jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022 sous le n° 2202510, M. C D, représenté par Me Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2022, par lequel le directeur général des finances publiques a prononcé sa révocation ;
2°) d'enjoindre au directeur général des finances publiques de procéder à sa réintégration à compter du 20 juin 2022, d'effacer toute mention de la sanction et des poursuites disciplinaires de son dossier administratif et de tout autre fichier, et de procéder à la reconstitution de sa carrière, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- le manquement à son obligation de dignité résultant du courrier électronique du 17 juin 2020 ne pouvait donner lieu à sanction disciplinaire, dès lors qu'il se trouvait dans une situation de harcèlement moral subi depuis plusieurs années ;
- le refus d'utiliser un outil de gestion de demandes de congés prévisionnelles et de participer aux réunions de service ne sont pas établis et ne pouvaient pas donner lieu à sanction disciplinaire ;
- la remise en cause régulière de la légitimité des consignes données par sa hiérarchie et la formulation des critiques à l'égard de ses collègues et de son responsable hiérarchique ne sont pas établies, ou s'inscrivent dans un contexte de relations conflictuelles et de harcèlement moral, de sorte qu'elles ne pouvaient donner lieu à sanction disciplinaire ;
- les propos excessifs et irrespectueux portant atteinte de manière récurrente à son devoir d'obéissance hiérarchique et le manque à son obligation de servir de manière effective ne sont pas récurrents et résultent du seul courrier électronique du 17 juin 2020, qui ne peut donner lieu à sanction disciplinaire, dès lors qu'il s'inscrit dans un contexte de harcèlement ;
- le refus d'effectuer les tests Selenium, le développement de l'application CDDGD entre le 17 septembre 2019 et le 16 mars 2020 ainsi que le refus de participer au plan de formation proposé à tous les agents du service en 2019 ne peuvent donner lieu à sanction disciplinaire, dès lors que ces tâches ne correspondent pas à ses qualifications ;
- à supposer les griefs établis, la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2023, le ministre de l'économie, des finances et la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fins d'injonction d'effacement de la procédure disciplinaire sont irrecevables, dès lors qu'elles ne relèvent pas des pouvoirs conférés au juge par les articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er avril 2023, à 12 heures.
II. Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2023 sous le n° 2300100, M. C D, représenté par Me Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur des services informatiques du Nord a rejeté sa demande d'indemnisation des jours de congé de son compte épargne temps, ainsi que l'indemnisation des jours de congés dus au titre de l'année 2022 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et la souveraineté industrielle et numérique de procéder au réexamen de sa demande, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnait les dispositions des articles 1er, 2 et 3 du décret n° 2002-634 du 29 avril 2022, ainsi que l'article 7 de la directive n° 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003, dès lors qu'il s'est retrouvé dans l'impossibilité de prendre ses jours de congés annuels et les jours de son compte épargne temps.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le ministre de l'économie, des finances et la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 mars 2024, à 12 heures.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°2010-982 du 26 août 2010 ;
- le décret n° 2002-634 du 29 avril 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, contrôleur des finances publiques, affecté à la direction des services informatiques du Nord, au sein de l'établissement des services informatiques d'Amiens, a fait l'objet d'un arrêté du 1er juin 2022, par lequel le directeur général des finances publiques a prononcé à son encontre une révocation prenant effet le jour de sa notification, le 20 juin 2022. Aux termes de la requête n° 2202510, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Le 9 novembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et la souveraineté industrielle et numérique a par ailleurs refusé de faire droit aux demandes présentées par
M. D tendant à l'indemnisation des jours de congés qu'il n'a pas pu poser, d'une part, au titre des congés annuels de l'année 2022 et, d'autre part, au titre des jours crédités sur son compte épargne temps. Aux termes de la requête n° 2300100, qu'il y a lieu de joindre à la précédente pour qu'il y soit statué par un même jugement, M. D demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er juin 2022 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 532-1 du code général de la fonction publique : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination ou à l'autorité territoriale qui l'exerce dans les conditions prévues aux sections 2 et 3 ". Selon l'article 3 du décret du 26 août 2010 portant statut particulier du corps des contrôleurs des finances publiques : " Les contrôleurs des finances publiques sont nommés et gérés par le directeur général des finances publiques ". Enfin, par un arrêté du 11 octobre 2021 régulièrement publié au journal officiel du 27 octobre 2021, délégation a été donnée à Mme B, inspectrice principale des finances publiques, à l'effet de signer, au nom du directeur général des finances publiques, notamment tous actes, arrêtés et décisions concernant les contrôleurs des finances publiques. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté peut être écarté comme manquant en fait.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : () / 4° Quatrième groupe : / a) La mise à la retraite d'office ; / b) La révocation ". Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les questions de savoir si les faits reprochés à un agent public constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
5. Il ressort des pièces du dossier que, le 17 juin 2020, M. A a adressé au responsable de l'établissement au sein duquel il était affecté, ainsi qu'à son responsable hiérarchique direct en copie, un courrier électronique comportant des insultes et des menaces d'agression physique de ce dernier. Si M. D, convoqué dès le lendemain au sujet de ce message, a contesté la qualification du terme de menace, il n'en a néanmoins pas contesté la teneur ni en être l'auteur et a justifié ses propos par un contexte de harcèlement moral dont il s'estimait victime depuis plusieurs années. Toutefois, ni la fiche de signalement dont se prévaut M. D, rédigée en 2017, laquelle relate la réception de cinq courriers électroniques émis par son chef, entre le
7 septembre et le 13 octobre 2017, pour lui demander l'état d'avancement de ses dossiers, ce qui, au demeurant, relève de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, ni l'allégation selon laquelle ses compétences seraient insuffisamment mobilisées par les tâches qui lui sont confiées par son responsable hiérarchique, ni aucune autre pièce du dossier n'est de nature à constituer une situation de harcèlement moral. Il ressort également des pièces du dossier que M. D, qui ne le conteste d'ailleurs pas, a refusé à deux reprises d'utiliser le logiciel de gestion des demandes de congés du service, au prétexte qu'il en existait un autre, qu'il avait lui-même créé, plus pratique, et qu'il a également refusé de participer à des réunions de service, ainsi que de se conformer à des consignes données par sa hiérarchie, s'en justifiant à chaque fois par des écrits rédigés sur un ton particulièrement inapproprié et parfois très critique tant vis-à-vis de sa hiérarchie que vis-à-vis de ses collègues.
6. Il résulte de ce qui vient d'être dit les faits reprochés à M. D sont matériellement établis et révèlent de graves manquements à son devoir de dignité et à ses obligations de servir, de nature à justifier légalement une sanction. Compte tenu, par ailleurs, de la récurrence et de la gravité de ces faits, l'autorité administrative a pu, sans disproportion, infliger la sanction de révocation à M. D.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'économie, des finances et la souveraineté industrielle et numérique et tirée de ce que les conclusions présentées à fin d'injonction ne relèveraient pas des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 novembre 2022 :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du décret du 29 avril 2022 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est inférieur ou égal à un seuil, fixé par arrêté (), qui ne saurait être supérieur à vingt jours, l'agent ne peut utiliser les droits ainsi épargnés que sous forme de congés ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 aout 2009, dans sa version applicable au litige : " Le seuil mentionné aux articles 5 et 6 du décret du 29 avril 2002 susvisé est fixé à 15 jours ".
9. Il résulte des dispositions ainsi rappelées que l'administration était tenue de refuser l'indemnisation des quinze jours restant sur le compte épargne-temps (CET) de M. D, qui ne pouvait légalement en faire l'objet. Par suite, les moyens de légalité externe qu'il soulève à l'encontre de la décision du 9 novembre 2022, tirés de l'incompétence de la signataire et du défaut de motivation, doivent être écartés comme inopérants.
10. En second lieu, aux termes de l'article 7 de la directive du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ". Lorsque la relation de travail prend fin, la prise effective du congé annuel payé n'est plus possible. Afin de prévenir que, du fait de cette impossibilité, toute jouissance par le travailleur de ce droit, même sous forme pécuniaire, soit exclue, l'article 7, paragraphe 2, de la directive 2003/88/CE prévoit que le travailleur a droit à une indemnité financière, qui n'est soumise à aucune autre condition que celle tenant au fait, d'une part, que la relation de travail a pris fin, et, d'autre part, que le travailleur n'a pas pris tous les congés annuels auxquels il avait droit à la date où cette relation a pris fin.
11. D'une part, les jours du compte épargne-temps n'entrent pas dans le champ d'application des dispositions et principes ainsi rappelés. D'autre part, si M. D soutient avoir droit à 13, 5 jours de congés annuels au titre de l'année 2022, il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle sa révocation est intervenue, il pouvait bénéficier de neuf jours de congés annuels, dont l'administration n'établit pas sérieusement qu'ils auraient été effectivement posés par l'intéressé, lequel doit, par conséquent, être regardé comme ayant été privé de les poser, du fait du caractère immédiat de l'intervention de la décision de sanction. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que la décision refusant de lui indemniser de ses congés non pris est illégale, en tant seulement qu'elle lui refuse le paiement de neuf jours de congés annuels.
12. Il résulte de ce qui précède que la décision du 9 novembre 2022 doit être annulée en tant qu'elle refuse à M. D le paiement de neuf jours de congés annuels.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. L'exécution du présent jugement implique que le ministre de l'économie, des finances et la souveraineté industrielle et numérique verse à M. D une somme correspondant à neuf jours de congés annuels, qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'exécuter dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du ministre de l'économie, des finances et la souveraineté industrielle et numérique du 9 novembre 2022 est annulée, en tant qu'elle refuse à M. D le paiement de neuf jours de congés.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie de verser à M. D une somme correspondant à neuf jours de congés annuels, qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'exécuter dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement
Article 3 : La requête n° 2202510 et le surplus des conclusions de la requête n° 2300100 présentées par M. D sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2202510 et 2300100
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026