 octobre 2021.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.521-20 du code de l'environnement : " En vue de protéger les intérêts visés à l'article L. 511-1, le préfet peut prescrire la réalisation des évaluations et la mise en œuvre des remèdes que rendent nécessaires soit les conséquences d'un accident ou incident survenu dans l'installation, soit les conséquences entraînées par l'inobservation des conditions imposées en application du présent titre, soit tout autre danger ou inconvénient portant ou menaçant de porter atteinte aux intérêts précités. Ces mesures sont prescrites par des arrêtés pris, sauf cas d'urgence, après avis de la commission départementale consultative compétente. ". Aux termes de l'article R.512-70 du même code : " Le préfet peut décider que la remise en service d'une installation momentanément hors d'usage par suite d'un incendie, d'une explosion ou de tout autre accident résultant de l'exploitation sera subordonnée, selon le cas, à une nouvelle autorisation, à un nouvel enregistrement ou à une nouvelle déclaration. "
5. L'arrêté attaqué du 25 mars 2022, qui autorise une reprise partielle des activités du site de la société Galloo France fait suite à l'édiction le 14 septembre 2021 de mesures d'urgence, prises par la préfète sur le fondement de l'article L. 521-20 du code de l'environnement, nécessitées par l'incendie survenu le 1er septembre 2021. Si les collectivités requérantes soutiennent que la préfète de l'Oise aurait dû faire application des pouvoirs de police qu'elle tient de l'article R.512-70 du code de l'environnement en conditionnant la reprise d'activité à l'obtention d'une nouvelle demande d'autorisation, cette procédure ne constitue qu'une faculté pour l'autorité préfectorale. En l'espèce, la seule circonstance que la préfète de l'Oise ait demandé à l'exploitant, par son arrêté du 14 septembre 2021, de produire des pièces complémentaires notamment une étude de dangers mise à jour et un dossier de reprise d'exploitation pour les activités non concernées par l'incendie ne suffit pas, par elle-même, à établir que la situation de l'installation à l'issue de l'accident imposait de conditionner la reprise partielle des activités à une nouvelle autorisation, enregistrement ou déclaration en application des dispositions de l'article R.512-70 du code de l'environnement. Par suite, l'arrêté litigieux n'est entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 181-14 du code de l'environnement : " Toute modification substantielle des activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent de l'autorisation environnementale est soumise à la délivrance d'une nouvelle autorisation, qu'elle intervienne avant la réalisation du projet ou lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation. En dehors des modifications substantielles, toute modification notable intervenant dans les mêmes circonstances est portée à la connaissance de l'autorité administrative compétente pour délivrer l'autorisation environnementale dans les conditions définies par le décret prévu à l'article L. 181-32. () ". Aux termes de l'article R. 181-46 du même code : " I. - Est regardée comme substantielle, au sens de l'article L. 181-14, la modification apportée à des activités, installations, ouvrages et travaux soumis à autorisation environnementale qui : 1° En constitue une extension devant faire l'objet d'une nouvelle évaluation environnementale en application du II de l'article R. 122-2 ; 2° Ou atteint des seuils quantitatifs et des critères fixés par arrêté du ministre chargé de l'environnement ; 3° Ou est de nature à entraîner des dangers et inconvénients significatifs pour les intérêts mentionnés à l'article L. 181-3. La délivrance d'une nouvelle autorisation environnementale est soumise aux mêmes formalités que l'autorisation initiale. II. - Toute autre modification notable apportée aux activités, installations, ouvrages et travaux autorisés, à leurs modalités d'exploitation ou de mise en œuvre ainsi qu'aux autres équipements, installations et activités mentionnés au dernier alinéa de l'article L. 181-1 inclus dans l'autorisation doit être portée à la connaissance du préfet, avant sa réalisation, par le bénéficiaire de l'autorisation avec tous les éléments d'appréciation. () ".
7. Les collectivités requérantes soutiennent que les dispositions de l'article L.181-14 du code de l'environnement ont été méconnues en l'absence de délivrance d'une nouvelle autorisation, alors que l'arrêté attaqué procède à des modifications substantielles de l'exploitation. Toutefois, en se bornant à relever que l'arrêté attaqué diminue de 15%, 85% et 95% les seuils autorisés pour trois des principales rubriques de la nomenclature, les requérantes n'établissent pas que la situation de l'établissement relevait de l'un des trois cas visés à l'article R. 181-46 du code de l'environnement permettant de regarder comme substantielle une modification apportée à l'installation. Le moyen soulevé à ce titre doit donc être écarté.
8. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est établi par aucune pièce. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
9. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des collectivités requérantes une somme au titre des frais exposés par la société Galloo France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'agglomération de la région de Compiègne, de la commune de Clairoix, et de la commune de Margny-lès-Compiègne est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Galloo France au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'agglomération de la région de Compiègne, première requérante dénommée, à la société Galloo France, venant aux droits de la société Galloo Clairoix et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Fumagalli, conseiller,
M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.
La présidente,
signé
C. Galle
Le rapporteur,
signé
E. Fumagalli Le greffier,
signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202489
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026