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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202536

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202536

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2022, M. A B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 21 juin 2022 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la délibération de la commission locale d'agrément et de contrôle Nord du 7 mars 2022 qui a refusé de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à une formation aux métiers de la sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer cette autorisation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dont le nom n'est, par ailleurs, pas indiqué ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne pouvait être exigé qu'il produise une copie du bulletin no 3 de son casier judiciaire de son pays d'origine alors qu'il bénéficie du statut de réfugié et ne peut obtenir ce document des autorités rwandaises.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée aurait pu être fondée sur les dispositions de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure et sur la circonstance que M. B a commis le 24 octobre 2020 des faits de dénonciation mensongère à une autorité judiciaire ou administrative entrainant des recherches inutiles pour lesquels il a été condamné par une ordonnance pénale du 14 mai 2021.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 % par une décision du 12 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 janvier 2022, M. B a sollicité une autorisation préalable d'accès à une formation aux métiers de la sécurité privée. Par une délibération du 7 mars 2022, la commission locale d'agrément et de contrôle Nord a refusé de faire droit à sa demande. Par courrier du 19 avril 2022, M. B a alors formé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Cette dernière a rejeté son recours par une décision implicite du 21 juin 2022. Par sa requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été prise de manière implicite et n'est pas constituée par l'accusé de réception de son recours administratif préalable obligatoire. Elle est réputée, dès lors, avoir été prise par l'autorité compétente.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 2° A transporter et à surveiller, jusqu'à leur livraison effective, des bijoux représentant une valeur d'au moins 100 000 euros, des fonds, sauf, pour les employés de La Poste ou des établissements de crédit habilités par leur employeur, lorsque leur montant est inférieur à 5 335 euros, ou des métaux précieux ainsi qu'à assurer le traitement des fonds transportés ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; / 4° A la demande et pour le compte d'un armateur, à protéger, contre des menaces d'actes définis aux articles 224-6 à 224-8 du code pénal ou d'actes de terrorisme définis au titre II du livre IV du même code, des navires battant pavillon français, en application de l'article L. 5441-1 du code des transports ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20. () ". Aux termes de l'article R. 612-22 du même code : " La demande d'autorisation préalable ou d'autorisation provisoire est accompagnée des documents suivants : () 3° Pour les ressortissants étrangers, le document équivalant à une copie du bulletin n° 3 du casier judiciaire, délivré depuis moins de trois mois par une autorité judiciaire ou administrative compétente de leur pays d'origine ou de provenance et accompagné, le cas échéant, d'une traduction en langue française ; () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 25 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés stipule : " 1. Lorsque l'exercice d'un droit par un réfugié nécessiterait normalement le concours d'autorités étrangères auxquelles il ne peut recourir, les Etats contractants sur le territoire desquels il réside veilleront à ce que ce concours lui soit fourni, soit par leurs propres autorités, soit par une autorité internationale. / 2. La ou les autorités visées au paragraphe 1er délivreront ou feront délivrer sous leur contrôle, aux réfugiés, les documents ou les certificats qui normalement seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire. / 3. Les documents ou certificats ainsi délivrés remplaceront les actes officiels délivrés à des étrangers par leurs autorités nationales ou par leur intermédiaire, et feront foi jusqu'à preuve du contraire ".

5. Il ressort des écritures en défense, d'une part, que la CNAC a refusé de délivrer à M. B une autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle aux métiers de la sécurité privée au motif qu'il n'a pas produit le document équivalant à une copie du bulletin n° 3 du casier judiciaire, délivré depuis moins de trois mois par une autorité judiciaire ou administrative compétente de son pays d'origine ou de provenance et accompagné, le cas échéant, d'une traduction en langue française et, d'autre part, que l'intéressé ne pouvait, du fait de son statut de réfugié, obtenir des autorités de son pays d'origine la production d'un tel document. Dans ces conditions, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

6. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a commis le 24 octobre 2020 des faits de dénonciation mensongère à une autorité judiciaire ou administrative entraînant des recherches inutiles pour lesquels il a été condamné par une ordonnance pénale du 14 mai 2021 à une amende de 300 euros. Ce comportement, récent à la date de la décision attaquée, est incompatible avec l'exercice des activités mentionnées à l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure et, par suite, avec l'accès à une formation aux métiers de la sécurité privée. Dans ces conditions, dès lors que M. B a été mis à même de présenter ses observations sur la substitution demandée, que celle-ci ne le prive d'aucune garantie procédurale et qu'il ressort des pièces du dossier que la CNAC aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, il y a lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, ainsi que, par suite, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tourbier et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Lebdiri

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2202536

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