mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202513 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2022, la SASU Las Vegas 1, représentée par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel la préfète de la Somme a prononcé la fermeture de l'établissement exploité sous l'enseigne " Le Las Vegas " situé 14 rue des Archers à Amiens pour une durée de quatre mois et a décidé qu'aucune dérogation de fermeture tardive ne serait accordée pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis dès lors que la jeune fille de 17 ans n'a pas reconnu que l'établissement lui avait vendu ou cédé gracieusement une boisson alcoolisée et qu'aucune nuisance sonore ne peut lui être reprochée ;
- il est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que l'usage de chichas et cigarettes électroniques au rez-de-chaussée ne constitue pas une violation de l'interdiction de fumer dans un lieu public fermé ;
- l'arrêté attaqué est disproportionné au regard des faits reprochés ;
- le refus anticipé d'autorisation tardive contenu dans l'arrêté attaqué ne repose sur aucun fondement légal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'arrêté de police des débits de boissons dans le département de la Somme du 8 octobre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU Las Vegas 1 exploite un établissement sous l'enseigne " Le Las Vegas " sis 14 rue des Archers à Amiens. Par un arrêté du 22 juin 2022, la préfète de la Somme a prononcé sa fermeture pour une durée de quatre mois et a décidé qu'aucune dérogation de fermeture tardive ne serait accordée à cet établissement pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'arrêté. La société requérante demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D E, préfète de la Somme, nommée par décret du président de la République du 4 janvier 2019. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L.3342-1 du même code : " La vente des boissons alcooliques à des mineurs est interdite. L'offre de ces boissons à titre gratuit à des mineurs est également interdite dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. La personne qui délivre la boisson exige du client qu'il établisse la preuve de sa majorité () ". Aux termes de l'article L.3512-8 du même code : " Il est interdit de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif, notamment scolaire, et dans les moyens de transport collectif, sauf dans les emplacements expressément réservés aux fumeurs. ". Aux termes de l'article R.1336-5 du code de la santé publique : " Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité. "
5. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que pour prononcer la mesure de fermeture contestée, l'autorité préfectorale s'est fondée sur des circonstances relevant d'infractions aux lois et règlements relatifs aux débits de boissons, en l'espèce le fait d'avoir vendu ou offert une boisson alcoolique à une personne mineure, d'avoir méconnu l'interdiction de fumer dans un lieu public fermé et d'avoir produit d'importantes nuisances sonores. Ces faits ont été constatés de manière circonstanciée par la police nationale dans un rapport du 27 mai 2022, à la suite de son intervention sur place le 14 mai 2022 à 23h15. Ce document expose que la jeune B C, âgée de dix-sept ans, a reconnu avoir consommé de la vodka au sein de l'établissement. Cette seule pièce ne suffit pas à regarder comme établie l'infraction ainsi retenue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les policiers ont également constaté une épaisse fumée aromatisée dans la totalité de l'établissement résultant de l'utilisation d'une dizaine de chichas, en dehors de tout espace de type fumoir. Le rapport de police du 27 mai 2022 indique en outre que le niveau sonore de la musique diffusée dans l'établissement était élevé ce soir-là et que les policiers ont dû revenir à deux reprises après avoir quitté les lieux pour faire baisser le niveau sonore. Pour contester la matérialité des faits, la société requérante soutient que les clients ne fumaient pas mais utilisaient des chichas électroniques, au rez-de-chaussée, alors que le vapotage est autorisé dans l'établissement. Toutefois, ses allégations ne sont corroborées par aucune pièce probante. Par suite, en relevant l'existence d'une violation de l'interdiction de fumer dans un lieu public fermé, l'autorité préfectorale n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur de qualification juridique des faits. D'autre part, si la société requérante soutient que les nuisances sonores relevées par le rapport de police précité ne sont pas établies, elle se borne à soutenir qu'aucune poursuite pénale n'est intervenue et à invoquer l'importante fréquentation nocturne du quartier, sans contester sérieusement les faits relevés par le rapport de police, notamment la circonstance que les fonctionnaires de police ont dû à plusieurs reprises le 14 mai 2022 demander l'abaissement du niveau sonore de la musique et l'existence de nombreuses plaintes des riverains à ce sujet entre septembre 2021 et mai 2022. Enfin, il ressort également des termes de l'arrêté attaqué qu'il est fondé sur un quatrième motif, tiré de ce que Mme F ne démontre pas être effectivement titulaire d'une autorisation lui permettant d'exploiter une licence de 4ème catégorie, que son époux, précédent représentant légal de la société et titulaire du permis d'exploitation, ne peut pas se substituer à son épouse dans l'établissement en raison d'une condamnation pénale y faisant obstacle, et qu'aucun des employés de Mme F ne détient de permis d'exploitation régulier. La société requérante ne conteste, dans le cadre de la présente instance, aucun des éléments précités relatif à l'absence de permis d'exploitation.
6. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les faits retenus au point 5, relatifs à la violation de l'interdiction de fumer dans un lieu public, aux nuisances sonores, et à l'absence de détention de permis d'exploitation régulier revêtent le caractère d'infractions aux lois et aux règlements et présentent un lien direct avec les conditions d'exploitation de l'établissement Le Las Vegas. Au surplus, la société requérante ne peut utilement se prévaloir des conséquences financières de la fermeture administrative, l'arrêté attaqué ayant pour objet la prévention des atteintes à la santé publique. Par suite, compte tenu de la gravité des faits susmentionnés, le préfet de la Somme n'a pas, en décidant la fermeture de l'établissement pour une durée de quatre mois, entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du paragraphe 1 de l'article L.3332-15 du code de la santé publique. Par ailleurs, la durée de la fermeture, fixée à quatre mois par l'arrêté attaqué alors que la loi l'autorise jusqu'à six mois, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En dernier lieu, l'article 3 de l'arrêté attaqué, par lequel l'autorité préfectorale a indiqué qu'aucune dérogation de fermeture tardive ne pourra être accordée à l'établissement dans un délai de six mois suivant la notification de l'arrêté attaqué, a été pris en application de l'arrêté préfectoral de police des débits de boissons dans le département de la Somme du 8 octobre 2021. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la mesure prévue à cet article est dépourvue de base légale. Le moyen afférent doit donc être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SASU Las Vegas 1 doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU Las Vegas 1 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Las Vegas 1 et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Fumagalli, conseiller,
M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.
La présidente,
signé
C. Galle
Le rapporteur,
signé
E. Fumagalli Le greffier,
signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202513
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026